Dans son long combat pour garantir le droit de vote à tous les citoyens mais surtout aux Noirs des Etats Unis, la bataille de la petite ville de Selma en Alabama (Sud des Etats-Unis), reste le plus grand moment de la lutte historique et héroïque du Révérend Martin Luther King et ses compagnons. 

 

Dans les Etats-Unis racistes d’avant 1965, l’esclavage fut aboli. Mais dans le sud du pays régnait encore une ségrégation raciste inhumaine dans laquelle, le Noir était purement et simplement « chosifié », réduit à l’état d’animal sauvage sans droit dont le « maître » blanc pouvait disposer à sa guise. Les Noirs n’avaient pas droit au vote et par conséquent toutes les lois qui étaient prises par les différents gouvernements du sud étaient en leur défaveur. 

 

Pour pouvoir inverser la tendance et obtenir ainsi une révision sinon une amélioration de la loi, il fallait que le Noir luttât pour obtenir le droit de vote. Car avec le vote, le Noir pouvait ainsi influencer, aussi, l’élaboration des lois. 

 

La lutte pour les droits civiques des Noirs étaient un enjeu majeur pour tous les leaders noirs de l’époque. De Malcom X à Martin Luther King, il y avait une constance : la lutte mais c’est dans la méthode de lutte que les divergences apparurent au sein de la communauté noire. A Malcom X qui préconisait la lutte ouverte et violente, le Dr Martin Luther opposa une autre approche en inaugurant la lutte basée sur la « Non-Violence ». 

 

En 1964, cette lutte non-violente lui valut le Prix Nobel de la paix. Désormais, il était reçu à la Maison Blanche pour porter la voix des Noirs. Mais beaucoup de Noirs trouvaient qu’il ne faisait pas assez pour faire avancer la lutte. 

 

Avec l’assassinat de Malcom X en 1965, Martin Luther King commença à comprendre que « pour que la lutte aboutisse, il fallut oser un peu plus ». C’est à partir de ce moment qu’il décida de mettre un peu plus la pression sur les autorités fédérales pour qu’à leur tour, elles fassent changer les choses dans les Etats du sud afin d’appliquer la constitution des Etats Unis qui mettaient tous les citoyens en égalité de droits et de devoirs. 

 

A partir de l’année 1965, Martin Luther King et ses compagnons décidèrent de braver les autorités du gouvernement raciste de l’Etat de l’Alabama. En effet, la base reste la Non-Violence mais la donne change, et ils passèrent de l’inaction des meetings, des déclarations aux actions physiques des marches, des rassemblements dans les lieux publics pour revendiquer ouvertement le droit de vote. 

 

Et cette nouvelle stratégie amena le gouvernement local de l’Alabama à interdire toutes les manifestations. Fallait-il obéir au nom de la « Non-Violence » ou fallait-il braver les autorités en sortant manifester ? Les débats au sein de La Direction du Mouvement faisaient rage. Surtout du côté de l’aile estudiantine qui voulait des actions vigoureuses. 

 

Des marches pacifiques furent décidées et organisées à Selma, petite localité située à 80 km de Montgomery, la capitale de l’Etat d’Alabama. Comme il fallait s’y attendre ses marches pacifiques étaient réprimées violement par la police locale aidée par les populations blanches chaque fois que les Noirs sortaient pour manifester. Le Bloody Sunday (« dimanche sanglant ») s'est produit le 7 mars 1965 lors d'une de ces marches. 

 

En effet ce jour-là, 600 manifestants pour les droits civiques ont été attaqués par la police locale avec des matraques et du gaz lacrymogène. On dénombrait des blessés graves, des Noirs furent même abattus froidement par des policiers dans des Eglises, des cafés… Martin Luther, arrêté chaque fois qu’il y avait une manifestation d’envergure, séjournait régulièrement en prison pour « violation de la loi », malgré son « prix Nobel de la Paix ». 

 

Martin Luther pour justifier ce prix Nobel de la paix et sa méthode de lutte non violente décida de discuter avec la Maison Blanche pour que le président des Etats-Unis de l’époque, Lyndon Johnson, fasse appliquer la loi dans les Etats du sud où régnait encore la ségrégation. 

