Le régime Ouattara et l’opposition, notamment le Fpi, sont à couteaux tirés à propos de 228 prisonniers politiques introuvables dans le fichier des détenus brandi par le gouvernement. Où sont-ils passés ? Sont-ils encore vivants Notre enquête.
228 prisonniers politiques, détenus par le régime Ouattara depuis 2011, sont introuvables. Initialement, ces personnes ont été enregistrées par le pouvoir et l’opposition, comme ayant été arrêtées par les Frci et autres forces armées parallèles pro-Ouattara, puis jetées dans les différentes prisons du pays. Mais ces 228 prisonniers politiques ont subitement disparu des fichiers de l’Etat. Le constat est apparu véritablement au grand jour, en juin dernier, suite aux contacts que l’opposition, notamment le Fpi, a eus avec le régime Ouattara, dans la perspective de la libération de la dernière vague de prisonniers politiques. Mais déjà, quelques parents ou épouses qui n’ont plus de contact avec leurs frères ou époux détenus (civils ou militaires) avaient tiré la sonnette d’alarme. «Nous n’avons pas de nouvelles de nos parents prisonniers. Nous sommes inquiets », affirmaient des personnes qui ont rendu visite à notre rédaction. Au regard des informations que nous avons recueillies, on peut dire qu’il y a de quoi à être inquiet.

Des perspectives
effrayantes
Selon nos recherches, à l’occasion de la rencontre que l’opposition a eue, le 22 mai 2014, avec le pouvoir dans le cadre du dialogue direct, il a été arrêté que soit libéré un certain nombre de prisonniers politiques. Dans cette logique, l’opposition devait fournir une liste de prisonniers à libérer, en vue d’une décrispation. C’est ainsi qu’une liste d’environ 700 prisonniers politiques a été présentée par le Fpi au gouvernement. En réponse, le pouvoir a fait parvenir, à l’opposition, une autre liste avec deux compartiments. Le premier compartiment concerne 228 dossiers de prisonniers politiques inconnus à la Cellule Spéciale d’Enquête de d’Instruction (CSEI) et le second constitue un récapitulatif des dossiers de 341 prisonniers politiques censés être reconnus par le régime Ouattara.
En ce qui concerne les 228 disparus, nos recherches ont permis de croiser deux listes : celle émanant du pouvoir et l’autre de l’opposition. L’opération a permis d’identifier ces 228 prisonniers politiques. Leurs noms et prénoms, date de mise sous mandat de dépôt, les juges et les cabinets où ils sont passés et leur statut. Nous avons alors découvert qu’ils sont passés dans différents cabinets de juges d’instruction, qu’ils ont été interrogés puis placés sous mandat de dépôt à des dates précises. Il reste à savoir où sont passés ces 228 détenus politiques étant entendu qu’une fois mis sous mandat de dépôt, chaque détenu devait être incarcéré dans une prison. Au cours de nos investigations, nous avons découvert, par ailleurs, que 179 détenus sur les 228 prisonniers politiques ont été placés sous mandat de dépôt avec des destinations (des prisons) probables et 49 prisonniers dont les lieux de détention sont inconnus. Que s’est-il passé ? Pourquoi 228 prisonniers politiques dont on connait les identités et le statut, dont sait qu’ils ont été placés sous mandat de dépôt, sont-ils introuvables ? Ont-ils été exécutés ?

