Qu’on le veuille ou non, Ouagadougou fait désormais partie des capitales africaines les plus en vogue en ce moment pour faire le show. Elle n’a plus rien à envier à Abidjan, qui pendant longtemps fut la référence incontestée en matière de vie nocturne sur l’ensemble du continent. Bien sûr, il y avait aussi Kinshasa (loin derrière). Pour les branchés, « Kin la belle », ou Douala « la sulfureuse » qui tentaient avec arrogance de défier « la perle de la lagune Ebrié ». « Abidjan était Abidjan », comme on dit en Côte d’Ivoire, et régnait majestueusement avec une insolence sans nom sur le monde de la nuit. C’était tout simplement magique et étourdissant.

 

Les ivoiriens dictent les tendances du moment.

 

A la faveur des différentes crises sociopolitiques en Côte d’Ivoire, les exilés ivoiriens ont transporté dans leurs bagages, l’esprit de la vie nocturne ivoirienne dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, Accra « l’éternelle rivale » et Ouaga « l’insoumise » « glissent » aux rythmes abidjanais, jours et nuits et en toutes circonstances. Pour le véritable « gazeur » (le fêtard) ivoirien, aucune circonstance, même terrifiante ne peut justifier l’empêchement d’un « gazoil » (faire la fête). Pendant les couvre-feux que nous avons connus en Côte d’ Ivoire, les activités nocturnes se réalisaient dans la journée, autour des discussions enflammées sur la situation sociopolitique. Tant que la bière coulait à flot, accompagnée des rythmes endiablés du coupé-décalé, il pouvait se passer n’importe quoi, l’essentiel était alors préservé. C’est-à-dire, le show sans modération aucune. A Accra comme à Ouaga, les exilés politiques que rien n’empêche de retourner en Côte en d’Ivoire influencent fortement par leurs habitudes, les comportements festifs des habitants de ces capitales. Au pays des hommes intègres par exemple, ce sont désormais les ivoiriens qui dictent les tendances du moment. C’est aussi le cas dans toutes les autres capitales africaines où ils sont réfugiés volontairement, sans aucune menace de qui que ce soit. Dans chacune de ces villes, les ivoiriens font le show et transforment les mentalités et les attitudes. Ce sont les rois de la glisse (la danse).


Ses ressortissantes de Côte-d’Ivoire prostituées à Ouaga « la glisseuse »


A Ouaga, depuis les séjours des ex-rebelles ivoiriens, suivis de certains exilés, la mode est désormais au maquis et autres endroits nocturnes où les ivoiriens se font remarquer par les musiques du coupé-décalé et du zouglou. Les nombreuses difficultés, notamment financières que rencontrent ces derniers les obligent à joindre l’utile à l’agréable en s’adonnant à des comportements peu reluisants. Au maquis Taxi brousse ou le Matata par exemple, au milieu de plusieurs dizaines de jeunes filles toutes scintillantes les unes que les autres, les ivoiriennes sont les plus prisées. Quelles soient serveuses ou attablées sur la terrasse, elles ont toutes le même objectif, se faire un maximum d’argent chaque soir. Alors, en véritable prédatrices, tapies dans l’ombre, elles guettent, scrutent l’horizon et bondissent sans scrupules sur leurs proies. Au capuccino, cet endroit sélect et branché, en plein cœur de la capitale burkinabaise, se déroulent de véritables chasses à « fric ». Quelles soient ivoiriennes, burkinabaises, Nigérianes, ou Ghanéennes toutes ces prostituées espèrent repartir entre leurs griffes aiguisées, d’abord avec des européens, puis avec de riches africains ou à défaut, ceux qui peuvent payer au moins 30 milles francs. En discothèques, comme on dit à Abidjan, « là, c’est vraiment gâté ». Au Calypso ou encore au Nirvana, elles rivalisent toutes d’ingéniosités pour se faire remarquer et attirer dans leurs pièges mortels, des proies consentantes qui peuvent débourser plusieurs centaines de milliers de francs CFA en une seule soirée.

 

A Ouaga, les habitants impuissants, observent ce phénomène prendre de plus en plus de l’ampleur. Certains hommes nous disent même, à quel point ils sont médusés de voir les ivoiriennes se prostituer à Ouaga. Pour eux, « il y a encore 20 ans, peut-être moins, il était impensable de voir des ivoiriennes coucher avec un burkinabé. Aujourd’hui, elles sont versées comme ça. Nous-mêmes on n’en veut même plus, tellement c’est cadeau. Au temps d’Houphouët, où tu allais passer pour coucher avec une ivoirienne ? Est-ce qu’elles regardaient même un burkinabé ? Vraiment la Côte d’Ivoire est tombée. Même les garçons se prostituent à Ouaga avec les hommes, comme en zone 4, à Abidjan ».

Macaire DAGRY