L’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (Uvicoci) tient, demain jeudi, son assemblée générale ordinaire. François Albert Amichia, maire de Treichville (Abidjan) et président sortant de l’Uvicoci, dresse son bilan. Il jette aussi un regard sur les rapports entre les maires et le gouvernement ivoirien.
Notre Voie : Monsieur le maire, l’actualité, c’est la visite que le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, vient d’effectuer dans la région du Gbêkê. Qu’est-ce que cette visite vous inspire ?
François Albert Amichia : Cette visite rentre dans l’ordre normal des choses. Après la visite dans l’ouest montagneux, après la visite dans le Zanzan, il était normal que le chef de l’Etat qui est le président de tous les Ivoiriens se rende dans une autre région du pays ; et cette fois, c’est la région du Gbêkê qui a eu l’honneur de l’accueillir. C’est une bonne chose. Cette visite a été l’occasion pour la région de renouveler ses infrastructures. Elle a bénéficié d’un certain nombre de réalisations. En plus le chef de l’Etat en a profité pour promettre de créer plus d’un million d’emplois pour les jeunes. Evidemment, il y a eu ce qu’on peut appeler les à-côtés de cette visite. Il faut prendre le temps d’analyser tout cela.

N.V. : L’autre point de l’actualité, c’est la tournée que le président du Fpi, Pascal Affi N’Guessan, a effectué dans le grand Ouest. Il a plaidé pour la réconciliation et a proposé la tenue des états généraux de la république. Qu’en pensez-vous ?
F.A.A : Permettez d’abord que je dise toute ma compassion aux populations de l’Ouest montagneux parce que depuis 2002, c’est une population qui a véritablement souffert. La visite du président du Fpi est une activité normale d’un parti politique. Le Fpi est une des grandes formations politiques de ce pays et après une période d’inactivité forcée, Affi N’Guessan doit reprendre contact avec ses militants. Parce que l’ouest montagneux est une région, je ne dirai pas un bastion, qui est forte du Fpi. Et qu’il parle de réconciliation, je crois que c’est le vœu de tous les Ivoiriens. Notre pays a connu des moments difficiles, les Ivoiriens se sont retrouvés divisés sur certaines questions. Et pour autant nous sommes condamnés à vivre ensemble. Et nous ne pouvons pas vivre dans un Etat où il y a la méfiance et où la confiance ne règne pas. Il faut donc rapprocher les uns des autres. La réconciliation nous la voulons tous. Maintenant comment y parvenir ? C’est à ce niveau qu’il y a quelques divergences. Je suis sûr qu’on finira par trouver une solution. Le gouvernement a proposé un dialogue avec le FPI. Il faut que le Fpi accepte d’aller à ce dialogue et pose les problèmes. Et si maintenant, cela doit déboucher sur une autre façon de voir qu’on pourrait appeler états généraux ou forum national, ou encore conférence nationale, tout dépendra. Mais il faut déjà commencer la discussion et on finira par trouver la formule qui permettra de concrétiser la réconciliation tant attendue par les populations.

N.V. : Le troisième point de l’actualité, c’est l’assemblée générale de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire qui se tiendra demain. Le point majeur sera le renouvellement des instances dirigeantes. On sait que vous n’êtes pas candidat à votre propre succession. Dans quel état laissez-vous cette structure ?
F.A.A : Nous avons été portés à la tête de l’Uvicoci en juin 2002. Après septembre 2002, l’Uvicoci a connu des problèmes liés à la crise militaro-politique qui a coupé notre pays en deux. Les communes qui sont dans les parties nord, centre et Ouest du pays se sont retrouvées dans l’incapacité de fonctionner. C’est dans un tel contexte difficile que nous avons travaillé. Malgré cela, nous avons réussi certaines réalisations tant au plan national qu’international.

N.V. : Quelles sont ces réalisations ?
F.A. A : Au niveau national, nous avons réussi à faire accepter l’Uvicoci par tous les départements ministériels comme partenaire au développement. Nous avons réussi à donner une certaine considération à la fonction de maire même si nous ne sommes pas tout à fait satisfaits de la situation des maires. Nous avons réussi à faire tenir les états de la décentralisation en 2007 qui ont abouti à des textes consensuels même si ces textes ne sont pas encore appliqués. Toujours au plan national, les élus locaux ont réussi à maintenir la présence de l’Etat dans leurs circonscriptions. Ils ont maintenu la cohésion sociale et ont évité bien de heurts entre les populations par leur présence et leurs conseils. Malgré la crise, les communes ont fait des réalisations tant au niveau de l’éducation que de la santé et des infrastructures. Au plan international, nous avons noué différents partenariats avec le Pnud, les cités unies France, l’association internationale des maires francophones, CGLu Afrique, CGlu monde etc. Cela est important parce qu’il faut rappeler que de 2004 à 2011, la Côte d’Ivoire était totalement mise à l’écart de la communauté internationale. Ce sont les élus locaux qui ont réussi à maintenir la voix de la Côte d’Ivoire au niveau international. Et ça on doit le leur reconnaitre. 