Des interrogations aux hypothèses
Aucun indice ne permet de pencher pour l’hypothèse de l’exécution. Cependant il existe une hypothèse importante à explorer : celle des cellules secrètes de torture. En effet, depuis avril 2011, la Côte d’Ivoire vit sous le régime Ouattara caractérisé par le fait que chaque ex-chef de guerre (ex-chef rebelle) règne en maître absolu sur un territoire donné du pays. Les populations civiles sont à la merci des ex-rebelles et des dozos qui n’obéissent qu’à leurs chefs, ignorant totalement l’administration. Dans cette « république » où chaque chef de guerre possède ses propres prisons et ses prisonniers, on peut craindre que les 228 prisonniers politiques soient des ex- rebelles, des dozos et autres forces armées pro-Ouattara. « Il est possible pour un chef de guerre de demander qu’on lui remette un prisonnier pour son propre compte », avoue, sous le couvert de l’anonymat, un responsable d’une administration pénitentiaire. En plus, nul ne l’ignore en Côte d’Ivoire, de nombreuses maisons des cadres pro-Gbagbo confisquées par les ex-chefs de guerre ont été transformées en cellules de torture secrètes. « C’est dans ce genre de cellules que Mahan Gahé Basile a été torturé et a trouvé la mort», révèle notre interlocuteur.
Hypothèse extrême. Et si les 228 prisonniers politiques étaient morts suite à des tortures ? Ici aussi, il suffit de rappeler des informations pour comprendre que les 228 personnes peuvent avoir trouvé la mort. La première information est contenue dans la liste de prisonniers politiques transmise par le pouvoir à l’opposition. Sur celle-ci il est mentionné en rouge, par exemple, que «Bonaventure Basile est mort dans la prison de Séguéla par maltraitance ». Cet élément de l’armée ivoirienne (ex- Fds) a été placé sous mandat de dépôt, le 4 mai 2014, pour « Atteinte à la sureté de l’Etat », et est passé au cabinet du juge d’instruction de Séguéla, avant d’être placé en détention dans la prison de Séguéla, mort du pays. Le régime Ouattara a informé l’opposition que Bonaventure Basile, torturé dans cette prison, a trouvé la mort « par maltraitance ». Pourquoi le pouvoir a-t-il avoué ce seul cas ? Combien y a-t-il de prisonniers politiques morts « par maltraitance » ? Les 228 personnes sont-elles dans ce cas ? Autant de questions qui demeurent sans réponse.

Omerta à la cellule d’enquête et au ministère de la justice
Une information agite de plus en plus l’angoisse des parents de prisonniers politiques depuis quelque temps. En effet, il est établi que « La Commission nationale d’enquête (CNE) mise en place le 20 juillet 2011 pour enquêter sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises pendant la période postélectorale allant du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011 a relevé pendant la période postélectorale, 296 cas de torture ayant entraîné la mort, 1354 cas de torture et 1135 cas de traitements cruels, inhumains et dégradants ». Cette information a été récemment portée à la connaissance du public par un paneliste dans le cadre de la conférence trimestrielle de la coalition ivoirienne pour la Cpi. Paul Angama a dit clairement que « la torture est une réalité en Côte d’Ivoire ». Les 228 prisonniers politiques ont-ils trouvé la mort comme les 296 torturés par les Frci ?
Comment ces 228 personnes ont-elles pu disparaitre des fichiers de la Cellule Spéciale d’Enquête et d’Instruction après que la cellule les ait reçues ? Nous nous sommes rendu au siège de la cellule sis à Abidjan-Cocody Angré 7ème tranche. Le greffier qui nous a reçu, nous a dirigé vers le juge d’instruction. Qui nous a dit qu’il est tenu par l’obligation de réserve. Avant de nous demander de rencontrer le procureur de la République, directeur de la Cellule Spéciale d’Enquête et d’Instruction. Suite à l’audience que nous avons sollicitée, le procureur de la République près du Tribunal de première Instance d’Abidjan-Plateau nous a demandé, à son tour, de nous référer au ministère de la justice. Nous avons joint le ministère de la justice à travers son chargé de communication. Ce département nous a demandé de lui faire parvenir notre adresse e.mail par SMS. Suite à la diligence, le service communication du ministre de la justice nous a convié à une séance de travail. Après notre exposé à cette réunion à laquelle le chargé de communication a invité trois de ses collaborateurs, il nous a promis qu’il rédigerait une note adressée au ministre. Mais que la note devrait accompagner une lettre que nous devrions adresser au ministre de la justice, Coulibaly Gnénéma. Dans celle-ci, nous avons exposé comme demandé notre requête. En dépit de notre démarche, aucune suite n’a été donnée à la demande. Une véritable omerta est entretenue autour du cas des 228 prisonniers politiques. Une situation qui renforce les soupçons sur le régime Ouattara.

