LE DOSSIER D’AUJOURD’HUI

GUERRE DE BASSE-COUR À LA PRIMATURE

Alassane Ouattara croyait avoir réglé toute guerre d’ambition au sein du parti au pouvoir en obligeant ses principaux lieutenants à s’aligner sur le choix de son Premier ministre pour être le candidat de la coalition à la prochaine présidentielle. Sauf que les soucis de santé de celui-ci, soigné en France depuis le début du mois de mai, semblent avoir totalement rebattu les cartes. Et Amadou Gon l’a tellement bien compris qu’il se méfie des conséquences qu’aurait la confirmation de Hambak au poste de Premier ministre.

En politique comme dans la vie de tous les jours, tout va vite. Et le Premier ministre d’Alassane Ouattara peut certainement le confirmer. Car alors qu’il sortit grand vainqueur de la cérémonie de désignation du candidat du RHDP à l’élection présidentielle, lui qui conduisait par ailleurs l’ensemble du processus électoral, au point de se l’inféoder entièrement, est désormais en proie au doute.

Outre ses soucis de santé qui font jaser son propre camp, le Premier ministre doit aussi faire face aux aménagements qu’Alassane Ouattara voudrait faire dans son programme de travail pour le maintenir en meilleure condition avant la présidentielle. Selon nos sources, le chef de l’Etat lui aurait ainsi fait part de sa volonté de confirmer Hamed Bakayoko au poste de Premier ministre pour que lui puisse se dévouer entièrement aux préparatifs de sa campagne.
Mais Amadou Gon Coulibaly n’est pas de cet avis, puisqu’il craint de perdre en influence autour du président de la République en abandonnant son poste.

D’ailleurs pour ne pas laisser le moindre espace à son intérimaire, le Premier ministre s’active depuis Paris par l’entremise de son clan. Finis d’ailleurs les messages sur twitter des premiers jours pour dire qu’il va bien. Amadou Gon Coulibaly veut surtout montrer qu’il est à la tâche en dépit de son éloignement. Pour ce faire, il a envoyé, le 21 mai dernier, plusieurs ministres en mission à Daoukro s’entretenir avec le roi Nanan Kongo Lagou III.

Ses représentants sont ainsi arrivés les mains chargées de nombreux présents : des tonnes de riz, de sucre, de denrées alimentaires et, Covid-19 oblige, de matériels pour le lavage des mains.

Le conflit Hambak-Gon

Comme tout conflit d’ambition, celui-ci se fait par fleurets mouchetés. Ainsi, selon plusieurs sources, le ministre de la Défense avait demandé que son intérim soit adossé à un décret présidentiel ; ce qu’Alassane Ouattara a refusé pour ne pas donner d’autres envies à son golden boy qui était aussi en droit de réclamer une investiture du parti pour le représenter à la présidentielle à venir. Mais tout est allé vite en début du mois lorsque le Premier ministre est évacué d’urgence en France à la suite d’un malaise cardiaque. La présidence fit d’abord mine de minimiser la situation, histoire de ne pas donner du grain à moudre à l’opposition mais aussi en interne où tout le monde n’a pas encore fait son deuil de la désignation du candidat du pouvoir.

Finalement, le ministre de la Défense, qui fait partie du cercle restreint d’amis d’Alassane Ouattara depuis de longues années est nommé comme intérimaire.

Mais malgré le caractère provisoire de ses nouvelles charges, ce hasard qui le propulse à la primature rebat d’une certaine façon les cartes alors que tout semblait scellé depuis la désignation du Premier ministre comme le candidat de la coalition.

Le ministre de la Défense lui-même, en prenant la parole à la tribune de cette rencontre qui avait vu Mabri Toikeusse exprimer ses réticences, avait d’ores et déjà accusé le coup puisqu’il avait soutenu le choix du chef de l’Etat.

De toutes les façons , il aurait été impossible pour lui de faire autrement. Sauf que maintenant le premier ministre a été fragilisé par la maladie et même si Alassane Ouattara n’entend rien changer à ce qu’il avait prévu, les événements, eux, peuvent toujours lui forcer la main.

C’est justement ce que craint le Premier ministre. Son clan également. Ce dernier a d’ailleurs activé ses principaux réseaux sur la toile et dans l’appareil médiatique RHDP. Ainsi, pas un seul jour ne passe sans que l’on y évoque la santé du Premier ministre qui se serait nettement améliorée. Plusieurs mouvements de soutien se préparent ainsi à accueillir Amadou Gon Coulibaly fin mai comme l’avait pronostiqué le chef de l’Etat lui-même.

Mais plus rien ne sera plus comme avant. Car le royaume du RHDP se voit diviser en plusieurs morceaux entre les gonistes, les hamdistes et les duncanistes.Même s’il n’ a aucune chance de faire partie de la short list des élus, le vice-président de la République a néanmoins le pouvoir de mener la vie dure au candidat du RHDP à travers son réseau de personnalités avec lequel il a atterri au RHDP.

Entre les deux hommes, c’est une guerre sournoise qui perdure. Amadou Gon Coulibaly a toujours voulu montrer au vice-président qu’il ne pouvait pas exister entre lui et le chef de l’Etat.
Duncan, réduit à jouer au missi dominici du président pour grignoter quelques voyages à l’extérieur ou quelques droits de représentation au plan national, a été confiné dans de menus bureaux dans les alentours de la présidence. Le Premier ministre lui a ainsi tout chipé, se contentant d’assister aux conseils des ministres comme un auguste spectateur.
Cette surcharge de travail que s’est imposée monsieur Gon a sans doute eu raison de son cœur puisque le Premier ministre a dû être évacué en France pour y recevoir des soins en attendant son retour prévu, selon ses supporters, dès la fin de ce mois.

 

 

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SEVERINE BLE

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