le constat est amer. Sans rentrer sur le terrain de la procédure judiciaire relative aux pro-Gbagbo,

le constat est amer. Sans rentrer sur le terrain de la procédure judiciaire relative aux pro-Gbagbo,

En deux semaines, la justice ivoirienne vient de montrer à la face du monde qu’elle se cherche encore. A son arrivée à la tête de la Côte d’Ivoire, en 2011, le Président Ivoirien avait décidé d’appliquer des réformes pour garantir à tous une justice "équitable". Malheureusement, cinq ans plus tard, le constat est amer. Sans rentrer sur le terrain de la procédure judiciaire relative aux pro-Gbagbo, qui fait d’ailleurs l’objet de controverse, limitons nous à deux faits anodins.

 

  

Un cabri volé

Le 19 juillet dernier, N’guessan Bosson Arnaud, 24 ans, sans emploi, a pénétré avec ses deux complices dans une ferme du village d'Abigui, sous-préfecture de Dimbokro. Leur mission : dérober les cabris pour les revendre à un restaurant proposant de la soupe de cabri.

 

Mais le plan ne s'est pas déroulé comme prévu. Un villageois qui passait par là a donné l'alerte, et les trois voleurs ont été pris en chasse par les habitants. L'un des voleurs a réussi à s'échapper, mais ses deux compères n'ont pas eu cette chance. Au terme de la course-poursuite, N’guessan Bosson Arnaud a été interpellé. Le troisième a perdu la vie, dans des circonstances non élucidées.

 

Au jugement, la justice ivoirienne a reconnu N’guessan Bosson Armand coupable de vol en réunion d’animaux domestiques notamment de cabris. A ce titre, il a été condamné à 20 ans de prison par le tribunal de Dimbokro en son audience correctionnelle, mercredi. En plus de ses 20 ans d'emprisonnement, le voleur de cabri devra s'acquitter d'une amende de 1 260 000 FCFA de dommages et intérêts à ses victimes. Il sera également privé de ses droits civiques pendant 10 ans et cinq ans d’interdiction de paraître sur le territoire national à l’exception de sa localité de naissance.

 

L’étudiant tué

Le vendredi 17 juin 2016, le Sergent-Chef Gervais Zoukou, au volant d'un véhicule de police, roulait à vive allure à l’intérieur du campus de Cocody lorsqu’il a renversé un étudiant. Il s’agissait de Roland Alaba, étudiant en 1ère année de Sciences économiques, qui marchait sur trottoir avec des béquilles. Malgré son acte, le policier n’a pas été capable d’assister l’étudiant qui perdait énormément de sang.

 

Ce dernier a succombé à ses blessures quelques heures plus tard au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Cocody.

A son jugement, hier mardi 02 août 2016, le commissaire du gouvernement avait requis 24 mois de détention ferme et 100.000 Fcfa d’amende", estimant qu’il a "menti" en ce qui concerne la vitesse à laquelle il conduisait lors de l’accident.

Le sergent-chef Gervais Zoukou, ayant reconnu qu’il roulait à vive allure, a déclaré au cours du procès qu’il essayait d’éviter un "groupe d’étudiants qui a brusquement traversé devant son véhicule. C’est dans cette tentative qu’il a percuté Roland Alaba,  dissimulé derrière une touffe de fleurs.

En définitive, le tribunal a condamné le Sergent-chef Zoukou à seulement 18 mois d’emprisonnement ferme assorties de deux amendes de 100.000 F CFA, le jugeant "coupable des deux infractions" pour lesquelles il est poursuivi, à savoir "défaut de maîtrise" et "homicide involontaire".

 

La justice à double vitesse se confirme...

Devant cette justice « deux poids deux mesures », l’on à  le droit de se demander si, en côte d’ivoire, la valeur d’un homme est moins importante que celle d’un animal, aussi utile soit-il.

 

« Sans une justice forte garantissant les libertés individuelles et collectives ainsi que les Droits de tous les citoyens, l’État de Droit que nous appelons de tous nos vœux sera la 25ème heure que nous attendrons toujours, mais qui ne viendra jamais (…) », avait souhaité le Président Alassane Ouattara lors de la prestation de serment du président de la Cour Suprême en mai 2011. Et de rassurer que « la justice tient une place de choix dans les institutions que j’ambitionne de renforcer. »

 

Le renforcement de la justice ne se résume pas par des vains mots. Mieux, il faudrait que les autorités aient le courage de combattre les maux de la société que sont la corruption, la flagornerie, le clientélisme, jugements de complaisance, les décisions arbitraires, les trafics d’influence, les coups bas...

Ces dernières semaines, nous avons vu les différentes facettes de la justice ivoirienne. La première a durement condamné un pauvre jeune homme au chômage qui a volé un cabri pour le revendre. Le second a couvert un policier (élément du système) après qu’il ait causé - involontairement ou non - la mort d’un étudiant, espoir d’une famille, d’une génération.

A travers ces décisions incongrues, quel est le message que donne l’administration judiciaire ivoirienne aux administrés ? 

 

Si la vocation de la justice est de donner raison à celui qui a raison et tort à celui qui a tort, quels sont les mesures mises en place pour canaliser les magistrats face à leurs responsabilités devant la loi ?

On se rappelle encore des propos du Chef de l’État Alassane Ouattara lors de la prestation de serment du Président de la Cour suprême, aujourd’hui président du conseil constitutionnel. Le Président ivoirien avait tenu un discours qui est resté dans la mémoire collective du corps judiciaire. Il affirmait entre autre que « Notre justice doit rendre des décisions et non des services. Elle doit être la même pour tous, gouvernants ou gouvernés, riches ou pauvres, sans distinction de race, de croyance religieuse, de courants de pensées philosophiques, d’origine régionale, ethnique ou de la nationalité (…) Soyez irréprochable dans l’exercice de votre office, je vous exhorte à faire preuve dans votre travail quotidien d’une grande probité, d’une rigueur à toute épreuve et d’une droiture exemplaire. C’est à ce prix que la Côte d’Ivoire vivra en harmonie avec sa justice et redécouvrira les vertus d’un pays de paix, d’hospitalité et de vraie fraternité », fin de citation.

Monsieur le Président, votre peuple vous regarde… 

 

K.O.