Voici la liste des 228 disparus
GAUCEY Mathieu
ZOKOU Bi Traboué
AMENE LOKOU
ABROGOUA PIERRE
KOKOBO Gokou
YAPO Roger
ATTIO Loba Pickard
ABOUBACAR Sidibé
ALLAH Aka Mathurin
ASSARE Koffi
BAHI Nao
BRISSI Guy Delmas
COULlBALY Katinefoha
DECHI N'takpe Jeremie
DRE Aneamin
LAGO Desiré
ZAN BI Yao
KABRAN Mian
AKPA Akpro Jean-Claude
ALI GBIZIE PIERRE
AMANI Kouakou Pacôme
BOGNON BAH ROLAND
NINIGNON LAURENT
TCHIKA Fabrice
TRA BI DOU ROLAND
TAMA BI Koffi
BAH Sedou
BEUGRE LACOSTE
DAMOUE Hastan
KOUASSI DEMISSER
MEYAN Abonin
N'GUESSAN Yao
Gnamien Oppa Pierre
KOUAO Kacou Richard
KOUE Darius
ZADI Gouhourou
AKA Mathurin
GBELIA Francis
GUIPIE Claude
KAMANAN Brice
KOBRI Kouadio Paul
KOUYA Jean-Claude
TAPE Georges
ADON Eustache
Serges Yao
AMOS Loba Desiré
KOUAO Kassl Celestin
N'DA Serges Hervé
FETE Kouakou Jean Henry
ANO LOGONTCHE
BAUMAlLLER BRICE
NENE BI Dje Albert
N'Gonan Jean Marcel
N'GUESSAN BI Kouassi
Albert
N'GUESSAN BI N'guessan Raoul
N'GUESSAN Koffl Michel
N'GUESSAN Pascal
Ehouman
NIABA SERGE AIME
Niaba Ossohou Roger
NIAMBA Niangoran Francis
KORANGUI NUAKON JEAN-LOUIS
ODJE DANIEL
OPOH Netro Roland
OULAÏ DAVlD
OULIA Poékpé JEAN
SERI Bouazo Marius
SERY TOLOU DAGO
SEYDOU Yéo "Docteur"
SEYO Eric Anselme
SIMONDE KOABO ANDERSON
SOKO François
TABIO François
TAGBE ANATOLE
TANOH Kassl Emmanuel
TAPE LANDRY
TAPE Bolou Arsene
TEBILI Ambroise
TEHE Momblé Yves
THÔPÔ Andeson Clark
Kehi Hervé
KEMESSIEI Kelaty
Ange Noël
KIPRE Zega Antoine
KOBENAN Michel
KODJANE Kia Marius
KOFFI Kan Norbert
KOFFI Kouassi Jean
KOFFI Sezes
KOLE Zoua Raymond
KONAN KABLAN ALAIN
KOTOBOU Marie-Claude
KOUABENAN Marc
KOUADIO Koffl Léon
KOUAKOU KOFFI GUY PATRICK
KOUAKOU Konan Alexis
KOUTEHE Dan
KRAGBE Franck Euloge
KWADJO Prosper Bohou
LAGO KANON JEAN
MARTIAL
LAGO Klipré Gérard
LATH Djedjess François
LOBOGNON BI BOTI ERIC MAHI Léhé Henry
MELESS Gnagne Firmin
MOULAUD Patrice
N'GUESSAN BADIA SIMON PIERRE
N'CHO Alex Rosard
Djoman Martin
GUEÏ Kipré
KOUDOU Jean
DEHI SERY Desiré
BELI Kle Hyppolythe
YATTE N'djoman Gervais
NIAMKE Ekolan Norbert
LAGO LEON JEAN NOEL
TIE Adrien
TOHAHI HENRY
