Les footballeurs professionnels ivoiriens sont depuis peu à Abidjan pour les vacances d’hiver. Parmi eux, Constant Djakpa, International ivoirien de Eintracht Francfort, première division allemande, rencontré dans un grand hôtel au Plateau. Il prenait part à une cérémonie de remise de son prix de meilleur espoir du sport ivoirien. Il donne son actualité et livre des recettes aux Eléphants pour passer au moins le premier tour au prochain Mondial.

Vous venez d’être élu meilleur espoir ivoirien du sport ivoirien. Quels sont vos sentiments ?
Je dis d’abord merci à Dieu. Parce que cela fait un bon moment. Mais, être espoir aujourd’hui, c’est revenir en arrière. Cependant, je prends ce prix comme un fer de relance. 

Quand tu reçois un prix pour ce que tu as fait, tu dois toujours chercher à progresser. C’est ce que je vais m’atteler à faire. Je vais donc chercher à progresser, être meilleur et mieux qu’un espoir. 

Pour ce qui est de la progression, vous êtes en ce moment titulaire à part entière dans votre club. Pensez-vous que cela a pesé dans la balance pour ce prix ? 

Je peux dire oui. Parce que cela fait un moment que je ne faisais pas parler du pied gauche. Je pense qu’au football, c’est d’avoir confiance en soi-même. Les footballeurs ont souvent des problèmes. Ce qui fait qu’ils s’oublient eux-mêmes. J’espère que c’est un très bon départ. Mais je vais continuer à travailler encore. 

Vous aviez eu un problème sérieux de santé. Peut-on dire que vous allez mieux maintenant ?
Effectivement, j’avais eu des problèmes de santé. Parce que quand on vient en vacances en Côte d’Ivoire, on se permet de tout faire. Et moi, je suis très souvent avec ceux avec qui j’ai grandi. J’ai grandi dans un quartier très pauvre, et chaque fois que je suis à Abidjan, c’est là-bas que je prends mes repas. C’est un peu difficile pour nous. Mais c’est une habitude que j’ai depuis toujours. Donc quand je suis reparti en club, j’ai eu de sérieux problèmes de santé qui m’ont éloigné des stades pendant plus de quatre mois. Je pense qu’aujourd’hui, ça va mieux. 

Qu’est-ce qui a provoqué ce malaise ? 

Quand je viens à Abidjan, je partage mon repas avec celui qui a faim. Pour cela, on ne trie pas. Excusez-moi de ne pas vraiment vous dévoiler la nature de ce mal. Mais je souffrais de beaucoup de choses. 

C’est bientôt la phase finale de la Coupe du monde. La sélection, y pensez-vous ?
La Côte d’Ivoire, c’est mon pays. Je pense toujours à la sélection. Mais on a des joueurs qui ont beaucoup plus d’expériences. On les suit. S’il y a un petit passage pour nous, je pense qu’on ne crachera pas dessus. 

Pensez-vous qu’il y a un manque de latéraux gauches pour la sélection ivoirienne comme le disent certains ?

Non, il n’y a pas de problème de latéraux gauches. Au football, on ne peut jamais juger son coéquipier. Moi, je fais mon boulot. J’ai presque joué dans toutes les catégories de l’équipe nationale et j’ai assuré. Et quand je joue pour la Côte d’Ivoire, je mouille le maillot. Je pense donc que le moment viendra. Pour l’instant, on est qualifié pour le Mondial. Pour être dans cette équipe aujourd’hui, il faut vraiment être bon. Je vais donc essayer d’être bon. Pour l’instant, je pense que ceux qui sont là font leur boulot. 

En ce moment, vous respirez la grande forme dans votre club. Pensez-vous qu’il y a une injustice à votre égard concernant la sélection A?

Non, je ne pense pas qu’il y a une injustice. Moi, je ne suis qu’un joueur. Seul l’entraîneur sait sur qui il peut compter. Mais après s’il y a une injustice, on fait toujours marche arrière. 
Pensez-vous avoir votre place dans les 23 Eléphants?

