Alors qu'il refuse de signer un contrat avec une mention religieuse, un sergent de l'armée de l'air américaine s'est vu refuser son réengagement par ses supérieurs. Aidé par une association d'athées, il veut attaquer l'institution en justice.

"So help me God."("Que Dieu me vienne en aide.") C'est parce qu'il refuse d'adhérer à cette courte prière qu'un soldat américain pourrait se retrouver au chômage. Le 25 août 2014, ce sergent de la base militaire de Creech, à Indian Springs, dans le Nevada, s'est vu proposer l'alternative suivante : prêter serment ou prendre la porte.
Alors qu'il devait signer son contrat de réengagement dans l'armée de l'air, il a demandé que la citation religieuse soit retirée. Impossible, répondent ses responsables. La politique de l'US Air Force, qui acceptait auparavant de rayer cette mention, aurait changé en octobre 2013. Mais dans les autres branches de l'armée, c'est toujours autorisé. Aujourd'hui le soldat, représenté par The American Humanist Association, (l'Association humaniste américaine), est prêt à attaquer ses officiers supérieurs en justice.
Dans une lettre datée du 2 septembre 2014, l'association s'est adressée à l'armée de l'air pour que le sergent soit reconduit avec un contrat sans aucune référence à Dieu ou à la religion. "Obliger ce soldat à prêter un serment contenant cette mention religieuse viole ses droits constitutionnels, qui sont clairement établis par le premier amendement", plaide le groupe qui milite pour le droit des personnes athées. "Il est admis que le gouvernement ne peut pas forcer un non-croyant à prêter un serment qui affirme l'existence d'un être suprême", poursuit le courrier.
Prières collectives
L'avocat de l'association, contacté par l'AFP, a indiqué, mardi 9 septembre, que l'armée de l'air américaine n'avait pas répondu au courrier, et se prépare donc à faire valoir les droits de son client devant une cour fédérale. Le sergent – dont ne nom n'a pas été dévoilé - a jusqu'à novembre pour se réengager dans l'armée .
"Ce soldat montre de l'intégrité, de l'engagement envers sa nation, et du respect pour la religion en réclamant un serment laïc qui reflète ses vraies valeurs et ses vraies intentions", a commenté, dans un communiqué, Jason Torpy, président de la Military Association of Atheists and Freethinkers (l'Association militaire des athées et des libre-penseurs).
Ce vétéran de la guerre en Irak avait déjà témoigné des prières collectives dans l'armée américaine au journal "Libération" en octobre 2011 : "'Quand on nous a préparés à aller en Irak, on nous a cités un extrait de la Bible qui disait : 'Me voici, le Seigneur m'a envoyé', se souvient l'ancien officier. Pour aller faire la guerre dans un pays musulman, ça me semblait particulièrement malvenu.'"
Seulement 5 % d'athées "convaincus"
Ce n'est pas la première fois que l'armée de l'air fait parler d'elle à ce sujet. Depuis plusieurs années, l'institution est accusée d'être sous l'influence dominante des chrétiens évangéliques. Pourtant, selon la Military Association of Atheists and Freethinkers, qui a mené une étude en 2012, 22,5 % des militaires américains n'ont aucune préférence religieuse et 0,67 % se disent athées.
À l'échelle nationale, selon un sondage WIN-Gallup International de 2012, 5 % seulement des citoyens américains se déclarent athées convaincus. À titre de comparaison, ils sont 29 % en France et 47 % en Chine. Dans un pays où la religion et l'État forment un drôle de ménage, et où le président prête serment sur la Bible, le problème de la place des athées passe souvent au second plan. Pourtant, le changement arrive parfois d'en haut : lors de son discours d'investiture en 2008, Barack Obama a, pour la première fois, fait mention des "non-croyants" à côté des autres religions formant la nation américaine
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