Il a servi son pays, la France, en qualité d’ambassadeur près la République de Côte d’Ivoire. Au moment de quitter Abidjan, il a abordé plusieurs sujets dans une interview parue dans Fraternité Matin  de vendredi 22 septembre 2017, dont la question du Franc Cfa. 

 

Le diplomate conseille de « faire des efforts de communication pour dire ce qui est la réalité » sur le Francs CFA. Extrait.

 

(…) Le franc Cfa suscite un débat en ce moment. Certains militent pour la création de nouvelles monnaies, tandis que d’autres prônent son maintien. 

Quel est votre avis sur ce débat et que gagne la France concrètement dans le maintien du FCfa?

 

Que gagne la France ? Rire. Je crois que quand on regarde cela avec beaucoup de sang froid, il y a beaucoup de fantasmes. C’est comme la Françafrique, un concept inventé par le président Houphouët-Boigny et qui, après, a suscité des dérives. Parce qu’il y a eu des attaques contre ce concept. Finalement, c’est considéré comme un gros mot. Le franc Cfa, ce n’est qu’un mécanisme qui, paradoxalement, est critiqué parce que mal connu de l’opinion. Il faut savoir que les statuts du Fonds monétaire international (Fmi) prônent la coopération internationale et la convergence monétaire et budgétaire. Par exemple, les Européens n’ont réussi à atteindre la zone euro qu’en 2000.

 

Remarquez, la zone Euro est plus petite que l’Union européenne elle-même. Parce qu’il y a des pays qui ne sont pas encore rentrés pour la simple raison qu’ils n’ont pas encore les qualités économique, monétaire et budgétaire suffisantes. La crise qu’a traversée la Grèce a montré qu’effectivement, c’était un peu limite et cela a failli créer des problèmes. C’était même grave puisqu’il s’en est suivi une crise économique et financière internationale. Aujourd’hui, comment va la Grèce ? Ce pays s’en est sorti parce qu’il était dans un ensemble solidaire.

 

Ce beau mécanisme, les africains l’avaient déjà depuis 1960. L’Uemoa et la zone d’Afrique centrale, ce n’est que la mise en commun de moyens monétaires pour assurer une solidarité très forte. Et la possibilité d’avoir une monnaie solide qui fait qu’il n’y a pas d’inflation.

 

Imaginez que le Mali et la Centrafrique n’avaient pas été membres d’une zone monétaire. La monnaie tombe, les salaires ne sont pas payés, etc. avec la crise du pétrole, regardez un pays comme l’Angola. Même s’il procède à la réévaluation de sa monnaie, il souffre tout de même. Il y a aussi le Ghana avec le Cedi. Une monnaie qui est dévaluée en permanence.

 

Cela veut dire qu’aucune entreprise ne peut faire de marge. Dès qu’elle a de la marge, elle est aussitôt absorbée par la dévaluation. L’objectif à atteindre, c’est une monnaie commune à plusieurs Etats. Le mécanisme du franc Cfa est quand même très simple. C’est un compte d’opération qui est mis ensemble. Et la France, à travers le trésor français, assure la convertibilité. C’est la mise en commun de 50% des réserves.

 

On peut mettre moins avec une dérogation et plus si on le souhaite. Souvent, des Etats mettent plus parce que le compte d’opération est rémunéré. Aujourd’hui, des Etats placent beaucoup sur le compte d’opération parce qu’il engrange un différentiel de taux beaucoup plus important sur le marché.

 

En ce moment, dans le cadre de l’Uemoa, un pays comme la Côte d’Ivoire couvre 75% de sa masse monétaire et a presque six mois de réserve de commerce extérieur. La moyenne en général pour les pays, c’est quatre mois. Donc, la situation est parfaitement saine. Et en solidarité, figurez-vous, ce sont les plus riches qui donnent aux plus pauvres. Pendant les trente dernières années, lorsque la Côte d’Ivoire a eu des problèmes, ce sont les pays du sahel qui ont apporté la convertibilité à travers leur taux de réserve de change.

 

Donc, c’est un mécanisme dans lequel les pays gagnent financièrement, en mettant de l’argent dans le compte d’opération. Ensuite, au niveau des politiques, cela oblige à la discipline et à des convergences. Avec la chute des cours du pétrole, les Etats de l’Afrique centrale ont pris un gros choc. Ils ont discuté avec le Fonds monétaire, à la fois individuellement et globalement.

 

Leur problème d’inflation et de qualité de monnaie, au plan international, n’a pas bougé. Alors qu’il y a eu d’autres pays où la monnaie a chuté. Par contre, les efforts qu’ils doivent faire pour s’ajuster sont beaucoup plus importants, individuellement et collectivement, que le choc qui a touché la Côte d’Ivoire, avec le cacao. En plus, aujourd’hui, il est plus moderne d’appartenir à un grand ensemble. En Europe, c’est la zone euro.

 

Justement, ils racontent que les réserves du FCfa déposées au Trésor français soutiennent son économie, son budget.

 

Les gens racontent ce qu’ils veulent. Le franc Cfa n’a aucun lien avec le budget français. Je crois qu’il faut souvent en parler avec les étudiants de première année d’économie. Il faut aussi initier des débats à la télévision, pour que la question du franc Cfa soit comprise par tous. Le compte d’opération, on peut le mettre à plusieurs endroits. Pas forcément en France.

 

Il y a aussi ceux qui se demandent pourquoi n’imprime-t-on pas le franc Cfa en Afrique.

 

C’est vrai que pendant ces 20 derniers siècles, la monnaie était le symbole de la puissance régalienne. Aujourd’hui, il y a des Etats qui fabriquent de la monnaie pour le compte de d’autres pays. En France, on fabrique le franc Cfa et l’Euro. Un pays comme l’Afrique du Sud imprime sa monnaie et celle d’autres pays.

 

La banque centrale de l’Angleterre imprime pour d’autres pays anglophones. Et concernant le nom de la monnaie, au Kenya et en Tanzanie, elle s’appelle le Shilling. Je crois qu’il faut maintenant faire des efforts de communication pour dire ce qui est la réalité et combien ce mécanisme est important et constitue aujourd’hui un modèle économique, de solidarité (…)