la 37ème édition de la Journée mondiale de l‘alimentation célébrée, en avance, à Jacqueville, samedi dernier, a fait une révélation de taille sur laquelle il convient d’insister. Selon le représentant de la Fao, la population ivoirienne qui ne mange pas a augmenté, passant de 2,5 millions d’habitants en 2016, à 3 millions d’habitants en 2017, soit un demi-million de personnes de plus qui n’ont pas vu la couleur de la nourriture en l’espace d’un an. une statistique qui va certainement croître au regard du contexte sociopolitique ivoirien.

l’occasion en cette Journée mondiale du refus de la misère, célébrée, hier, de jeter un regard critique sur la gestion du pays par Alassane Dramane Ouattara, depuis ce fameux 11 avril 2011. Il n’est plus un mystère que pour saisir le bien-être dans une société, les économistes recourent de plus en plus à la notion de pauvreté. Qu’elle frappe une communauté globalement prospère ou pas, la pauvreté est un fléau qu’il faut combattre et éradiquer car elle menace les aspects les plus essentiels à la vie humaine. Notamment les valeurs morales et la dignité humaine. On se rappelle que la lutte contre la vie chère a été au centre de la campagne de Ouattara lors de la présidentielle de 2010.

 

malheureusement, six ans après son accession à la tête du pays, Ouattara n’a pu rendre le pays prospère comme il l’avait tant promis. Il sied donc de s’interroger sur la persistance de cette réalité qu’est la pauvreté dans un pays potentiellement fourni en ressources naturelles. Nul n’est sans savoir que la pauvreté en Côte d’Ivoire n’est pas un mythe, depuis que Ouattara est au pouvoir. pour s’en persuader il suffit de noter au quotidien l’incapacité d’une grande majorité des populations ivoiriennes à satisfaire leurs besoins alimentaires, l’incapacité à accéder aux besoins de santé, à accéder à la scolarisation, à se loger décemment, etc. Et ce n’est pas de la littérature. Toutes ces facettes de la pauvreté sont observables aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. la pauvreté dans la société ivoirienne est bien perceptible par des phénomènes sociaux grandissants qui traduisent une crise sociale profonde. le cas le plus probant est sans doute l’immigration des jeunes, la prostitution des mineurs, et surtout l’avènement de jeunes délinquants dé- nommés «enfants-microbes». Dans son rapport annuel, le pndu a conclu que la Côte d’Ivoire a régressé d’un point dans le classement de l’Indice de développement humain (IDH) pour l’année 2015, passant de la 171ème à la 172ème place mondiale sur 188 pays. En d’autres termes la pauvreté qui sévit en Côte d’Ivoire est une pauvreté de masse qui touche toutes les catégories socioprofessionnelles. En outre, toujours selon le pNuD, il y a une évolution critique du revenu par habitant. Celui-ci a régressé de plus de 15% en termes réels entre 2011 et 2016, soit une baisse d’environ 1,4% chaque année sur cette période. Et ce ne sont pas les maigres augmentations accordées aux fonctionnaires pour masquer une réalité criarde qui feront dire le contraire. Alors qu’est-ce qui explique la constance de la pauvreté en Côte d’Ivoire ? les statistiques précédentes reflètent une mauvaise gouvernance. En zones rurales, par exemple, les populations disposent de terres qui sont concédées à des multinationales. De gré ou de force. Au prétexte d’investissements agricoles à réaliser, ces terres sont exploitées par des compagnies étrangères qui le plus souvent n’apportent pas grand-chose à l’économie nationale. Ces entreprises profitent d’une maind’œuvre abondante et moins chère et une faible pression fiscale pour réaliser de gros chiffres d’affaires avec la complicité de l’Etat. Et le plus souvent elles ne transforment pas leur produit sur place, produit qui sera revendu aux Ivoiriens beaucoup plus cher après transformation à l’extérieur. Ce qui est beaucoup plus triste pour les populations en zone rurale, c’est qu’il arrive que des compagnies étrangères reversent des redevances à l’Etat ou aux collectivités territoriales, mais que cet argent est détourné par une minorité laissant les populations de ces zones dans l’insuffi- sance de nourriture, dans le manque de soin et d’emplois. l’enfer avec Ouattara C’est un fait que les années Ouattara constituent la descente aux enfers de la Côte d’Ivoire. les faits sont là, têtus. Sous ce régime, le pays connaît une inflation serpentée : corrigée un jour, développée un autre jour, un déficit budgétaire constant depuis 2011 et une dette publique qui ne fait que croître. On n’est pas loin de 10.000 milliards FCFA là où l’Initiative ppTE avait fait ramener la dette à 2000 milliards FCFA, en 2012. mais aussi, hélas ! l’instauration d’une corruption qui corrompt tous les secteurs de l’économie nationale. En fait depuis que Ouattara est au pouvoir, la Côte d’Ivoire brille dans l’irrationalité, ce qui a comme conséquence visible l’affectation des ressources à des fins politiques. par exemple, la plupart des contributions du C2D sont affectées au Nord du pays. pourtant... Des Ivoiriens qui s’appauvrissent de jour en jour ! «La Côte d’Ivoire est confrontée à des taux de pauvreté inquiétants, surtout par rapport au potentiel énorme dont dispose le pays», faisait observer Ousmane Diagana, alors chef des Opérations de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire. Et le pays qui continue de connaitre de gros problèmes de gouvernance économique. Ceux-ci se traduisent en termes d’environnement des affaires délétère. A cet effet, le classement Doing Business est révé- lateur. la Banque mondiale sur la facilité à faire des affaires pla- çait la Côte d’Ivoire à la 147ème place sur 183 des pays. Dans le même registre l’indicateur du Wall Street Journal/Heritage qui mesure la liberté économique dans le monde plaçait la Côte d’Ivoire à la 165ème position sur 175 pays en 2013. Ces indicateurs traduisent combien la pratique des affaires est malaisée pour un entrepreneur. Or, le recul de la pauvreté passe par le développement de l’entrepreneuriat. A ce sujet, nous avons relevé, il y a peu la gestion à double vitesse de la dette inté- rieure : il y a celle que le gouvernement paye avec célérité et celle que le même gouvernement refuse de payer parce que contractée sous un régime pré- cédent. Comme pour briser le cou au principe sacro-saint de la continuité de l’Etat. les Ivoiriens souffrent une évidence : la majorité des Ivoiriens ne bénéficient pas des richesses du pays. Il est perçu partout que l’économie ivoirienne est handicapée par un niveau de corruption inacceptable. Si tu n’es pas du sérail ou du Nord, tu n’as aucune chance de prospérer. Autrement dit, la réussite dans les affaires dé- pend des relations étroites entre le business et le pouvoir : favoritisme dans la distribution des autorisations légales, subventions gouvernementales, allègements fiscaux, etc. C’est un véritable «capitalisme de copinage» pour les proches du pouvoir, en dehors de l’Etat de droit. Naturellement, ce système a empêché l’accès d’un grand nombre au secteur formel : une part importante de la population active a ainsi été forcée de s’orienter vers l’informel. le gouvernement lui-même estime à plus de 72% de la population active ivoirienne évoluant dans le secteur informel, à tel point qu’il est devenu le secteur dominant en matière de création d’emplois dans le pays. Que les populations ivoiriennes n’arrivent pas à se nourrir se justifie donc aisément. Reste à craindre qu’avec la réduction de la richesse nationale (le pIB décroissant d’année en année), que ce soit plus d’une grande proportion d’Ivoiriens qui n’arrivent plus à se nourrir. Et dire qu’on a un économiste à la tête du pays.