Mon mari et moi avons vécu une histoire hallucinante qui a changé beaucoup de choses dans notre vie jusqu’à aujourd’hui. Ça s’est passé en 2003.Après plusieurs années de travail, mon mari avait réuni des économies. Il les a utilisées pour faire du commerce, quand il est allé à la retraite.

C’est avec cet argent qu’on vivait. Les magasins qu’il a ouverts se trouvaient à Yopougon. Mais en décembre 1999, lors du coup d’Etat, les magasins ont été plusieurs fois pillés. Même après ces événements, les voleurs continuaient de venir cambrioler. Mon mari a perdu beaucoup d’argent dans cette histoire. Sur conseils d’un de ses amis, il a sollicité l’aide d’un marabout pour l’aider à mettre fin à ces attaques et aussi pour faire fructifier ses affaires.

C’est en début d’année, en 2002 que le marabout est arrivé, en provenance d’un pays voisin. Il a séjourné chez nous pendant un bon moment. On lui avait réservé une chambre, pour qu’il puisse travailler tranquillement. De bouche à oreille, la nouvelle de la présence chez nous d’un marabout a fait le tour du quartier. Tous ceux qui avaient besoin d’une quelconque aide venaient le voir, souvent nuitamment pour ne pas être reconnus. Mais de jour comme de nuit, notre domicile était toujours rempli de visiteurs. Chaque jour, il y avait des sacrifices de volailles, de moutons et souvent de bœufs. Mon mari avait délégué Sali, notre fille aînée, pour s’occuper des repas de notre hôte. En retour, ce dernier, très généreux, lui faisait des cadeaux : tissus, bazins de luxe et quelque fois de l’argent.

Au fil des semaines, une familiarité est née entre le marabout et nous. C’était un homme âgé, environ la soixantaine. Nous avons placé une grande confiance en lui. Comme notre fille Sali allait à l’école, je me chargeais personnellement, quelque fois, de griller de la viande ou de faire les plats pour le marabout. A la maison, il y avait toujours de quoi manger en abondance, y compris pour les visiteurs.

Un jour, ma fille est tombée malade. Elle était devenue pâle et vomissait beaucoup. J’ai dit à mon mari qu’il fallait la conduire à l’hôpital pour faire des examens. Mais Sali nous a dit qu’elle ne se sentait pas malade. Effectivement, le lendemain, elle a pu reprendre le chemin de l’école. Seulement, quelques heures après, elle est revenue, toute grelotante. Ça n’allait pas. Mais elle refusait toujours de se rendre à l’hôpital. Cela m’a paru bizarre. Alors, je l’ai menacée afin qu’elle me dise ce qu’elle avait. Vu qu’elle s’obstinait à ne pas parler, son attitude m’a interpellée. Je l’ai pressée pour qu’elle me dise la vérité. Ce qu’elle a fait en m’apprenant qu’elle était enceinte. A son âge, 16 ans à peine, c’était un scandale !

Dès le lendemain matin, je l’ai emmenée chez le gynéco pour faire la lumière. La visite médicale a confirmé que la petite était enceinte de plus d’un mois. Son père et moi étions sonnés par cette nouvelle. Mon mari était tellement en colère qu’il l’a battue, avant de la forcer à dire qui en était l’auteur. C’est à ce moment qu’elle a tout avoué : il s’agissait du marabout.

Mais depuis la veille, nous n’avions pas vu l’homme. Il ne s’était pas montré dans la cour. Mon mari a décidé d’aller le trouver dans la chambre où il était enfermé comme à ses habitudes. Contre toute attente, quand il a ouvert la porte, la chambre était vide ! Le marabout avait disparu, sans laisser de trace. Profitant de la nuit, il avait rassemblé ses affaires avant de filer en douce.

Cet homme avait abusé de nous. Il avait profité de la grande familiarité qui s’était créée entre nous pour coucher avec notre fille et la mettre enceinte.

Lorsqu’on la reçu chez nous, nous ne pouvions pas imaginer que les choses se passeraient ainsi. Quand notre fille a su qu’elle était enceinte et que je menaçais de la conduire à l’hôpital, elle en a parlé au marabout. Ce dernier, après avoir analysé la situation, a préféré s’enfuir. Dès lors, il ne fallait pas être devin pour comprendre la raison de sa disparition.

Mon mari et moi nous nous sommes retrouvés grands-parents plus tôt que prévu. Mais le problème n’est pas là. Le fait de savoir que notre petit-fils ne connaîtra peut-être jamais son véritable père nous a longtemps chagriné. Surtout quand on sait que c’est une personne âgée qui a fait une chose pareille à une aussi jeune fille. Malgré tout, on a essayé de relativiser. Mais cette histoire a changé notre regard sur certaines choses de la vie.
SOURCE:topvisages