N.V. : Comment peut-on s’apercevoir que l’Uvicoci a franchi les frontières ivoiriennes ?
F.A. A : Le gouverneur du District d’Abidjan est vice-président de l’association internationale des maires francophones (Aimf). Le président de l’Uvicoci est le président du conseil d’administration du Partenariat pour le développement des communes (PDM) qui a son siège à Cotonou (Bénin). Le maire de Treichville est le président des collectivités territoriales de l’Espace UMOA. Il est également membre de l’instance mondiale des maires et des élus. Il est aussi vice-président du réseau mondial des villes plus sûres dans le monde. Dans toutes ces instances les maires portent la voix de la Côte d’Ivoire.

N.V. : Quelle est la nature des relations entre l’Uvicoci et l’Etat ? 
F.A.A : C’est l’un des combats que nous avons mené. Nous pensons que le maire n’est pas reconnu à sa juste valeur. Un maire est un élu. Il est le représentant de l’Etat dans sa circonscription et il est le porte-parole des populations auprès de l’Etat. Quel signe distinctif a le maire à part l’écharpe qu’il arbore pour accueillir les personnalités? Il n’y en a pas. Il n’a ni macaron, ni signe qui prouve qu’il est le maire d’une commune. Il ne dispose pas d’un passeport diplomatique pour pouvoir avoir accès facilement aux visas. Tout cela montre que les maires ne sont pas considérés à leur juste valeur. Deuxièmement, la faitière qui regroupe tous les maires, à savoir l’Uvicoci, n’est pas associée à des évènements importants engageant la vie de la nation. Dans certains pays, par exemple, avant l’adoption du budget de l’Etat, il y a des rencontres entre le bureau de l’Assemblée nationale et les maires pour voir ce qui peut être fait. Il y a aussi une journée des maires. Au cours de laquelle le chef de l’Etat rencontre les maires pour comprendre leurs problèmes. Nous ne connaissons pas tout cela alors que nous avions fait des propositions dans ce sens. Je dois dire que nous avons eu des rapports difficiles avec les différents gouvernements. Les Premiers ministres nous ont reçus, les différents ministres de l’intérieur nous ont reçus mais nos dossiers n’ont pas véritablement avancés. Tout cela fait partie de nos regrets. 

N.V. : Au moment où vous quittez la tête de l’Uvicoci, quels sont les projets dont pourrait hériter votre successeur?
F.A. A : Il faut d’abord dire que l’Uvicoci est devenue incontournable. Il faut maintenant traduire cela dans les faits à tous les niveaux. L’une de nos revendications porte sur les indemnités des maires. On fixe les indemnités en fonction de la taille des populations de la commune quelque soit le budget de la commune. Je crois qu’il faut corriger cela. Et la différence des indemnités des maires et les présidents des conseils généraux à l’époque, je ne sais pas ce qu’il en est pour les présidents des conseils régionaux, était énorme. Ce sont des choses qu’on doit revoir. Le maire doit être capable de réagir immédiatement quand il est sollicité par les populations. A défaut de mettre à sa disposition un fonds de souveraineté, il faut permettre une certaine fluidité qui permette au conseil municipal de réagir immédiatement. Et il y a le gros problème de la gestion des ordures ménagères. Nous sommes le seul pays au monde où la gestion des ordures revient à une entité gouvernementale. Il faut revenir à la normale. Les ordures, c’est une activité de proximité et donc cette activité doit revenir aux communes. Est-ce que nos villes sont beaucoup plus propres depuis que la gestion des ordures est confiée à des entités gouvernementales ? La réponse est non. 

N.V. : Quelle est la situation des ex-maires des zones ex-CNO et celle de leurs agents ?
F.A.A : Je voudrais d’abord les féliciter parce que ce sont des personnes qui ont été très courageuses. Elles dû fuir leur zones au moment des faits. Elles sont reparties un moment mais elles n’ont pas pu fonctionner comme il se devait. Le gouvernement, à partir du Premier ministre Charles Konan Banny, a fait de gros efforts, mais il y a le gros problème des arriérés de salaires de nos collaborateurs. Nous avons obtenu de l’Etat que ces arrières soient une dette de l’Etat. Je pense que l’Etat va les payer. Je souhaite que cela se fasse le plus tôt possible. Il y a également le problème du statut du personnel de nos collectivités. Il faut maintenant arriver à mettre en place un véritable statut de nos personnels qui leur permette d’envisager l’avenir avec optimisme. Ce n’est pas normal qu’un agent de la mairie commence ses fonctions à un point A et termine à ce même point A. et qu’i soit à la merci de l’élection d’un nouveau conseil municipal qui peut le renvoyer à tout moment.

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