Alassane dramane Ouattara renoue avec la visite présidentielle intra-muros.

Près de 90 à voyages à l'étranger, le 4 ou 5 ème voyage sur place, avec déplacement aérien puis au ras du sol. Mais Magellan "air et terre" lines s'est encore agrandi en se dotant d'un nouvel engin, un 5,5 tonnes GMC, honneur aux véhicules made in the States, pour une fois. Un petit escabeau de deux marches, tendu de velours pourpre a été fabriqué pour accompagner les déplacements du grand homme, afin qu'il puisse mieux de sa hauteur venir fouler le sol du tout un chacun de son Royaume.

Et revoilà vivifiée la thèse du complot : même à Bouaké, où depuis plus d'un mois ses derniers fidèles veillent, démilitarisent, passent tout à la poêle à frire pour détecter le moindre clou rouillé que l'on pourrait confondre avec une arme de destruction massive d'un président élu légitimement par la communauté internationale. Voilà que l'on intercepté des gros méchants bêtes, qui auraient voulu s'en prendre à Ado, alors qu'humainement c'est impossible à qui ne serait pas Dieu le Père, tellement le président est entouré, à commencer par les services de renseignement français et les militaires français qui veillent sur lui.

Vrai ou faux complot, avec Ouattara il y a toujours complot, Notre Président doit être plus important que les plus grands du monde, plus grand que le pape lui-même, puisque jamais aucun homme politique n'a déjoué autant de complots en un règne aussi court; et sa "baraka" est encore plus grande que celle des plus grands…Il survit, là où JFK, l'auteur qui selon lui avait un Dream, n'a pas survécu; c'est probablement parce que lui Ouattara ne rêve pas, il n'a que des cauchemars, pas de rêves, pas de visions, pas d'ambition pour la Côte d'Ivoire, si ce n'est l'exportation de discours creux à l'étranger.

Les photos nous présentent un Ado-Prado en chapeau, serait-il blindé lui aussi? Souriant, détendu, en véhicule GMC à toit ouvrant, laissant passer son torse corseté d'un gilet pare-balle qui lui sied bien, l'engraissant quelque peu au passage, mais contribuant à lui donner cette démarche d'albatros, très à l'aise dans les airs, mais qui peine à se mouvoir sur la terre ferme, et  le petit escabeau assure une transition toute en douceur. 

Comme les napolitains, Ouattara aime à se déplacer avec la famiglia, la famille, il n'y a rien de tel, ça vous sécurise : 500 militaires en civil, plus au moins autant de soldats en uniforme rattachés à sa sécurité personnelle. Le petit gros qui mange asiatique en ce moment nourrit en permanence un demi millier de personnes commises à sa garde rapprochée. partant du cercle extérieur, approchons nous peu à peu du coeur de la nation  qui bat régulièrement  à 3600 battements par heure, voici les fans de l'escorte présidentielle, sous préfets, préfets, notables du coin, autorités civiles, religieuses et traditionnelles de la région, porteurs de la carte RDR à jour de leur cotisation et les autres, plus nombreux, car les temps sont durs, et le fan club habituel, les fans de tous les jours: ministres, chefs de cabinets, secrétaires, parlementaires, dépêchés sur place, ils étaient meme présents à l'atterrissage de l'avion présidentiel; ce dernier est si petit, compressions budgétaires oblige, qu'ils sont venus par leur propres moyens. Même le petit dernier, le jeune Cissé du Sénégal était du voyage, il  a fait la connaissance du Gbêkê. Il va tâter l'économie sur le terrain: beaucoup de promesses, quelques enveloppes presque vides, quelques mains serrées, parfois graissées, des choses qu'il n'a pas appris à Polytechnique.

Cela nous fait beaucoup d'hommes dans ce fan club qui applaudit  au passage du bolide blindé et de son passager, l'homme au chapeau. il faudrait quelques familles pour étoffer la recette du voyage réussi, un succès à la sauce dictateur. 

"Comment faire foule" et "spontanément" acclamer un président dictateur sauveur?  

En y rajoutant, femmes et enfants, pour faire "la famille Ado", souriante et radieuse, radieuse de son présent, souriant à l'avenir de rêve que la Françafrique dessine pour elle: ajoutons les enfants soldats et tous les petits esclaves des mines d'or, de diamant, les petits burkinabés enlevés à leur famille et qui déjà entre 5 et 8 ans se trouvent astreins aux travaux des champs et des plantations de café cacao, alors que dame Dominique n'est au courant de rien, sa fondation fermant pudiquement les yeux sur le sort des enfants privés d'une vie normale d'enfant. Pour ce qui est des femmes, Dominique a certainement retrouvé toutes les femmes sponsorisées précédemment, et les nouvelles du jour: les heureuses élues d'un micro crédit à macro remboursements: 12 pour cent l'an, plus cher que celui des  grandes banques aux dents de requin. 

Shlomit Abel, 26 novembre 2013