 

A chacune de leurs rencontres, le président Johnson refusait de faire pression sur les gouvernements locaux pour qu’ils appliquent la constitution fédérale. A ses refus, Martin Luther rétorquait, chaque fois, que le « gouvernement des Etats unis en faisant la guerre au Vietnam voulait y faire appliquer la démocratie mais était incapable de protéger ses propres citoyens à l’intérieur de ses terres en proie à une répression sauvage qui donnait l’illusion et rendait prisonnière la race blanche d’être supérieure aux Noirs ». 

 

Martin Luther King, ne pouvant plus supporter la duplicité des autorités de La Maison Blanche et l’inhumanisation de l’homme noir par le blanc dans l’Alabama, décida avec ses compagnons de marcher sur la capitale de l’Etat pour porter leur revendication devant le capitole jusqu’aux autorités du gouvernement local raciste. C’est le début d’une dangereuse et terrifiante campagne de braver toute interdiction de manifester dans l’Etat. 

 

Martin Luther en bon stratège associa dans un appel œcuménique toutes les confessions religieuses du pays à sa campagne. 

 

La première marche multiraciale et multiconfessionnelle organisée n’arrivera pas à destination, car ayant vu un piège des forces de l’ordre qui avaient ouvert et desserré l’étau, comme par enchantement, le Dr King demanda à tous les marcheurs, après une prière, de rompre la marche. 

 

Après plusieurs tentatives, cette campagne s’acheva par une longue marche le 25 mars qui arrive, avec succès, à Montgomery. 

 

Entre temps, dans la nuit avant la marche, Viola Liuzzo, une militante est assassinée par le Ku Klux Klan alors qu'elle ramenait des marcheurs dans sa voiture. La marche du 25 mars 1965 part de la ville de SELMA jusqu’à MONTGOMERY, la capitale de l’Etat de l’Alabama. C’est à l’issue de cette marche historique que le président Lyndon Johnson amena en 1965 le Congrès à adopter la loi sur le droit de vote de tous les citoyens y compris les Noirs par le XXIVe amendement de la Constitution des États-Unis. 

 

J’ai longuement fait allusion à la lutte de Martin Luther King surtout pour expliquer aux Ivoiriens que nous sommes, que, seule la lutte paie. 

 

En effet, Laurent Gbagbo et ses camarades de génération ont lutté pendant 20 ans de 1970 à 1990 pour obtenir le multipartisme dans une Côte d’ivoire oligarchique qui était gérée de façon patrimoniale et domaniale par Houphouet Boigny et son parti unique le PDCI. 

 

En 1990, le Front Populaire Ivoirien (FPI), les Etudiants et les forces sociales (syndicats) ont contraint le gouvernement du PDCI à appliquer l’article 7 de la constitution de 1960. 

 

En lâchant du lest, le PDCI autorisa la création d’autres partis politiques mais ce n’est pas pour autant que le corollaire du multipartisme, c’est-à-dire la démocratie fut de mise de façon systématique. 

 

Après les élections multipartistes de 1990, le PDCI « grand vainqueur » se comportait toujours en parti unique. Mais il fallut le génie, le courage politique de Gbagbo Laurent pour ne pas que l’espoir démocratique suscité par le multipartisme meurt. Ainsi avec sa voie de « transition pacifique à la démocratie » Laurent Gbagbo, lutta par des marches pacifiques, des meetings, des colloques…sans cesse pour réclamer au régime PDCI les instruments de fonctionnement d’une démocratie moderne : urnes transparentes, bulletins uniques, vote à 18 ans, Commission Electorale indépendante, limitation du mandat présidentiel, séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, non cumulation de mandats électifs, interdiction d’assumer les fonctions de chef de parti en même temps que les charges de président de la République… 

 

Le coup d’Etat militaire de décembre 1999 contre le régime PDCI qui avait du mal à accepter et à organiser un Etat démocratique, aida la Côte d’ivoire à se doter, en juillet 2000, d’une constitution des plus démocratiques où étaient prescrits tous les mécanismes de fonctionnement d’une démocratie moderne. Et l’élection présidentielle d’octobre 2000 amena Laurent Gbagbo au Palais présidentiel du Plateau. 

