Connectionivoirienne| 14 juillet 2014

Bonjour Watchard Kedjebo, vous êtes l’un des membres de la galaxie patriotique du temps du Président Gbagbo, aujourd’hui en exil au Ghana. Dans quelles conditions viviez-vous en ce moment au Ghana ?

Watchard Kedjebo : Merci pour cette occasion que vous me donnez, en effet nous vivons loin de notre pays depuis avril 2011. Tout se passe bien dans cet exile car malgré les pesanteurs, nous vivons dans un pays où les droits de l’homme sont très respectés. En un mot, le moral est très haut dans cette posture de combat qu’est l’exil.


Que faites-vous du lever au coucher du soleil ?

(Rires) Mais rien n’a changé fondamentalement dans ma vie, nous continuons de vivre comme des gens normaux. Nous menons nos activités comme nous l’entendons en respectant les lois des pays d’accueil.

Vous vous faites appeler Général, à quoi cela répond ?

Nous sommes en guerre et j’ai été l’un des modestes chefs de l’armée du peuple. Je suis général ou bien ça vous gêne?

Général milicien pro Gbagbo ?

Milicien comme le MPIGO, le MJP et le MPCI. Bon sang ! Nous nous sommes organisés en mouvement d’auto défense pour sauver nos propres vies et celles de nos parents dans les villages, campements, villes et quartiers. Ne dit-on pas que la meilleure façon de freiner la violence c’est de lui opposer la terreur ?

Votre résistance a couté combien de vies humaines dans vos rangs et chez vos agresseurs ?


Permettez-moi de vous dire que notre résistance n’avait pas pour objectif de causer des pertes e vies humaines mais plutôt de protéger les citoyens ivoiriens contre les agresseurs de notre pays c’est-à-dire les rebelles. Et je crois que l’action de la jeunesse résistante a été salutaire sinon toute la Côte d’Ivoire serait abimée aujourd’hui. Beaucoup de jeunes gens ont étés tués par les rebelles aidés de toutes ces armées d’occupation (licorne, Ecomog, Onuci) simplement parce qu’ils sont des pro-Gbagbo. Nous respectons la vie humaine qui est sacrée. Nous les patriotes résistants ne pouvions pas nous conduire comme des dozos et autres membres de la rébellion.

Quelles armes aviez-vous pour lutter contre les kalachnikov ?


L’armée de Dieu, donc le peuple avaient les mains nues.

Dieu perd-il ?

Non, Dieu est toujours victorieux. Et si vous faites allusion à notre exil, laissez-moi vous dire que c’est un repli stratégique. Oui l’exil n’est pas un jeu mais lorsque vous êtes dans la vérité comme nous, Dieu lui-même pourvoit. Mais toutes ces difficultés font parties du combat pour la liberté et la dignité. Le combat de la dignité à un prix et nous entendons rester fermes sans compromissions à l’image de notre leader Laurent Gbagbo.

La CPI a confirmé les charges contre Laurent Gbagbo. Un commentaire ?

La CPI a perdu toute sa crédibilité dans cette affaire du procureur contre Gbagbo. C’est un procès politique car le droit a été rangé au placard. Les évènements qui se succèdent montrent qu’il y a un problème dans cette cour. La juge Belge qui a vivement contesté cette décision de confirmation des charges car selon elle le dossier n’a enregistré aucun élément nouveau. Le coup de théâtre avec la démission du juge allemand Peter Paul officiellement pour des raisons de santé, mais tout ça est flou. Le Président Gbagbo est l’otage de la France afin de protéger un régime imposé aux ivoiriens, celui de Ouattara.

L’arrestation de Charles Blé Goudé à Accra puis son extradition à Abidjan a fait couler beaucoup d’encre et de salive. D’aucun ont même parlé d’un arrangement entre celui-ci et le pouvoir Ouattara. Aujourd’hui qu’il est à la CPI, pensez-vous comme Touré Zéguen que Blé Goudé a réellement dealé avec les ennemis de Gbagbo ?

Non aucun d’entre nous n’avaient d’éléments solides pour parler de deal car cette arrestation nous a tous surpris et le silence entretenu par les autorités du Ghana a cette occasion n’a pas été facile pour notre communauté en exile. Nous avons très sincèrement étés affectés de voir que un des nôtres était enlevé et transféré en Côte-d’Ivoire

Aujourd’hui le FPI, le parti de Laurent Gbagbo est dirigé par Pascal Affi qui semble-t-il a quelques barons dans le dos. Pensez-vous que l’héritage de Gbagbo Laurent peut être préservé dans le désordre ?

Non ! Et non ! On ne peut rien obtenir dans le désordre. Il faut que les dirigeants et les militants à tous les niveaux gardent la sérénité et la cohésion pour sauver leur parti. Qu’ils se retrouvent toujours et qu’ils privilégient le dialogue pour surmonter toutes les contradictions au risque de voir le parti voler en éclat.

Pensez-vous que le FPI devrait se présenter aux élections présidentielles de 2015, si d’aventure la CEI arrivait à l’organiser ?

La Côte-d’Ivoire souffre gravement depuis avril 2011 et nul ne peut l’ignorer. Avant de parler d’organiser une élection présidentielle en 2015, il est important de vider le contentieux électoral de 2010. Les mêmes ingrédients qui ont conduit à la violence électorale sont encore réunis. Aucun parti politique ne peut remporter l’élection dans l’état actuel des choses. En Côte-d’Ivoire il n’y a pas de sécurité, la commission électorale est biaisée… Non, la question d’élection ne doit pas être la préoccupation première de l’opposition mais plutôt lutter pour le retour de la démocratie. Que pourra faire une opposition quand elle ne peut même pas faire des meetings sans être agressée par les dozos et autres frci du rdr qui a toujours expérimenté la violence.

