KINSHASA - Au moins vingt-quatre personnes ont été tuées lundi à l'aéroport de Ndjili à Kinshasa, où des tirs ont résonné dans la matinée, a constaté un journaliste de l'AFP.
Au moins vingt-quatre personnes ont été tuées lundi à l'aéroport de Ndjili à Kinshasa, où des tirs ont résonné dans la matinée, a constaté un journaliste de l'AFP.
D'après le porte-parole du gouvernement, les forces de la RD Congo ont repris le siège de la radio-télévision publique, envahi lundi par un groupe armé, et contrôlent la situation à Kinshasa. Au total, 40 assaillants ont été tués.
Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, a annoncé, lundi 30 décembre, en milieu de journée, que l'armée avait repris le contrôle à Kinshasa. Au total, 40 assaillants ont été tués suite à la prise d'otages à la télévision, ainsi qu'à l'aéroport et au camp militaire de Tshatshi où l'armée a répliqué le matin même à des tirs d'hommes armés.
"Il y en a eu 16 qui sont tombés à l'aéroport, huit qui sont tombés à la RTNC (Radio-télévision nationale congolaise ) et 16 à l'état-major général. Il n'y a aucune victime civile rapportée, et aucune victime parmi les forces de sécurité", a détaillé le porte-parole, qui appelle les habitants à reprendre une activité normale.

M. Mende a précisé que les trois attaques étaient liées.

Message anti-Kabila

Avant l'arrêt des transmissions de la télévision publique, deux hommes ont eu le temps de prononcer devant les caméras un message apparemment orienté contre le gouvernement du président Joseph Kabila."Gideon Mukungubila est venu vous libérer de l'esclavage des Rwandais", peut-on lire dans une retransmission du message.

"Nous vérifions l'information, car c'est peut-être une tentative pour nous duper", a pour sa part réagi le ministre de la Communication Lambert Mende, cité par Reuters. "Nous n'avons pas l'impression que les assaillants aient eu un autre objectif - avec un nombre aussi pauvre, avec un armement aussi pauvre - (que) de vouloir (...) semer la panique et la terreur à la veille des célébrations des fêtes de Nouvel an", a-t-il souligné un peu plus tard.

Gideon Mukungubila, le "prophète de l'Éternel"

Le nom de Gideon Mukungubila, même s'il n'est pas confirmé par les autorités, est évoqué pour désigner un responsable dans les événements de lundi. "Gideon Mukungubila est connu à Kinshasa comme un prophète de dieu qui a toujours condamné ou lancé des attaques verbales contre le pouvoir, explique Adam Shemisi. Il conteste toute les actions du pouvoir en place. On se demande comment il a pu organiser cette milice pour qu’elle arrive à prendre en otage des journalistes."

L'homme a été candidat à l'élection présidentielle en 2006, lors de laquelle Joseph Kabila a remporté un nouveau mandat. Le "prophète de l'Éternel", connu pour son hostilité envers l'accord de paix signé ce mois-ci avec les rebelles tutsis du M23 dans l'est de la RDC, accuse le gouvernement congolais d'avoir cédé devant les intérêts des Tutsis et les pressions du Rwanda voisin.

Selon le journaliste de l'AFP, les victimes à l'aéroport étaient toutes habillées en tenue civile et étaient âgées d'une vingtaine d'années. Il n'a pas vu d'armes à côté des cadavres, qui gisaient encore en milieu d'après-midi sur le tarmac ou sur la route principale menant à l'aéroport.
En outre, des habitants se sont livrés à des mutilations sur le corps de victimes - prélevant leur sexe, vraisemblablement à des fins mystiques, a constaté le journaliste de l'AFP.
En fin de journée, la circulation commençait à reprendre progressivement sur la route de l'aéroport.
Par ailleurs, un bandeau sur la RTNC indiquait que l'aéroport de Ndjili, "momentanément fermé cet avant-midi", était désormais "réouvert aux vols nationaux et internationaux".
Le journaliste de l'AFP a cependant constaté que de nombreux bureaux d'agences de voyages, dont certains portaient les stigmates des tirs, étaient fermés.
Des tirs ont également été entendus lundi matin à Lubumbashi, deuxième ville du pays et capitale de la riche province du Katanga (sud-est).
Ces tirs se seraient déroulés aux abords de la résidence du pasteur Joseph Mukungubila Mutombo, candidat à la présidentielle de 2006, remportée par l'actuel chef de l'Etat, Joseph Kabila. Les deux hommes sont originaires du Katanga.
Les preneurs d'otages de la RTNC ont affirmé agir au nom du pasteur Mukungubila.

Eric Lassale

Source : France 24 avec AFP