LE DOSSIER D’AUJOURD’HUI

3ÈME PONT (125 milliards au lieu de 60 milliards), MÉTRO (1000 milliards au lieu de 100 milliards)

LE GENRE DE CADEAUX QUI POUSSENT LA FRANCE À SOUTENIR LES DICTATEURS

Dans son pré-carré, la France soutient les dirigeants qui protègent ses intérêts. En Côte d’Ivoire, l’exemple de deux projets surévalués une fois qu’ils ont été attribués à des entreprises françaises illustre cette réalité. Il s’agit du 3ème pont qui avait été attribué à une entreprise chinoise pour 60 milliards alors qu’il est passé à 125 milliards avec Bouygues et le prétendu Métro qui ne coûtait que 100 milliards mais que le même géant français du béton a finalement surévalué à 1000 milliards.

Comment arrive-ton à soutenir un régime autoritaire qui ne respecte pas la Constitution du pays et dont l’opération de pacification fait 87 tués et 282 blessés officiellement ? Qu’est-ce qui pousse une ex-puissance coloniale qui ne se gêne pas de donner des leçons de démocratie et de protection des droits de l’homme au monde entier mais plus particulièrement à la Russie, à la Turquie et qui n’est pas gênée de défendre une chose et son contraire lorsqu’il s’est agit d’Alassane Ouattara et d’Alpha Condé ?

En réalité, ce qui change le jugement n’est rien d’autre que les intérêts. Cela dit, il ne suffit pas de se dire que les pays n’ont que des intérêts pour prétendre avoir cerné la réalité des cadeaux qui font basculer les décisions des gouvernements français.

En Côte d’Ivoire, deux exemples illustrent parfaitement cette réalité. Le vendredi 20 novembre, le président français, Emmanuel Macron, a expliqué dans une interview publiée par Jeune Afrique, que le troisième mandat d’Alassane Ouattara est un mandat de « devoir ». Depuis plusieurs mois, ce mandat illégal aux yeux de l’opposition fait pourtant couler beaucoup de sang puisque 87 personnes sont déjà mortes dans des affrontements politiques à cause de la colère qu’une partie de l’opinion nourrit contre ce mandat contraire aux articles 55 et 183 de la Constitution. Mais Paris est resté inflexible.Pourtant, deux jours plus tôt, Emmanuel Macron avait semblé embarrassé devant la réélection d’Alassane Ouattara. Sa lettre de félicitation indûment publiée dans les médias ivoiriens alors qu’elle devait rester confidentielle en est la parfaite illustration. Le chef de l’Etat français se souvient aussi qu’il avait prestement salué son homologue ivoirien comme un « homme d’Etat » dont le pays donne l’exemple de la démocratie avant que celui-ci revienne sur sa propre parole et maintienne de force sa candidature à la présidentielle.

Mais en quarante huit heures, l’interview de Jeune Afrique a gommé toute cette gêne et le président français a cassé la baraque en dénonçant « des actes de déstabilisation » de la part de Guillaume Soro exilé en France depuis le 22 décembre 2019.

LA FRANCE ET SES ENTREPRISES

La plupart des experts évoqueront des intérêts géostratégiques et principalement l’avancée des djihadistes pour expliquer les raisons pour lesquelles Paris a fini par jeter le masque en Côte d’Ivoire. Il faut certainement ajouter à cela des intérêts économiques. Et en la matière, le président ivoirien n’a jusque-là eu d’égal pour faire le maximum pour l’ancienne puissance coloniale.

LE 43è BIMA

Comme de nombreuses puissances militaires, la France possède des bases militaires dans de nombreux pays africains et particulièrement en Côte d’Ivoire. Mais ces états louent leurs espaces auxdites puissances. Cependant en Côte d’Ivoire, non seulement la France ne louait pas l’emprise du 43è bataillon d’infanterie maritime (BIMA) qui est de 230 ha, mais depuis décembre 2019, la France est devenue propriétaire des lieux.