TOUALY NOEL
ZIE Séméné Steve
ABBE HUGUES
ABOA N'guessan Eugène
ACHO ATSE PHILLIPE
AFFI Thomas
AFFOUMANI N'goran
Didier
AGNERO DJEDJERO Lasm Etienne
AGNIMEL Agnéro Alex
AGNIMEL MELESS SERGES
AKE AHEBE DEDOU PAUL
AKOUNE LAURENT
ALAIN OKOU WILFRIED
Amand Daniel Désiré
BAI Tébhl John
BENIE BI Youan Anderson
BLE MOUNA PAUL C
BLY MARlUS
TO DAVID
TOHOU Patrick
TOKPA Toh André
TOURE Aboulaye
TOURE Adama
TRAORE Abou
WAGBE Kakou
Guy Roland
YAO Hountalley
Jean - Michel
Yao Kokre Jacques
YAPI Yapo Georges
Yedagne Gbogba Firmin
YEO Fougnigué
YODE Ozi Nathanaël
YOH ACHIL
YORO Hervé
YOUAGNE GNALI
HYPPOLITE
YOUAN BI Youanzle Aimé
YRO BI Yro Maurice
ZADI Blé Roger
ZAGON Bi Botty Eric
ZAKRO Hervé
ZAN BI IRIE FIDELE
Zanga Arthur Aka
ZANI Bi lrié Minsmin
ZEHOURE Bi Toa André
Zekalo Bi Gnoezlé Alfred
ZIRIMA FRANCK OLIVIER
ZIRIMBA LOBOGNON JEAN-CLAUDE
DICKO BI Djeli Patrick
GOZE JEAN JACQUES
GUEYE Zackarie
LOBLE Koffi
MABRE Alain
N'CHO SEKA GUY
ELYSEE
TIAMA Yalley Simon
ZEZE Baudelaire
ZAGBA TAPE Kevin
ZEHIUA BI Djè Jean-Claude
ZEZE Kabié
TOUBATE Tom Serges
GUEDE Zagahi Jocelyn
MONNEY Denis
NEGBLE Dogba César
TIAGNERE Jean Louis
KOBlY Reml
AMAH Aklshi
DIAKO Landry
KRAPA Kouakou Bio
Emmanuel
SERY Mathurin
DALEBA Réné
DOGBOLE Kouassi Benoît
NIOULE Pehe Angenor
BREKOUNON Franck Serges P,
AKA ANO JAURES
KEME Kottia Laurent
KEYOU HUGUES
BLY Oulai Eric
BOGUI N'drin Seraphln
Bonaventure BASILE
BRAH GUEI RENE
CAMARA Fodé
DADE René Joël
DAGROU Obli Ernest
DAZIRIGNON Ange
DEHE Gnomblé Jerôme
DJANGO Djédjé Mel Léonce
DJEDE Claude Michael
DJIDJI SERGES DENIS
Djire Dawe Maurlce
DJIRE Pehe Roche Abel
DOBONAN Justin
EKPONON KOUAKOU
ESSOH Nomel Honoré
ETTIEN N'cho Jean Jacques
GLAROU,RICHMOND
GNAGNE Tano Aimé Roland
GNONGGO Patrick .
GOHI·BI Botty Honoré
Gouaméné Zadi Albert
GUEI GBODOU CLAUDE
JEH Denis Junior
JOH Prince
KADY KLIOUA STEPHANE IGNACE
KALOU BI ALEXANDRE
ZOMBLE Guy Robert
DAN Marc A!aln
AHOUMOU N'guessan Carlos
ASSOA Richard
ATIHA Marius
BEUGRE Jean Marc "Jean"
KARAMOKO Tiémoko
SOPI Grah Paul
Touré Eric
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