Pauvre Penda ! (Première partie)  Said Penda. C’est le nom du réalisateur du triste film-documentaire, pompeusement titré: «Laurent Gbagbo: despote ou anticolonialiste… le verbe et le sang».  C’est un journaliste de nationalité camerounaise, comme le sont aussi Théophile Kouamouo (Fondateur du quotidien bleu, « Le Nouveau Courrier »ou encore Charles Onana (auteur de l’œuvre : « Côte d’Ivoire le coup d’Etat »).

Encore un camerounais qui vient se jeter à corps perdu dans la mare de la crise socio-politique en Côte d’Ivoire, nous nous sommes dit. Sauf que, contrairement à ses concitoyens, il entend prendre le contre-pied du complot occidental contre la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo. Sa réalisation, comme l’indique le périodique français « La Lettre du Continent », dans sa parution N° 670 du 13 novembre 2013, est un véritable «documentaire à charge» contre Laurent Gbagbo, actuellement incarcéré à la CPI. Said Penda vient donc s’ajouter – pour ainsi dire - à la longue liste des ennemis de Laurent Gbagbo et sur laquelle figurent déjà Alassane Ouattara et ses partisans, la France néocolonialiste et ses alliés, la procureure de la CPI, Fatou Bensouda… Bref, tous ceux qui, tant bien que mal, manœuvrent pour que Laurent Gbagbo passe le restant de ses jours, derrière les barreaux.

Peut-être s’agit-il pour ce réalisateur, de donner son point de vue sur l’homme, Laurent Gbagbo. C’est son droit et nous respectons ce droit. A la question : qu’est ce qui l’a poussé à s’intéresser à la vie de Laurent Gbagbo ? Said Penda répond invariablement : c’est parce que très peu de personnes connaissent en réalité Laurent Gbagbo ». Lui-même, avoue le connaitre « plus ou moins bien ». Mais dit avoir donné la parole – comme on peut le voir dans la bande annonce du film - à des personnes qui ont côtoyées ce dernier. D’ailleurs pourquoi Said Penda ne tenterait-il pas de surfer sur la popularité de Laurent Gbagbo, histoire de sortir quelque peu de l’anonymat et de se faire, au passage, un peu de sous ? C’est en tout cas - à première vue - plausible.

Jusqu’ici, rien de sérieux. Mais là où, nous nous sommes sentis interpellés, c’est quand le nommé Said Penda présente son œuvre comme « une vérité irréfutable » ; et lorsque, dans la même foulée, il s’autoproclame « crédible », sous prétexte d’avoir « travaillé presque deux décennies » à la BBC, une chaine de radio qu’il présente comme « crédible » pour s’être toujours - selon ses dires - « basée sur les faits ». Ce qui nous a poussés à nous intéresser de près à cet obscur réalisateur qui prétend détenir « la vérité » sur Laurent Gbagbo et qui, pour des besoins publicitaires, arpente en ce moment, plateaux de télé et de radios.

D’abord, sur la radio BBC et la chaine de télé Africa 24, Said Penda utilise un ton mesuré. Il se veut dans le rôle du journaliste impartial et objectif. Lorsque le journaliste Jean-Célestin Edjangué de Africa 24 lui demande son avis sur la question soulevée par le titre de son documentaire, à savoir si pour lui, Gbagbo est  un panafricaniste ou un despote, il déclare: « (…) Ce n’est pas mon rôle à moi, en tant que journaliste-investigateur de répondre à cette question. Mais cette question a été répondue par des personnes qui l’ont très bien connues (…)». Mais ensuite, une fois, sur le plateau de la radio Africa N°1, au cours de l’émission « Le grand débat » présentée par un certain Francis Laloupo, dont l’hostilité à l’égard Laurent Gbagbo, n’est plus à démontrer, Said Penda, en compagnie du journaliste-barbouze français Jean-Pau Ney, laisse tomber son masque : « Je pense que Laurent Gbagbo, c’était en réalité, un illusionniste, et un prestidigitateur. Honnêtement. Tout ce qu’on avait l’impression de voir était faux ». Puis, après avoir dépeint Laurent Gbagbo comme un faux anticolonialiste, il poursuit : « Ce que j’aimerais dire à tous les compatriotes africains, c’est qu’il faut sortir de l’anticolonialisme dogmatique». Vous avez bien lu. Il reprend ici à son compte, ce qu’il appelle l’«anticolonialisme dogmatique», ce concept boiteux, qui n’est autre que celui prôné par un certain Franklin Nyamsi. Lui aussi camerounais, idéologue et rédacteur connu des discours de l’ex-chef de la rébellion Soro Guillaume, mais aussi  et surtout défenseur indéfectible du régime d’Alassane Ouattara. Enfin, plus rien n’arrête Said Penda. Il se déchaîne. Allant jusqu’à comparer Gbagbo à Hitler, le chef nazi. Arguant que bien que ce dernier ait été très populaire, il «était quelqu’un de mauvais et de monstrueux ». Transporté, il distille son venin: « Laurent Gbagbo nous a entrainé dans son piège. (…) Tous les partisans de Laurent Gbagbo me font pitié. En réalité, les partisans de Laurent Gbagbo comptent parmi ses premières victimes. Parce que c’est à eux qu’il a menti. C’est eux qu’il a trompé».

Que penser vis-à-vis de tels propos qui, visiblement transpirent la haine contre Laurent Gbagbo ? Que dire face à ce qui s’avère être, sans conteste, une grave insulte à l’intelligence de tous ceux qui ont soutenu et  qui continuent de soutenir Laurent Gbagbo ? Mais aussi et surtout un refus d’admettre qu’entre l’époque d’Hitler et ce 21ème siècle, l’humanité a réalisé des progrès significatifs en matière de changements de mentalités et des Droits de l’Homme? Quel est finalement, le véritable mobile de cet individu, Said Penda ?

 

Micael Marc