source  Aujourd’hui  du Mercredi 16 Juillet 2014

Laurent Akoun qui se considère toujours comme le Secrétaire
général et porte-parole du FPI a réagi hier aux nominations d’Affi N’guessan qu’il qualifie de nulles et de nul effet. Entouré d’Alphonse Douati, 10è vice-président et de Tapé Kipré, visés, eux aussi, par les mêmes déclassements,
le secrétaire général du parti, qui refuse toujours de faire
la passation de charges avec sa remplaçante Agnès Monnet, a estimé que « le Président du Parti démet et rétrograde des membres du Secrétariat Général sans qu’il soit fait mention par notification de leurs défaillances comme le demandent les statuts à l’article 42 alinéa 4 : « le président  nomme les membres du Secrétariat Général [….], il procède au remplacement des membres défaillants ». Ainsi, 8 personnes
sont révoquées sans ménagement, 12 personnes connaissent une rétrogradation et 42 personnes font leur entrée. On y trouve même des personnes bombardées au sommet du Parti sans qu’on ait connaissance de leur passé militant dans aucune structure comme l’a résolu la dernière Convention
de février dernier qui a validé les strates de responsabilité des militants du Parti. Au total, ce n’est plus un Secrétariat Général réaménagé selon l’esprit du Comité Central, mais un nouveau Secrétariat Général qui connait un remue-ménage sur 62 postes sans l’avis de l’organe de décision ». Ce faisant, assure-t-il, Affi s’est arrogé un droit unilatéral. « Un
nouveau Secrétariat Général est donc mis en place de façon unilatérale par un seul individu, fut-il président de Parti. La question

nous poser est celle-ci : mais pour quel objectif tout cela? Par ailleurs, plusieurs postes sont dédoublés, voir plus. Il s’agit par exemple des responsables chargés des élections dont le N°1 se trouve à la 53è place, le N°2 à la 61 place et le N°3 à la 99è place. », note Akoun. Pour faire cesser
cette situation, le secrétaire général du FPI affirme avoir saisi le comité de contrôle pour « invalider cette décision ». Cette saisine est d’ailleurs collective et pose clairement les griefs des différentes personnalités concernées par le déclassement. L’ancienne députée de Port-Bouët Touré Masséni et Marthe Agoh, ancienne vice-présidente du FPI frappées par cette mesure étaient d’ailleurs bien visibles aux premières places de cette conférence de presse qui a drainé une foule nombreuse de militants. Posté devant le grand portail qui
domine l’imposant mur de l’ancien QG de Laurent Gbagbo pour la présidentielle de 2010, l’un des collaborateurs du président du parti a pourtant tenté de dissuader les journalistes de couvrir la rencontre. « Ce n’est pas une réunion convoquée par la direction du parti », leur a-t-il expliqué, les encourageant à rentrer chez eux.
Mais il ya eu également ceux qui n’ont pas voulu se faire conter l’événement et qui, pourtant, ne sont guère d’avis avec les protestataires. En fait, la crise au FPI trahit toutes sortes d’ambitions, y compris un sournois conflit de génération. Le président du parti a en effet promu de nombreux jeunes qui y voient une vraie révolution, un choix tactique de
premier ordre face à un gouvernement dont le pilier central est Hamed Bakayoko, la cinquantaine, et héritier de Ouattara. Et même si la question de la collaboration avec le régime de Ouattara n’est pas clairement envisagée, elle semble être, au fil des échanges, un élément fondateur de la contradiction.
Mais pour Laurent Akoun, les réaménagements
de la direction et la précipitation qui les accompagne
ont aussi pour but ultime de tourner la page Gbagbo. Les
militants doivent « cultiver la confiance dans leur outil de lutte et (à) se tenir toujours mobilisés pour gagner la bataille de la libération du président Laurent Gbagbo et pour les libertés démocratiques. Cela passe naturellement
par la cohésion au sein de notre Parti. Nous ne nous passerons jamais de Laurent Gbagbo. Nous ne tournerons pas sa page ; nous n’abandonnerons pas sa ligne. Laurent Gbagbo demeure l’âme du Front Populaire Ivoirien.
», a-t-il d’ailleurs conclu ses propos liminaires.
La question de la libération de l’ancien président est en effet la pomme de discorde. Accusé de ne pas en faire assez, le président du FPI a créé, il ya quelques semaines, un Secrétariat national chargé de la libération de Laurent
Gbagbo. Mais le poste n’est toujours pas pourvu et, de sources proches du Secrétariat général, Affi chercherait encore, la personne ayant le meilleur profil.
