Alassane Ouattara a vite fait d’annoncer sans sourciller sa candidature pour les prochaines élections présidentielles.
Mais il a minimisé ses deux premiers adversaires déclarés… qui pourraient lui jouer un tour fatal.Ouattara a-t-il véritablement pris en compte son état de santé avant d’annoncer officiellement sa candidature aux prochaines élections ?

Manifestement non. On se souvient que le chef de l’Etat, alors relativement bien portant, s’était écroulé en plein meeting début août 2009 au stade Biaka Boda de Gagnoa lors d’une tournée politique pendant la précampagne pour les élections de 2010. Pourra-t-il véritablement échapper à de tels malaises s’il était éventuellement emmené à sillonner le pays dans le cadre d’une campagne électorale pour les futures élections au moment où le chef de l’Etat est physiquement diminué depuis son opération de la sciatique en février dernier ?

L’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI) a-t-il été pris au piège de son état de santé en annonçant trop tôt sa candidature ? On pourrait répondre par l’affirmative.
C’est en effet dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique paru le 29 avril 2013 que le chef de l’Etat a annoncé pour la première fois sa candidature. Il a réaffirmé cette volonté de briguer un second mandat lors d’une tournée dans le nord du pays.
«J’ai décidé de solliciter un second mandat pour continuer l’important travail que nous avons entamé. Donc je vous demande de me voter à 100% aux prochaines élections », a déclaré Alassane Ouattara le 3 juillet 2013 à M’Bengué lors de sa visite d’Etat dans le district des Savanes. Vous aurez remarqué que loin d’une visite d’Etat,Ouattara était en pleine campagne électorale, deux ans avant même la
date constitutionnellement prévue pour les échéances présidentielles.
En tout cas, c’est près d’un an après (11mois exactement) l’annonce officielle de son souhait de briguer la magistrature suprême qu’il a subi son opération de la sciatique en France en février 2014. Depuis lors, Ouattara semble diminué. La plupart de ses déplacements,notamment à l’extérieur, ont été abandonnés au Premier ministre Daniel Kablan Duncan. Le Magellan national est devenu subitement sédentaire.

Ouattara n’a pas le choix ; il est obligé de faire contre mauvaise fortune bon coeur. On se demande bien comment il s’y prendra quand viendra la campagne électorale qui nécessite une yperactivité des différents candidats avec la tenue de meeting réguliers et incessants.C’est l’un des obstacles qui pourrait se dresser sur son passage.On sait également que Ouattara a été fait candidat en 2010 à titre exceptionnel par un décret pris par le président
Laurent Gbagbo. Sa candidature pose donc problème sans réforme constitutionnelle,comme l’a relevé dernièrement l’ancien ministre Faustin Kouamé. C’est conscient de ces obstacles qu’il a préféré renouveler les membres du conseil constitutionnel avec la nomination de nouveaux conseillers qui lui sont proches afin d’éviter des surprises désagréables à ce niveau. Un verrouillage de cette institution en quelque sorte. Le Pr. Francis Wodié est plus que jamais interpellé.Mais théoriquement, Ouattara a d’ores
et déjà deux adversaires déclarés : sa santé et la constitution.
Gérard Koné
LE NOUVEAU COURRIER 19/08/2014