Les violences post-électorales des élections de 2010 sont-elles uniquement les œuvres d’un seul camp, le RHDP ?

Oui j’étais le DDC de Gbagbo à Bouaké et je peux vous dire que le scrutin a été entaché d’une violence inimaginable, une barbarie. Et cela dans les zones CNO l’élection s’est déroulée avec violence tandis que dans la zone gouvernementale le scrutin a été calme. Si des gens dans l’opposition organisent la violence électorale et la tricherie, que pouvons-nous espérer lorsque ce sont eux même qui organisent ces élections ? L’élection est un acte souverain qui doit se dérouler quand les conditions réelles sont là. Comment parler d’élection avec une opposition en prison, les comptes gelés, des millions d’ivoiriens en exile?
Aucun de vos partisans n’a t-il commit de bavure durant la crise post-électorale ?
A ma connaissance aucun partisan du camp Gbagbo n’a commis d’exactions étant donné que l’agression vient de Ouattara et de ses rebelles.

Watchard Kedjebo, certains de vos amis de lutte tels que Konaté Navigué et Evariste Yaké sont entrés d’exil, à quand votre retour?

Oui c’est vrai que certains ont décidé de rentrer mais je ne suis pas ces gens-là. Tout en respectant le choix des uns et des autres je voudrais dire que l’exile est une posture de combat. Nous sommes dans le combat en étant ici. Nous pensons que notre position est plus juste vu les fortunes diverses de ceux qui sont rentrés pour disaient-ils aller lutter. Gbagbo notre leader est encore en prison et les gens sont fébriles en exile, la maman Gbagbo se trouve en exile malgré son âge. Le combat continue sans relâche.

Le RGHP [recensement] lancé par le gouvernement a rencontré des difficultés avec le boycott du Fpi, votre commentaire ?

Oui, ce recensement a été un échec pour Ouattara et son gouvernement, et cela est un indicateur important pour le régime afin de de jauger sa popularité auprès des ivoiriens. On ne peut pas acheter l’amour d’un peuple. Les Ivoiriens vivent sans espoir aujourd’hui allant même s’immoler. Ce sont des signes flagrants qui montrent bien que ce régime cynique à échoué. Même la nature se déchaîne. Regardez ces pluies diluviennes des choses que notre pays n’a jamais vécues. La priorité des ivoiriens n’est pas l’élection mais d’abord réconcilier le pays afin que la cohésion sociale soit de retour et lorsque le climat serra apaisé on pourra parler de nouvelle élections.

Donc vous pensez que l’élection présidentielle annoncée pour 2015 ne pourra se tenir ?

Ce n’est pas loi seul qui le pense, mais les événements et l’environnement socio politique ne sont pas en faveur de la tenue d’un scrutin sans violence.
Que pensez- vous de la réconciliation avec la Cdvr de Charles Konan Banny ?
Cette commission est un échec a commencé par les personnalités qui la compose. La réconciliation a besoin d’actes forts. On veut la paix ou on ne l’a veut pas. Il ne faut pas gouverner comme un chef rebelle. Selon moi, la justice doit être pour tous et non dirigée contre un camp. Et la libération du président Gbagbo est la clef de la réconciliation vraie.
Quelles conditions posent les exilés pour leur retour au pays ?
Le retour d’exil se fera dès que les conditions sont réunies. La sécurité, le dégel des avoirs, la libération de tous les prisonniers politiques, civils et militaires. La libération des maisons illégalement occupées. La libération des terres occupées. Un plan Marshall pour accompagner le retour des exilés. Nous ne sommes pas en vacances, mais avions quittés le pays pour sauver nos vies. Si toutes ces activités de réconciliation ne sont pas faites, je crains qu’on puisse organiser une élection en 2015.

Que pensez-vous de la campagne de candidature unique au RHDP ?

Vraiment ça ne réponds à aucune logique politique, une vraie farce. L’objectif d’un parti politique est de travailler pour accéder au pouvoir et l’exercer
Un journaliste français et le président Gbagbo viennent de mettre un livre vérité sur la crise ivoirienne. Votre analyse ?
Ce livre qui est sorti depuis le 26 juin dernier est en train de bouleverser tous les milieux diplomatiques, la fébrilité habite du camp Ouattara et ses alliés. On ne peut pas faire d’arrangements avec la vérité. Cela coïncide avec les récentes révélations de l’ex ambassadeur de France et de hauts officiers de l’armée française. Cela jette la confusion et le trouble dans le camp des adversaires du président Gbagbo.

Le Fpi vient aussi de prendre des décisions pour mener des actions en vue de la libération de Gbagbo, qu’en pensez-vous ?

Je crois qu’il est clair qu’il faut adopter une autre attitude vis à vis de ce régime dictatorial. En politique ce sont les rapports de forces qui déterminent le terrain alors il faut sortir des réunions et conférences de salles pour des actions concrètes sur le terrain. Les ivoiriens sont fatigués et toutes les couches sociales doivent manifester leur ras-le-bol, nous devons tous nous approprier ce combat au risque que notre pays nous échappe. Nous sommes dans un combat révolutionnaire alors il faut adapter les méthodes et stratégies.