“cultures et rapports de force entre les peuples dans l’histoire.Les africains d’hier à aujourd’hui”(edition l’harmattan) du professeurJoachim tchero. c’est un
livre qui s’enroule autour de quatre thèmes qui ont en commun une thèse: celle que les africains au sud du
sahara sont dominés par le reste du monde. Les
thèmes de l’histoire des mentalités comme remède
contre l’oubli de la mémoire collective, de l’Afrique
subsaharienne moderne à travers le livre Negrologie
de Stephen Smith, de l‘armée dans l‘Etat ivoirien,
et enfin de la refondation du FPI et le putsch
manqué de 2002 sont les principaux instruments de
vérification de cette thèse. 1. Les africains reviennent
d’europe et d’ailleurs avec des diplômes qui leur permettent
de dispenser des enseignements dans nos
établissements supérieurs. Le mal, c’est qu’une fois sur
leurs lieux de travail, ils sont rongés-par le souci de
n’appliquer que leur formation aux mépris des faits en
présence comme s‘ils considèrent l‘explication
scientifique comme neutre. or leur formation est tributaire
des canons de la pensée occidentale, élaborés à
l’aune d’observations où n‘entrent pas en ligne de
compte les réalités du sous-continent. résultat?
ils se comportent comme des gendarmes à la solde des
théories et des points de vue de la philosophie du
XiXe siècle qui, dans presque tous les domaines,
sont aujourd’hui surannés. c’est à la faveur de cette
myopie volontaire qu‘en histoire par exemple.l’enseignement
classique reste dominant en afrique, pourtant
basé sur l’exploitation et le commentaire des
seuls documents écrits, basé sur les seuls
objets positifs tels que les guerres, les .partis politiques,
la constitution, la diplomatie, etc., basé enfin
sur le temps linéaire qui répartit les faits humains en
deux catégories, l’une en soi historique, et l’autre qui
ne l’est pas, parce que qualifiée de récente et, dès
lors, réservée aux sociologues ou aux journalistes.
mémoire d’hegel, telle que Langlois et seignobos en
ont hérité en france ; c’est idéologique et méprisant
pour les cultures qui ont valorisé le temps social, les
cultures qui sont restées pour telle ou telle raison,
mais toujours humaine, à la communication orale. Les
africains qui ont horreur d’innover et même de rénover,
sont à la traîne dans tous les domaines des
sciences de l’homme, abonnés à la vulgarisation.
L’histoire jusqu’à ce jour est sous le signe du « fardeau
de l’homme blanc » sur le continent noir. De là l’appel
à la volonté de la sortir de sa chrysalide, de la revêtir
de couches d’ébène par la promotion d’une histoire immédiate qui s’alimenterait à l’observation, aux structures
de la longue durée, à l’enquête orale et autres,
avec l’avantage de s’étendre, au-delà des faits de
conjoncture et au domaine culturel. car si la
notion de l’histoire est liée au temps, elle l’est autant à
l’espace et, dès lors, la légitimité de la faire avec les
moyens de communication existants.
2. stephen smith est raciste, mais ce n’est pas
n’importe quel raciste ; son racisme est déductif, il l’arrime
sur la qualité de vie des noirs : «Dans le grand
Monopoly universel, dit-il, où se trouvent des ressources
offertes par la nature contre des ressources
l’Afrique s’est piégée dans le mauvais camp : ses matières
premières valent de moins en moins, puisque
ce sont les forts en matière grise qui raflent la mise.»
smith en vient à la conclusion que « si l’Afrique n’est
pas pauvre, les Africains sont de pauvres gens »,
c’est-à-dire environ 600 millions de personnes coincées
dans une sévère « pauvreté de potentialité et de capacité», ayant ses sources, selon l’auteur, dans le tribalisme, le népotisme, la corruption et le racket qui sont des vices
consubstantiels à leur esprit. ils sont pauvres parce
qu’ils sont naturellement incapables, et s’ils le sont,
c’est parce qu’ils sont noirs. en d’autres termes, le
«Noir» est dans sa représentation le seul palier où la
générosité divine manque d’élan ; le concernant, on
peut tout oser, même le négationnisme
quant aux crimes commis par “sa” france pour se hisser à la
place qui est la sienne aujourd’hui sur l’échiquier politique
international ; on peut tout oser, et on n’a rien
à craindre, puisqu’ils ne disposent d’aucun moyen
pour exiger réparation, l’injurier même sans motif ne
donnera lieu à aucun témoignage contre l’auteur.
alors on y va. Pour nous, smith n’est qu’un fier-à-bras, un matamore, quelqu’un qui tire sur un sous-continent auquel
l’europe a déjà passé des menottes. De part en part
smith est ridicule, simpliste, pauvre, enfourné ; il peut
ainsi établir une comparaison entre l’afrique et le
Japon. si c’est un africain qui commet ce genre
d’amalgame, ça peut faire sourire, on dira que c’est en
désespoir de cause. venant de lui, le détenteur
exclusif de la matière grise, c’est désopilant, à
moins qu’il soit ivre de sa “matière grise”. non,
l’afrique ne se suicide pas, elle a été surprise par un
assassin, l’aïeul de Smith, une situation bien embarrassante
de laquelle il cherche béatement à le
blanchir. Le message de ce livre est que smith s’est permis
toutes ces simplifications parce que, simplement, il
ne craint pas d’être inquiété, sa cible étant «
l’âne » de la Fontaine, du côté des « animaux malades
de la peste ». 3. L’armée dans l’etat ivoirien
est un autre épisode de la vie des africains, également
sous le signe de la faiblesse. L’armée de côte
d’ivoire a ses racines dans l’union Française, en
1964, dans un but précis : « créer une force militaire –
dans chaque colonie – susceptible en tout
temps de servir d’appui à l’action extérieure de la
France et de constituer en temps de guerre une
menace pour l’ennemi quel qu’il soit. » Lorsqu’en
1960 la côte d’ivoire accède à l’indépendance,
l’image-outil de l’armée coloniale n’est pas éteinte
et le pouvoir du premier président ivoirien l’enracine
au moyen des rites claniques, et son contenu,
relié au mythe de la fidélité naturelle au président.
Donc, échec de l’intégration de la population dans sa diversité. De son côté, la france “généreuse“ qui a donné l’indépendance «sans effusion de sang »

