Par AUJOURD'HUI - La note secrète du camp Ouattara à la juge pour garder Gbagbo découverte.

Que ne feraient-ils pas pour expédier Laurent Gbagbo aux enfers ? Mais à chaque fois, comme si leurs actions n’avaient pas l’onction du Seigneur, celles-ci finissent par être découvertes, les condamnant ainsi à un échec retentissant.
C’est le cas de cette récente manoeuvre souterraine, à la CPI, visant à garder le président Laurent Gbagbo indéfiniment à la Haye, qui vient d’être découverte et révélée dans les lignes qui suivent.

Dans la guerre sans merci qu’ils livrent au président Laurent Gbagbo, les irréductibles du camp Ouattara, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, sont prêts à tout, y compris de grossiers mensonges montés de toutes pièces.
Comme pour voler au secours du bureau du procureur qui peine à réunir des preuves suffisantes à ses charges contre le président Laurent Gbagbo, ils viennent de s’illustrer une fois de plus
en sortant de leurs officines secrètes, une trouvaille dont ils ont seuls la science. Cela, sous la forme d’une note signée d’un certain Me Abou,- auquel l’on prête un activisme débordant
dans la défense du régime, sur les réseaux sociaux et autres espaces de communication et de propagande-, et adressée récemment à la juge « unique», Sylvia Fernandez de Gurmendi, en
charge de l’affaire « le procureur contre M. Laurent Gbagbo » devant la cour pénale internationale (CPI). Voici ce que dit le message : « Madame le juge, je suis une victime indirecte du
prévenu Laurent Gbagbo au sujet duquel vous devez prendre une décision dans les semaines à venir. Madame le juge, Monsieur Laurent Gbagbo ne doit pas être libéré car il présente un risque de fuite. Il s’est déjà dérobé à la justice ivoirienne en 1982 pour aller se cacher en France, via la Haute Volta,
actuel Burkina Faso, sous une fausse identité. Vous pouvez vérifier auprès des autorités de ce pays que le prévenu a déjà porté le nom Abdoulaye Cissé avec la nationalité voltaïque. Monsieur
Laurent Gbagbo est capable de récidiver s’il est libéré. Je vous prie de prendre en considération les informations que je viens de vous fournir dans la prise de votre décision. Merci Madame le juge. » Notons que ce même message a été laissé sur le répondeur automatique de la CPI, au numéro suivant: +3170 515 8515. La missive a été également balancée à l’adresse mail de la juridiction internationale sise à la Haye : « otp.informationdesk@icc-cpi.int ». Et pour boucler la liste, le fax de l’institution judiciaire (+3170 5158 555) a été aussi sollicité.
Selon des informations en notre possession, des petites notes blanches de ce type, sont régulièrement envoyées par le camp Ouattara aux juges de la chambre préliminaire1 de la cour pénale internationale pour brouiller l’action de Me Emmanuel Altit et les siens. Sans présager de l’impact que la note de Me Abou, la supposée victime indirecte du président Laurent Gbagbo, aura sur la conviction du juge Sylvia Fernandez de Gurmendi, on peut néanmoins faire des observations sur celle-ci. Premièrement, au niveau de la forme, pourquoi Me Abou et les autres, plutôt que de confier leurs informations au bureau du procureur, choisissent-ils de s’adresser directement aux juges de la CPI ? Deuxièmement, au niveau du fond, on voit que les laborantins du camp Ouattara ont
habillé un petit fait historique d’un gros mensonge. Car s’il est vrai que le président Laurent Gbagbo a quitté la Côte d’Ivoire en 1982, pour un exil de six ans en France, après être effectivement passé au Burkina Faso actuel, il demeure en revanche faux que l’homme se soustrayait ainsi des griffes de la justice puisqu’à cette époque, il n’existait aucune procédure pendante contre Laurent Gbagbo devant
les tribunaux ivoiriens. L’exil français tenait plutôt à un choix stratégique voulu par la direction du front
populaire ivoirien (FPI) qui venait d’être créé dans la clandestinité, sous le règne de feu, du président Félix Houphouët-Boigny. Le challenge était de donner un écho à la lutte du FPI, à l’extérieur, dans le but d’accélérer le processus démocratique en Côte d’Ivoire. Ce qu’a si bien réussi Laurent Gbagbo, en s’expriment régulièrement, sur la situation politique et des
droits humains dans son pays et en divulguant à travers des ouvrages, ses idéaux pour une Côte d’Ivoire moderne devant naître d’une transition pacifique à la démocratie. La suite,
tout le monde la connait, avec notamment, le retour d’exil en 1988, suivi de la proclamation officielle du multipartisme le 30 avril 1990, le boycott actif
de 1995, l’accession au pouvoir, cinq ans plus tard après une double légitimation
dans les urnes et dans la rue, suite à la volonté de feu le Général
Robert Guéi de confisquer le pouvoir. Suivront la décennie de règne du régime
de la Refondation, le funeste 11 avril 2011, la déportation à Korhogo,
puis le transfèrement à la cour pénale internationale, le 29 novembre de la
même année. Troisièmement, les adversaires du président Laurent Gbagbo
peuvent tout lui reprocher, mais ils ne convaincront personne en choisissant
de présenter l’homme comme un éternel fuyard. Trois faits majeurs plaident
en faveur de ce dernier. D’abord, le 18 février 1992 où il conduisit la
marche des démocrates pour exiger que le président Félix Houphouët-Boigny
prenne des sanctions contre les auteurs de la descente punitive et nocturne
de l’armée, en Mai 1991, sur la résidence universitaire endormie de
Yopougon. Ce jour-là, bien que mis au parfum du coup tordu du régime, préparé
par le gouvernement d’alors, dirigé par l’actuel chef de l’Etat, Laurent
Gbagbo a décidé envers et contre tout, d’y aller. Il a été arrêté avec femme et
enfant, jeté en prison d’où il est ressorti grandi quelques mois plus tard.
Ensuite, le 21 septembre 2002 où, alors qu’il était en visite officielle en
Italie, il choisit de rentrer à Abidjan où tonnaient encore les armes suite à la tentative de coup d’Etat menée deux jours avant, par une rébellion armée conduite par Guillaume Soro. Ce jour-là,
Laurent Gbagbo avait le choix entre la fournaise ivoirienne et l’exil doré
que lui proposait, à Paris, le président français, Jacques Chirac. Dernier
exemple, les trois jours et autant de nuits de bombardements intenses de la
chasse franco-onusienne sur sa résidence officielle, en avril 2011. Là encore,
le leader ivoirien, fidèle à ses habitudes, est resté sur place, imperturbable
et détendant même parfois l’atmosphère dans une maisonnée
apeurée. Au total, trois exemples qui montrent que, pour peu que la juge
Sylvia Fernandez de Gurmendi ait de la jugeote, l’argumentaire de Me Abou
n’a aucune chance de prospérer et finira par s’effondrer comme bien d’autres
initiatives, aussi bien précédentes qu’ultérieures, faites du même poil. Il
faudra chercher quelque chose de bien plus costaud pour espérer contrer la liberté
conditionnelle du président Laurent Gbagbo qui s’annonce désormais
irréversible. Surtout après ce qu’il a été donné d’observer avant-hier à la
Haye. Et les choses pourraient aller beaucoup plus que prévu si on en croit,
la radio française RFI, qui soutenait hier que le verdict des juges pourrait intervenir dans un délai maximum d’une semaine.

Géraldine Diomandé