 

L’occasion était donc donnée au « père de la démocratie » en Côte d’ivoire de dérouler un programme de gouvernement : réforme d’une économie obsolète, réforme politique avec la régionalisation, coopération internationale multilatérale …C’était la voie ouverte pour la souveraineté du pays… 

 

Malheureusement l’ancien colonisateur allait reprendre la main en attaquant militairement le pays par le biais d’une rébellion absurde depuis les frontières septentrionales… 

 

Les Ivoiriens sous l’impulsion du jeune leader Blé Goudé se dressèrent contre la rébellion…Pendant 10 ans, avec des marches pacifiques, des rassemblements à mains nues, les Ivoiriens dirent NON à une OPA sur leur pays…Mais la France refusant de laisser indépendante et souveraine son ancienne colonie, « sa vache à lait » prenait le dessus sur le peuple de Côte d’ivoire, en déclarant la guerre ouvertement à Laurent Gbagbo en 2011 après l’élection de 2010 qui renouvelait son mandat… 

 

A la suite d’une guerre terrible, la France kidnappait l’insoumis Laurent Gbagbo pour placer la marionnette Ouattra au pouvoir à Abidjan…Et afin de punir Laurent Gbagbo et Blé Goudé pour lui avoir tenu tête, la France les déporta à La Haye comme elle le fit pendant la Colonisation à Samory, à Gbehanzin…et à d’autres leaders africains… 

 

Aujourd’hui avec Ouattra au Palais d’Abidjan, non seulement un véritable pillage des ressources du pays est organisé au profit de la France mais surtout la Côte d’ivoire est redevenue un pays anti démocratique où les droits élémentaires sont déniés aux citoyens s’ils ne sont pas du Nord ou s’ils ne sont pas militants du RDR et du PDCI…Aux tueries massives, il faut ajouter les emprisonnements extrajudiciaires et détention illégale des citoyens qui ne respirent pas et ne pensent pas comme Ouattra, la France et leurs suppôts… 

 

En réalité la situation actuelle de 2016 des Ivoiriens dans leur majorité ressemble étrangement à celle des Noirs dans le sud des Etats Unis au moment où Martin Luther King et ses amis décidèrent de lutter pour arracher leurs droits, leur liberté aux Blancs racistes…En décidant de mener des actions ouvertes, King et ses compagnons savaient très bien que dans la pratique, il y avait la répression sauvage, la mort, l’emprisonnement…mais restaient convaincus qu’ils gagneraient la bataille car la lutte était pour eux, la seule voie pour obtenir leurs droits… 

 

Nous savons très bien que la dictature est présente en Côte d’ivoire et elle se renforce avec le soutien militaire, logistique, économique de la France, qui pour être tranquille, a choisi d’éloigner Laurent Gbagbo à qui il impose actuellement un procès inique et insensé depuis la prison raciste de La Haye 

 

Mais allons-nous continuer de rester toujours dans l’inaction ? Allons-nous continuer de regarder, les bras croisés, Ouattra et ses mandats à mettre notre pays en coupe réglée ? Allons-nous continuer toujours d’observer les ressortissants des autres pays occuper illégalement nos terres, les terres que nos ancêtres nous ont laissées sous le prétexte qu’ils ont la force avec eux ? Allons-nous toujours accepter que Ouattra garde longtemps d’honnêtes citoyens en prison ? Allons-nous toujours laisser Ouattra liquider définitivement les acquis démocratiques que nous avons obtenus de haute lutte pour notre pays et son peuple ? 

 

Ivoiriens, Ivoiriennes, je ne préconise pas de prendre des armes contre Ouattra comme Soro et ses compagnons incultes l’ont fait contre le régime de Laurent Gbagbo, car j’estime que cette voie a toujours eu une issue dangereuse, mais j’estime que nous pouvons faire comme Martin Luther King et ses compagnons qui, à force d’insister, à force de braver les matraques, les fusils, les répressions ont obligé et amené les autorités fédérales américaines de l’époque à prendre les décisions qui sauvent tout le monde… 

 

Il est temps, grand temps d’oser un peu plus en disant NON à la dictature de Ouattra. 

 

MOBILISONS-NOUS DAVANTAGE POUR BRAVER OUATTRA ET LA FRANCE pour enfin obtenir la libération de LAURENT GBAGBO ET BLE GOUDE et restaurer LA SOUVERAINETE de notre pays… 

 

ZADI ZOKOHI SIMPLICE 

Historien et Militant