Dans cette énième « épître » aux chrétiens de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a choisi une tonalité d’une verdeur sans pareil, depuis qu’il s’adresse au peuple « chrétien » de Côte d’Ivoire. Le contexte et les circonstances ont certainement quelque chose à avoir dans cette inclinaison du président démissionnaire de l’Assemblée nationale à vider sa bile, laissant de côté toute la finesse langagière qu’on lui connaissait. Si Guillaume Soro est ainsi hors de lui, il y a bien des raisons.

Depuis la semaine dernière, avec la réforme constitutionnelle en cours, tout le dispositif est en train de se mettre en place pour le démarrage d’un procès qui le vise. On comprend dès lors, toute sa fureur contre le pouvoir d’Abidjan. « Les pensées tortueuses éloignent de Dieu. Et, mise à l’épreuve, la puissance confond les insensés », s’est indigné Guillaume, dans son adresse aux chrétiens, publiée, dimanche 15 mars 2020, sur sa page Facebook.

Le député de Ferké est sous la menace d’un procès et plusieurs de ses partisans, dont des députés, sont en détention depuis décembre 2019. « Le Seigneur descend en nous à travers l’absence de mauvaises intentions, le cœur pur. Et c’est quand nous voulons corrompre la justice et prendre la place de Dieu que Dieu se retire de nous. Oui, nous devons comprendre que le pouvoir qui ne respecte ni la justice ni le droit est un pouvoir fou. Car « la puissance confond les insensés ». Alors, prions : Que Dieu nous inspire d’être justes les uns envers les autres ! », a-t-il écrit. « Que Dieu demeure présent en nous, parce que nous aurons essentiellement recherché ce qui est bon pour nous et pour nos semblables ! Et que Dieu confonde les insensés pour nous libérer de leur folie ! Et ainsi, que sa volonté soit faite ! », a encore corsé l’ancien séminariste de Katiola.

Cette sortie très musclée, de Guillaume Soro tombe en pleine révision constitutionnelle. Laquelle pourrait accélérer l’ouverture de son procès. L’ancien Premier ministre, visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice ivoirienne, est accusé « d’atteinte à la sûreté de l’État, à l’intégrité du territoire national et de recel de détournement de deniers publics et blanchiment de capitaux ». Mais, la procédure de flagrant délit, qui visait à faire juger l’ancien président du Parlement devant les tribunaux ordinaires, avait échoué, suite à la saisine de ses avocats, de la Cour de cassation. La Cour de cassation s’était alors déclarée compétente pour juger l’affaire, ce d’autant plus que Guillaume Soro a été ancien président d’institution, alors l’affaire ne pouvait qu'être connue que par la haute Cour de justice, seule juridiction compétente pour se prononcer sur les chefs d’accusation. Bénéficiant de procédure spéciale, l’Assemblée nationale devrait donc se prononcer, ensuite le Conseil de magistrature qui devrait ouvrir des poursuites et donner l’autorisation à la Cour de cassation.

Mais, la haute Cour de justice, compétente pour juger les hautes personnalités du pays, notamment les anciens ministres, présidents de la République et présidents d’institution, n’avait toujours pas été mise en place. Ce vide va être comblé, les prochains jours… Cette Cour, une juridiction spéciale composée de députés, verra donc le jour dans le cadre de cette révision constitutionnelle, faite au pas de course, après la renonciation du chef de l’État, Alassane Ouattara, à se porter candidat à un troisième mandat. Une fois installée, elle pourrait juger Soro, par contumace, avons-nous appris de source proche du dossier. On le voit, avec la mise en place de cet arsenal, c’est une véritable souricière qui est tendue à Guillaume Soro, candidat déclaré à la présidentielle de 2020. La cérémonie solennelle d’ouverture de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale est constitutionnellement fixée au 1er avril de chaque année. Ainsi, le sort de Guillaume Soro pourrait être scellé… Une fois condamné, le rêve du président de Générations et peuples solidaires (Gps) de briguer la présidentielle de 2020 se transformera en un triste mirage voire en illusion. D’où sa grosse colère contre le pouvoir en place, qu’il accuse de manœuvrer pour l’écarter de la course à la présidentielle d’octobre 2020.