Et, les riverains du camp Génie, situé au quartier Ahougnanssou, en face du campus 1 de l’Université Alassane Ouattara où il y a eu les tirs, continuent de se poser encore des questions sur ce qui s’est passé réellement dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 août 2015. Eux, dont le sommeil a été fortement perturbé pendant un bon moment par des tirs nourris en provenance de ce camp.

 

Selon nos sources, tout serait parti d’une promotion faite à un groupe de soldats qui sont passés, entre autres, du grade du sergent à sergent chef, d’adjudant à adjudant chef. « D’ailleurs, un groupe se trouve présentement en stage à Abidjan », indique notre informateur. Cette promotion de soldats, faite selon les règles établies au sein de la grande muette, ne fait pas cependant l’unanimité en son sein. En effet, précise notre informateur, un groupe d’ex-Fds (Force de défense et de sécurité), qui n’aurait pas totalement approuvé cette distinction de leurs frères d’armes, murmurait au sein du camp et estimait qu’il a été ignoré. « Vu que les problèmes ne se résolvent pas dans l’armée comme dans la vie civile, ils ont décidé de se faire entendre à leur façon. Ils répondront de leurs actes si toutefois on met la main sur eux », soutient notre source. Qui souligne que cette nuit a été agitée, provoquant la panique au sein des populations riveraines.

 

Au niveau de la grande muette, c’est la loi de l’omerta. « Vous n’aurez aucune information chez nous, allez y voir ailleurs », conseille un adjudant-chef en service dans ledit camp rencontré à quelques pas de là.

 

 

 

De sources concordantes, l’attaque du camp Génie a été savamment planifiée. Repartis en trois (3) groupes, le premier a pris position vers le lac d’entraînement, le second vers l’Ecole primaire publique (Epp) Bouaké-ouest. Et enfin, le dernier et troisième groupe a pris position vers le collège Ouezzin Coulibaly. « C’était un tohu-bohu total. On ne savait pas qui tirait et sur quoi ils tiraient. Malgré cette confusion, il fallait pourtant sortir pour prendre les armes et défendre le camp. C’est dans ce cafouillage que nous avons pu nous doter d’armes et repousser les assaillants », confie l’une de nos sources. Une information balayée du revers de la main par une autre source militaire. Un sergent en service dans ce camp explique plutôt que « les assaillants ont eu le temps de faire ce qu’ils ont voulu faire. Une fois dehors pour défendre le camp, nous nous sommes rendus compte qu’aucune de nos armes ne possédait un percuteur. On avait donc en main des armes sans utilité aucune. C’était des bâtons et non des fusils ». Pour en savoir davantage, nous avons joint par téléphone un officier qui a effectivement confirmé l’attaque du camp, mais il s’est empressé de rassurer en ces termes : «Ils ont tirés sur les points sensibles entre 2 heures et 3 heures du matin. Pour une question de défense militaire, je ne vous en dirai pas plus. Mais sachez que nos éléments ont riposté et ces assaillants ont pris la fuite. Il y a bel et bien eu une riposte ». De nos investigations, il ressort qu’effectivement, aucun des assaillants de cette nuit n’a été épinglé.

 

Pour un ex-Fds, l’occasion est trouvée pour les accuser, une fois de plus, de déstabilisation. A l’en croire, les soupçons qui pèseraient sur eux ne sont pas fondés malgré des sources militaires qui sont restées formelles sur leur part de responsabilité. « Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, nous savons que personne ne peut venir d’ailleurs et attaquer le camp. De toutes les façons, la gendarmerie s’est saisie de l’affaire et il y a déjà des arrestations. Ce matin (hier mardi, Ndlr), une dizaine de militaires ont été arrêtés et sont entendus. Au terme de cette enquête, on saura qui est impliqué et qui ne l’est pas. Il ne sert à rien de se répandre dans la presse alors que la gendarmerie fait son travail. C’est seulement après ça qu’on saura qui a fait quoi », coupe court ce bidasse recruté après l’Apo (Accord politique de Ouagadougou). Nos sources au niveau de la gendarmerie ont également confirmé l’arrestation, hier mardi, d’une dizaine de militaires pour nécessité d’enquête. « Pour l’heure, personne n’est accusé de quoi que soit. La gendarmerie mène son enquête afin de pouvoir situer les responsabilités. On attend donc les résultats de cette enquête », confie une source anonyme. Une autre source digne de foi relève que « les militaires arrêtés auraient soutenu être de ceux qui sont sortis pour défendre le camp ». Vrai ou faux ? Seule certitude dans cette affaire, c’est qu’il y a eu effectivement des coups de feu au camp génie de Bouaké.

 

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