Je pense que oui. Chacun a sa place dans la sélection. La Côte d’Ivoire a besoin des Ivoiriens pour jouer en équipe nationale. Tant que je suis Ivoirien, je pense que j’ai aussi ma place dans cette équipe nationale. Mais j’attends toujours. 
Un mot sur la poule des Eléphants au Mondial !

Je pense que cette poule sera la plus difficile. Il ne faut pas regarder le nom des pays. Il faut plutôt voir les athlètes. La Côte d’Ivoire, c’est un grand pays. Mais sur un autre plan, c’est un petit pays. Regardez les athlètes que nous avons. Avec ceux-là, normalement, quand on va à une CAN, on doit la remporter. Mais ça demeure sur le papier. Ce qui se produit sur le stade est du papier. Tout le monde parle de petits pays. Faisons donc très attention. Le football, c’est sur le terrain. Il ne faut pas que les Ivoiriens rêvent sinon on va rester au premier tour. 

Selon vous, que faudra-t-il aux Eléphants pour passer le premier tour au Mondial 2014 ?
Dans la vie, il faut être toujours bon à ton poste. On est peut être au football. Mais quand tu arbores le drapeau ivoirien, il faut donner de soi-même. Quand on est allé aux Jeux olympiques, nous avons perdu (2-0) d’entrée. Les Ivoiriens ont murmuré. Moi, j’étais au stade. Et je suis venu spécialement pour regarder le match. Parce que j’étais suspendu. Et j’ai dit à mes amis qu’on jouait pour la Côte d’Ivoire et non pour la prime et que si on devait continuer l’aventure, on devait se battre. Et pour se battre, il faut jouer avec le cœur. Il faut mettre le pied. Parce que quand tu l’enlèves, ça veut dire que tu n’es pas pour ton pays. Le plus gros problème qu’on a, c’est que souvent, on rêve trop, parce qu’on a de grands noms. Et après, on est dans les calculs. Pour dire qu’il faut véritablement mouiller le maillot. 

Le mercato est ouvert en Europe. Quelle est l’actualité de Djakpa au niveau des transferts ?
Plusieurs clubs se sont manifestés. En l’occurrence, l’Olympique de Marseille, Bordeaux. En Allemagne, il y a mon club qui est en pleine discussion avec moi pour une éventuelle prolongation. Le Bayer Leverkusen veut revenir. J’ai eu à discuter avec trois clubs, pas à 100%. Mais ces clubs veulent également m’enrôler. Il y a le Borussia Dortmund, le Werder de Brême… Je ne connais donc pas ma prochaine destination. Mais, si je me sens mieux à la maison, autant rester. Donc, j’attends toujours. 

De tous ces clubs, quel est celui de votre cœur, si vous deviez opérer un choix ?
Si je devais faire un choix, c’est de retourner à Bayer Leverkusen. 

Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans ce club pour que vous vouliez y retourner ? 
J’ai eu un long contrat avez Leverkusen. Mais je n’y ai fait qu’une seule année. Si je veux y retourner, c’est aussi pour montrer à ce club que je pouvais y faire plus. Au football, il y a de bons et de mauvais moments. Hier, c’était mauvais. Aujourd’hui, ça va. Si j’avais un défi à relever, ce serait à Leverkusen. 

Comment avez-vous suivi le dernier match qualificatif contre le Sénégal au Maroc ? 
J’étais à la maison tranquillement avec ma femme et mes enfants. Pour moi, c’était les trois points. Gagner et être au Mondial. Et cela est arrivé. On a eu des frayeurs mais nous y sommes arrivés. C’est l’essentiel. Ce, grâce à un monsieur comme Copa Barry, l’assurance totale. Je tire le chapeau à Copa Barry, au chef Didier Drogba, au magicien Yaya Touré, la Vitesse, Gervihno et les autres… Et je pense qu’avec ces cadres là, on peut vraiment faire quelque chose de bon au Mondial. 

Interview réalisée par Francis Aké

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