Applaudi à sa création, ce Secrétariat général est devenu, au fil des jours, une preuve du manque d’intérêt du président du FPI pour la cause de son fondateur. Tout avait en effet commencé par la fête de la liberté à Bongouanou.
De nombreux militants se plaignent ce jour-là qu’aucun des
nombreux posters et guirlandes confectionnés à cette occasion ait pu être dédié au président Gbagbo emprisonné à la CPI. Pour calmer leur colère, quelques posters sont vite trouvés. Mais le mal est fait. Certains ne lâcheront
plus le président du parti qui se plaint alors sans cesse qu’on
veuille le forcer à crier Gbagbo chaque jour. Il s’en explique, à plusieurs reprises, mais a du mal à convaincre. La crise du RGPH va alors un peu plus compliquer ses relations avec ses camarades. Son appel à la levée du boycott est refusé par le comité central qui maintient la mesure. Le président
du FPI ne décolère alors pas. D’autant plus que sa tournée
dans le Bafing est perturbée par les militants du RDR qui lui refusent plusieurs places fortes des villes qu’ils dirigent. En privé, Affi N’guessan s’en prend directement à ses camarades qu’il accuse de porter la responsabilité du blocage de la libération des cent autres prisonniers que le gouvernement
avait conditionné par la levée du mot d’ordre contre le
RGPH. « Il faut savoir s’arrêter », se plaint-il.
Cela dit, la principale leçon de la crise du recensement général est que le président du parti est devenu
minoritaire dans toutes les instances du parti. C’est sans
doute ce qui commande le réaménagement du Secrétariat général. Mais ses détracteurs n’y voient que l’exécution de la stratégie de Paris qui non seulement le pousserait
à tourner la page Gbagbo mais aussi à se débarrasser des
têtes fortes du parti. Le maintien de Simone Gbagbo à la vice-présidence du parti mais sans portefeuille
précis, relèverait de cette stratégie de mise à l’écart des
principaux pontes, incarnant l’aile dure du parti. Mais il est difficile de vérifier ces informations, de même que celles qui indiquent que la venue de Hollande à Abidjan devrait déboucher sur la formation d’un gouvernement
d’union pour lequel le FPI aurait donné son accord. Les rumeurs qui se démultiplient à cet égard parlent notamment de six postes ministériels revenant au FPI. Les
prochains jours nous situeront. Le président du FPI a en effet réagi hier, dans la soirée, à la conférence de presse d’Akoun en affirmant que « le parti évolue et que le secrétariat général travaille dans l’intérêt de tous ». Signe, s’il
en est, qu’il ne faiblira pas. Le moins qu’on puisse écrire,
c’est que le Front populaire ivoirien ira à la rencontre de François Hollande plutôt divisé. Le président français doit s’entretenir avec une délégation du parti de Laurent Gbagbo lors de sa visite d’Etat en Côte d’Ivoire qui débute
le 17 juillet au matin. Le régime de Ouattara qui y voit une
onction de choix s’active. Hier, le chef de l’Etat s’est entretenu avec le président du PDCI au domicile
abidjanais d’Henri Konan Bédié. Pendant ce temps les rues
d’Abidjan étaient pavoisées aux couleurs des drapeaux français et ivoirien et certaines rues recevaient
quelques couches de peinture supplémentaire.
En fait, le voyage de François Hollande en Côte d’Ivoire suscite de nombreuses polémiques et particulièrement pour ce qui est des multiples atteintes aux droits de l’homme dans le pays. De nombreuses associations de la diaspora ivoirienne en France mais aussi des mouvements dédiés
à la cause du président Gbagbo ont en effet dénoncé la
répression politique qui s’éternise dans le pays. Les opposants au voyage de Hollande en Côte d’Ivoire lui reprochent également son silence face aux images de
torture publiées sur des réseaux sociaux.
Quant au front populaire ivoirien, il suit d’un regard méfiant cette visite. Et le fait qu’une délégation   du parti doit être reçue par le président français n’a pas l’air de dérider
les camarades d’Affi N’guessan. Laurent Akoun a
d’ailleurs affirmé que ce n’est pas à la communauté internationale de choisir nos dirigeants. « Les
Occidentaux sont forts, c’est vrai, mais nous sommes chez nous et ce n’est pas à eux de choisir nos dirigeants ». Affi, un moyen de la France pour casser le FPI ? Les mots de l’ex ( ?) Secrétaire général n’en disent certainement pas moins.