François Mattéi, ancien directeur de la rédaction de France Soir vient de mettre sur le marché un livre qu’il a cosigné avec le président Laurent Gbagbo. Dans une interview réalisée pour Eventnewstv et Politicomag par Alain Toussaint et Joachim Vokouma, il évoque ses rencontres avec Laurent Gbagbo et sa conviction que cet homme est innocent. Nous vous en proposons de larges extraits.

« J’ai vu le président Gbagbo entre 12 et 15 fois.mais je l’ai vu la première fois vers le printemps 2012. ça faisait déjà un moment qu’il y était. il était encore assez fatigué d’ailleurs. Au cours des conversations j’ai trouvé tout à fait dommageable qu’on n’entende plus directement sa voix. et moi,j’ai la particularité de ne pas être ivoirien. Je ne suis pas un de ses partisans affichés etc. Donc je n’avais pas non plus les obstacles que certains ont eus pour faire passer certaines informations,certaines vérités.

Je me suis dit pourquoi ne pas en profiter. Je lui ai soumis l’idée, il m’a dit fais comme tu penses devoir faire (…)ce qui compte à mes yeux c’est la confirmation que laurent Gbagbo était victime d’un système qu’il mettait en péril et qui était le système de la françafrique.mon sentiment est que le sort de laurent Gbagbo était scellé dès son accession à la présidence de la république.
ça me regarde parce que d’autres gens me disent qu’il
aurait pu, qu’il aurait dû. c’est très facile à nous tous
aujourd’hui. Quand on regarde l’histoire de la côte d’ivoire depuis son élection, il ne correspondait pas à ce qui était attendu et la côte d’ivoire est trop importante pour le système français en Afrique pour être laissée entre les mains de quelqu’un qui ne correspond pas aux critères de base.

et c’est là qu’on a souvent fait des procès à Gbagbo parce qu’on lui a fait toutes sortes de procès d’intention. et c’est ce
qui parait scandaleux (…) l’indépendance est une fiction
pour les pays d’Afrique francophone dans la mesure
où on agit sur ces pays-là avec trois leviers les plus importants.
c’est la monnaie. Je ne comprends pas que les gens en france ne se choquent pas du fait que des pays indépendants depuis
cinquante ans n’aient pas leur monnaie puisqu’ils sont toujours au franc. le franc cfA qui a été créé en 1945 a été reconduit au moment des indépendances pour tenir les Africains (…)

en 2012, lors du congrès du Pdci, la presse française n’a
pas relevé un mot du discours de Bédié. il a dit que l’élection était truquée, qu’on lui a volé 600 mille voix et que de toutes les façons il n’avait jamais été troisième.ça veut dire que m. ouattara était troisième. et s’il était troisième, il n’était pas au deuxième tour ; s’il n’était pas au deuxième tour, il ne pouvait pas être président de la république. c’est un usurpateur (...)
laurent Gbagbo raconte luimême que claude Guéant était venu lui dire : ‘’nous n’avons pas de candidat’’, ce qui est faux. etant entendu que ouattara était soutenu par la france. Gbagbo n’a jamais été le candidat de la france ou de qui que ce soit.
A part son parti et son peuple ivoirien. on sait très bien que
les autres candidats étaient soutenus par des gens de l’étranger.

Gbagbo a reçu la juge Sabine Keris à La haye
elle a insisté beaucoup et c’est sur l’action de l’avocat des familles des victimes des militaires français, me Jean Balland qui a assisté à l’entretien et qui m’a dit avoir recueilli des choses très intéressantes.ça veut dire que l’instruction sur cette affaire de Bouaké où des militaires français sont morts suit son cours et qu’il y a des magistrats en france qui sont soucieux de la vérité et qui, en dépit des obstacles qui ont été mis dans le passé surtout,continuent à travailler pour faire valoir la vérité,cette vérité, laurent Gbagbo n’en a pas peur. il n’a pas peur des faits. il veut la vérité parce qu’il n’en a pas peur. il fera face à tout ce qu’on peut lui dire. ce n’est pas le cas de tout le monde (…)
laurent Gbagbo continue et persiste : il a gagné l’élection.
mamadou Koulibaly, à mon avis, n’a pas reconnu une défaite électorale. Je pense qu’il a voulu admettre l’échec d’une stratégie globale. et donc il comptait reconquérir le pouvoir en acceptant les faits, je ne dis pas la défaite, mais les faits tels qu’ils se présentaient avec les forces en présence pour aller au combat, aux législatives suivantes. ce sont des différends de stratégie politique. sur le fond, je ne pense pas qu’il y ait des différends
(…)
en dehors du nord où tout était verrouillé, partout laurent
Gbagbo était en tête. et puis il y a l’éternelle question
du recomptage des voix,pourquoi cela a été refusé ?
Dans les partis politiques en france, dans les grandes
démocraties, quand il y a un litige électoral, on recompte
les voix. un litige électoral n’est pas une chose monstrueuse
et africaine. Qui l’a demandé ? c’est laurent Gbagbo. Qui ne l’a pas demandé ? c’est m. ouattara.l’onu ne décide pas des
élections d’un pays. le président de la république d’aucun
pays n’est désigné ni par l’onu ni par des institutions
étrangères. ce qui s’est passé en côte d’ivoire c’est
une mondialisation du truquage.Dans une conversation, l’ancien ambassadeur de france en côte d’ivoire m’avait demandé si je ne pouvais pas demander à laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite. et cela pendant que je travaillais sur ce livre. Gbagbo a éclaté de rire, il m’a tapé dans la main et il m’a dit : ils ne changeront jamais.le procès sera une catastrophe pour la cpi parce que laurent Gbagbo peut s’expliquer sur tout. la cpi va être
en grande difficulté comme le procureur a été en difficulté depuis le début de cette procédure. mais je regrette quand même qu’il n’y ait pas eu de la part de la cpi un sursaut pour dire voilà la cpi aura servi à la manifestation de la vérité dès la phase préliminaire.
ce qui est dramatique c’est que laurent Gbagbo soit en
prison de façon injuste. il est serein parce qu’il a tout pour
se défendre et qu’il n’a rien à cacher et il va manifester ses
convictions. le problème c’est que tout ça est tellement
politique que les élections de 2015 seront passées et qu’on aura entériné ou justifié l’action de la communauté internationale en côte d’ivoire. et surtout dommageable pour laurent Gbagbo à titre personnel mais surtout pour la côte d’ivoire.
le procès aura lieu certainement vers 2016, il faut se
mettre ça dans la tête. maintenant il n’est pas interdit de
penser qu’il y aura peut-être une libération conditionnelle
et c’est ce que j’espère de tout coeur pour lui et pour la
justice. il sera plus clair et plus fair Play de le juger en
homme libre. et pour les ivoiriens qui sont traumatisés
et qui seront un peu guéris si laurent Gbagbo est libre. »
Source : Eventnewstv et
Politicomag
23/06/2014