promet sa protection à son nouveau partenaire, mais en

contrepartie : la soumission de ce dernier au « destin

de la France ». c’est dans cette ligne que la politique
étrangère de la côte d’ivoire, les questions relatives
à sa défense, aux communications,

aux transports,les affaires économiques sont définies à l’elysée. Le pacte est respecté sur quatre décennies, jusqu’à ce
qu’un inconnu de l’exécutif français prenne le pouvoir
à abidjan. on craint alors les dérives d’un néophyte
à qui il n’est pas question de laisser une chance. il
faut le chasser du pouvoir avant qu’il soit trop tard. Que
peut-on craindre du moment qu’il n’y a pas d’armée en
face ? Que vaut une milice qui a perdu son maître ?
Donnons-nous 48 heures et on aura fini de nettoyer les
lieux. on a vu que c’est à un fil que ça s’est joué en faveur
du régime en place (ndlr : Le régime Gbagbo) ; la parade
est venue de la société civile qui, dans l’élan de sa fibre
patriotique, a pris la décision d’offrir collectivement sa vie.
c’est l’élément auquel le commanditaire du crime
n’avait pas pensé, et qui l’a découragé. La leçon, c’est qu’on n’est
pas souverain tant qu’on n’est pas capable d’assurer
sa propre sécurité par la force. Les prières et les
chansons ne sont que des euphorisants, disons «
l’opium » de Karl marx, elles ne sont pas efficientes.
elles font de l’afrique la garenne des collectivités industrielles
qui y pêchent à l’envie. 4. Le fPi est ce parti politique
fondé dans la clandestinité par Laurent Gbagbo et
ses amis, puis reconnu en 1990 : c’est ce parti qui tire
sa légitimité du nombre incroyablement
(pour un nouveau parti) important de ses
adhérents et sympathisants. a l’issue des élections présidentielles
d’octobre 2000, juste un an après le coup d’etat de décembre 1999,
le fPi réussit à placer son candidat à la présidence de la république de côte d’ivoire, en l’occurrence Laurent gbagbo. ce choix
n’est pas du goût de paris, puisque la tradition politique
sur le continent noir consiste en recommandation, l’affirmation
de l’ancien système féodal en vertu duquel
chaque premier responsable politique africain est
l’homme du président français. L’administration de ces
liens personnels a rendu nécessaire  la construction
d’une chapelle, la Françafrique, la face immergée
comme dit Verschave, de l’iceberg des relations
Franco-africaines. c’est l’ensemble des réseaux politico-
militaires de l’etat français qui soutiennent sur le
continent noir ses hommes liges. L’homme-lige, c’est
celui qui obéit sans conditions à un autre, son suzerain.
cela suppose qu’on est membre de la Françafrique,
qu’on est régulièrement présent au sermon, compte
France. c’est le contraire en  ce qui concerne Laurent
gbagbo, et dès lors – pour l’exécutif français – peu préparé
à diriger la maison ivoire, le plus beau fleuron
de son pré carré. c’est comme un grumeau dans le
réseau sacré, c’est inadmissible, il faut l’éjecter et vite. a
l’époque, l’elysée recourait aux services de Jacques
Foccart qui, par des moyens peu bruyants mais
efficaces, opérait le changement souhaité. Foccart n’est
plus. mais le maintien de la dépendance de la côte
d’ivoire a pris la valeur d’une obligation, il faut donc agir
avec ou sans foccart. c’est  dans ces conditions que chirac
a eu recours à ses goumiers, les Foccart peu
cultivés, peu expérimentés qui ont par conséquent
versé dans la violence, en massacrant leurs frères pour
le maintien d’un ordre néocolonial. face à ces soldats du dimanche
qui bénéficient de l’onction d’une puissance militaro-
économique, la côte d’ivoire, sans défense, a confié son destin au génie politique de son chef pour sauver ce qui peut l’être.
ainsi va le monde des faibles. Le cas des africains.
on le voit, le résumé de chaque partie, s’unissant
aux autres réfutent la fraternité universelle dont on nous
rebat hypocritement les oreilles, et dessinent les rapports
entre les sociétés comme une « guérilla permanente
» qu’orientent à leur guise les sociétés où la
culture, précocement laïcisée, dopée par les besoins
de posséder, a inventé la technologie par le moyen de
laquelle elles ont une mainmise non seulement sur la
nature, mais aussi sur les sociétés autres qui s’étiolent
sous l’empire de la providence, et par conséquent
ne peuvent opposer de résistance à quelque agression
armée. Le titre du livre («cultures et rapports de force entre
les peuples dans l’histoire. Les africains d’hier à aujourd’hui
») se veut un écho en images de cette
réalité

 NB : La dédicace du livre a
eu lieu le 21 Octobre 2010 à la salle Emmanuel Dioulo
du District d’Abidjan

05/12/2014

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