La messe était dite dès le départ et les jeux faits. Le chef de l’Etat ivoirien était sommé de passer par Paris après le 25e sommet de l’Union africaine en Afrique du Sud, pour rendre compte de l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire, à quatre mois de l’élection présidentielle, qualifiée d’élection de tous les dangers.


Il devait venir s’expliquer sur les retards pris dans l’organisation du scrutin, sur la question de la commission électorale indépendante dont l’opposition demande sa dissolution notamment la démission de son président Youssouf Bakayoko, sur la reforme de l’armée, sur la lutte contre l’impunité, sur le respect des droits de l’homme surtout avec l’affaire Tiburce Koffi dont Paris a été obligé d’assurer la sécurité en lui offrant l’asile, sur les arrestations des leaders de l’opposition du Front populaire ivoirien (Dano Djédjé, Koua Justin, Hubert Oulaye, Lida Kouassi, Assoa Adou) et des jeunes de la Coalition de l’opposition pour le changement CNC arrêtés après la marche du 09 juin, sur le désarmement des milices et ex-combattants dont beaucoup se font de plus en plus menaçants, sur les affaires non encore élucidées telles que les affaires Guy-André Kieffer, Lamblin, Di Rippel, Philippe Remond, et sur le refus de coopération avec la Cour pénale internationale avec notamment le cas Simone Gbagbo.

 

Comme on le voit, à l’Elysée, on est très inquiet de la situation en Côte d’Ivoire, surtout que des proches de candidats déclarés à l’élection présidentielle sont arrêtés ou enlevés, comme ce fut le cas des proches du Premier ministre Charles Konan Banny et de l’ex-président de la Commission de l’Union africaine Essy Amara. Ce dernier avait même été empêché de sortir du pays par les services d’Alassane Ouattara. Il avait fallu l’intervention de l’Elysée et des forces françaises stationnées à Abidjan dans le cadre de l’opération Barkane, afin que ce dernier puisse quitter le territoire.
Sans parler de la confiscation des médias d’Etats interdits à l’opposition et de la quasi-impossibilité pour les éventuels candidats de battre campagne dans les Centre et Nord du pays.

 

Il est vrai que les câbles diplomatiques sur la Côte d’Ivoire n’avaient pas arrêté de crépiter à l’Elysée, notamment sur les menaces qui planent sur l’organisation de l’élection présidentielle d’octobre 2015. Premier problème de taille, le respect de l’article 35 de la Constitution, révolution Burkinabé oblige. Selon une source proche de l’Elysée, les exigences du Président français sur cette question vireraient à l’obsession surtout qu’en son temps, un certain Blaise Compaoré l’avait rassuré de la même façon sur le Burkina avant que la marmite burkinabé n’explose par une révolution populaire, à la stupéfaction générale, contraignant l’Elysée à se fendre en déclarations et explications en tout genre. Une lettre de mise en garde de l’Elysée à Blaise Compaoré sur les dangers de se maintenir au pouvoir avait même circulé dans la presse, pour se dédouaner.

En recevant Alassane Ouattara le 02 décembre 2014 à l’Elysée, le Président français en avait fait une exigence principale. Il était encore question d’organisation d’un referendum constitutionnel afin de modifier l’article 35 de la Constitution. Ouattara déclarant à tous qu’il était majoritaire dans le pays, un tel referendum n’allait donc pas poser de problème. Malheureusement, cela ne fut pas fait. Alassane Ouattara a même aura eu cinq ans pour organiser ce fameux referendum constitutionnel, jamais il n’a osé le faire. Pourquoi ? Trop préoccupé peut-être à casser de l’opposant, à diviser les partis pour mieux régner, à se venger sur ses adversaires, et à faire le rattrapage ethnique, cette politique qui consiste à placer uniquement des ressortissants du Nord à des hauts postes dans l’administration et dans l’armée. Du jamais vu depuis l’époque d’Houphouët Boigny.

Hier, 16 juin 2015, François Hollande aurait écouté patiemment les explications de son hôte, avant de réaliser que tout ce dont ils avaient discuté un an plus tôt n’avait pas été fait.

A en croire une source proche de l’Elysée, le réveil aurait été brutal chez François Hollande qui a longtemps bu comme tant d’autres les paroles mielleuses et envoûtantes de Ouattara. Certains avaient même parlé de grands marabouts aux pouvoirs mystiques dans l’entourage de Ouattara qui étaient constamment à la manœuvre pour faire passer l’incroyable. Une autre source avoue qu’on songerait à l’Elysée à tourner la page Ouattara, et on se préparerait même à un scénario à la Compaoré ou Kabila, sans plus de précisions.

Selon les informations en notre possession, hier, le Président François Hollande n’aurait pas été convaincu par les explications de son hôte, dont la propension à faire ce qui l’arrange et à prendre des positions contradictoires quand cela peut servir ses intérêts aurait été notée. Plus inquiétant, le Président français aurait confié en privé son pessimisme sur la suite des événements en Côte d’Ivoire. Paroles prémonitoires ? Trop tôt pour le dire.

La suite de l’audience d’hier est connue de tous. Alassane Ouattara sortant cette fois seul de l’Elysée et affirmant devant les médias que tout allait bien dans le meilleur des mondes en Côte d’Ivoire.

Source : Ivoirebusiness.net