S’il est vrai que pouvoir et opposition s’accordent sur le principe de la réconciliation des ivoiriens, force est néanmoins de constater que le processus piétine. La Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) a remis son rapport de fin d’activités avant décembre, sans grand résultat. Du côté politique, le pouvoir du Rhdp a créé deux cadres de dialogue, parallèlement à la Cdvr. Ici aussi, plusieurs signes montrent un constat d’échec. Alors, faut-il raisonner comme certains et dire qu’il faut tout abandonner
face aux échecs, ou se réorganiser pour continuer de chercher des solutions ? Les partis d’opposition ont
trouvé une réponse à cette question essentielle. Ils se sont dit: « tant que la mère patrie malade n’est pas guérie, il faut continuer de rechercher les médicaments ». C’est pourquoi ils se sont retrouvés
les 23 et 30 janvier derniers, au siège provisoire du Front Populaire Ivoirien (FPI), pour jeter les bases
d’un projet d’union de l’opposition. Celle-ci a le mérite de trouver un interlocuteur
unique face au pouvoir, mais aussi de donner une chance au dialogue initié pour la recherche
de la paix. « Pour l’essentiel, tous les partis s’entendent sur le fond. Il reste que le comité
de pilotage achève ses travaux sur les textes pour finaliser l’union ». Ainsi parlait hier, Ouattara Gnonzié, Secrétaire général du Rassemblement pour le Partage, la paix et le Progrès
(RPPP), président dudit comité. Pour dire que la naissance de l’union des partis
politiques de l’opposition n’est plus qu’une question de réglage.

De la nécessité d’une force unique face au pouvoir
Mais au-delà, en considérant l’unanimité manifeste qui se dégageait le 23 janvier,
à travers les propos de Mme Danielle Bini Claverie, de Mel Eg Théodore, de Daniel
Aka Ahizi, respectivement président de l’Union pour la République et la Démocratie(
URD), de l’Union Démocratique Citoyenne (UDCY) et du Parti Ivoirien
des Travailleurs (PIT), on peut soutenir que la naissance de l’union est imminente.
« Cette union incarne un espoir certain pour la Côte d’Ivoire », disait un journaliste étranger.
Comme lui, beaucoup d’Ivoiriens,qu’ils soient de l’opposition ou pas, estiment
qu’une union de l’opposition est peut faire avancer les choses. Pour les uns et les
autres, cette force unique de l’opposition va contribuer à équilibrer le jeu politique. «
En face du pouvoir Rhdp, il y aura une force unique de l’opposition. Et cela peut
contribuer à crédibiliser l’opposition ». Crédibiliser l’opposition signifie donner
un interlocuteur unique au pouvoir en place. Cela implique surtout pour l’opposition,
de parler d’une seule voix dans les discussions avec le pouvoir et adopter
une seule position. « D’ailleurs, c’est le sens du dialogue, généralement, il se
passe entre deux camps ou deux personnes», explique un enseignant. L’équilibre
politique des forces a aussi l’avantage d’imposer un seul cadre au dialogue inter ivoirien,
que préconise le Fpi d’Affi N’Guessan et que soutiennent ses alliés de l’opposition.
Un cadre commun défini, il n’y aura plus d’un côté le dialogue direct entre
le Fpi et le gouvernement et de l’autre le cadre permanent de Dialogue où le gouvernement
discute avec une partie de l’opposition. Le pouvoir ne pourra plus dire une
chose à un camp, et dire une autre à l’autre camp, sur la même question de la paix.
Cet équilibre politique des forces en présence, au-delà de la forme, peut contribuer
aussi, à donner un coup de pouce aux discussions.

Une chance au dialogue
Tout le monde s’accorde à dire que la recherche de la paix doit emprunter le chemin
du dialogue. Et le fait qu’un rassemblement unique soit face au pouvoir, a une influence positive sur
le fond. Le fond c’est la réconciliation nationale, le retour à la normale, mais aussi,
les préparatifs de la présidentielle de 2015. Cependant, pour que la forme et le fond s’harmonisent, il faudra que les partenaires dans l’opposition croisent leur vision, concernant la réconciliation
nationale. Pour aller à cette échéance, le président du Fpi, Pascal Affi N’Guessan
propose un processus à deux niveaux, dont il a informé ses alliés. Le premier pilier, c’est
le dialogue politique. Dans l’entendement du Fpi, cette phase va contribuer « à solder
les effets de la crise ». En d’autres termes, le dialogue direct va servir à régler les
problèmes résultant de la survenue de la crise, notamment les emprisonnements,
les expropriations, le gel ou la mise sous scellé des biens, le retour des exilés…
Après le dialogue politique, vont suivre les Etats généraux de la République (Egr).
Leur objet, c’est de connaître les problèmes de fond : les questions relatives au foncier
rural, à la nationalité, aux institutions… Au sein de l’union, le Fpi et ses alliés devront
se comprendre dans la mesure où tous les partis ne gèrent pas strictement les
mêmes réalités, concernant les effets de la crise. Cependant,
s’il y a un point sur lequel les alliés du front commun s’attendent, c’est
bien les préparatifs des élections. Sur la question, il leur suffira d’unir leurs forces
pour amener le pouvoir à engager les réformes nécessaires, pour la présidentielle
de 2015. A ce propos, les problèmes sont connus. Il s’agit de changer la Commission
électorale indépendante (CEI) où siègent encore aujourd’hui des mouvements
rebelles non constitués et que dirige encore un président qui a déshonoré l’institution.
Youssouf Bakayoko a réussi un tour de force inédit en 2010. Ce pro-Ouattara a
kidnappé les résultats de la présidentielle hors délai, pour se retrouver dans le
quartier général du candidat Alassane Dramane Ouattara, afin de le proclamer vainqueur.
Même si Youssouf Bakayoko fait des sorties intempestives ces derniers temps, il sait très bien
qu’après ce tour inédit qu’il a joué à la Côte d’Ivoire, il n’aura plus que la confiance
de celui qu’il a proclamé. Son problème et bien d’autres méritent que le front unique
de l’opposition les inscrive dans un plan d’action.
notrevoie / N°4635 du jeudi 6 février 2014