D’ailleurs, en raison de la présence du BIMA, la construction de l’échangeur de Port-bouët a été ajourné, car il aurait permis d’avoir une vue imprenable sur ce camp militaire français. Ce que les militaires français refusent.

LE 3ÈME PONT

En Côte d’Ivoire, l’histoire du 3ème pont est encore considérée comme un exemple de réussite de la coopération franco-ivoirienne. D’ailleurs, le président du PDCI n’a pas hésité à affirmer que sa construction méritait qu’un deuxième mandat soit accordé à Alassane Ouattara. Joignant ensuite l’acte à la parole, il interdit au PDCI de présenter un candidat à l’élection présidentielle de cette année-là…
Mais la vraie histoire du troisième pont rebaptisé par ailleurs pont Henri Konan Bédié est moins belle que celle qui est souvent contée. Car il a été successivement évalué à 92 milliards environ, 60 milliards ensuite et enfin à 125 milliards, son coût de réalisation final.
En effet, lorsque Laurent Gbagbo arrive au pouvoir en 2000, il ressort le projet du 3ème pont qui s’appelait à l’époque pont Riviera-Marcory du nom des deux quartiers qu’il relie. Henri Konan Bédié est l’instigateur du projet. Sous sa gouvernance, le projet est négocié avec le français Bouygues à 91,8 milliards. L’Etat ivoirien dégage alors une enveloppe de 6 milliards pour indemniser tous les riverains impactés par l’ouvrage. Mais il n’a pas le temps de voir le projet sortir de terre à cause du coup d’état de Robert Guéï qui arrive le 24 décembre 1999.

C’est à la suite de l’élection présidentielle qui s’en suit que Laurent Gbagbo arrive au pouvoir. Lui, a des réserves sur le péage parce que l’ouvrage est situé en plein milieu de la ville d’Abidjan. Sur cette base, le marché est confié à une entreprise chinoise prête à construire ce pont sans péage à 60 milliards. Les procédures qui ont commencé en 2009 traînent lorsqu’arrive l’élection présidentielle de 2010 et l’issue que l’on connait.

LES CONSEILLERS FRANÇAIS

L’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir change considérablement la donne. Il fait revenir les conseillers techniques français au devant de la scène publique en Côte d’Ivoire. Le dernier directeur général français du BNETD, Serey Eiffel (1990-194) débarque ainsi du Gabon et est nommé conseiller spécial du président de la République pour les affaires économiques. Sous son autorité, le projet du 3ème pont est relancé et réévalué à 125 milliards. En sus, Bouygues bénéficie d’une concession de 30 ans et d’un délit d’initié sur le nombre de véhicules devant passer par le pont. Selon le contrat de concession, si le quota qui est de 18.000 véhicules par mois n’est pas atteint, l’Etat doit payer le manque à gagner qui est de 12 milliards par an.

Selon des sources concordantes, c’est ce que l’Etat paye à Bouygues chaque année.

LE PROJET TRAIN URBAIN

Il en est de même du projet de train urbain dont parle l’ancien directeur général du BNETD et ancien ministre de l’équipement et de l’assainissement Ahoua Don Mello. D’après lui, le projet avait été évalué à 100 milliards. Le tout comprenant « les projets complémentaires » tel que « le doublement et l'électrification de la ligne de chemin de fer entre Anyama dans le Nord d’Abidjan et Vridi au Sud en passant par le centre administratif et d’affaires (Plateau) et la commune portuaire (Treichville) ».

Le coût du dédoublement et de l’électrification de la ligne est de 40 milliards de FCFA, le matériel roulant, type tramway d’une capacité de 1000 passagers et d’une fréquence de 10 mn aux heures de pointe, de 50 milliards… Bref, le coût total du projet était évalué à 100 milliards si on ajoute le coût des mesures environnementales et sociales qui est de 10 milliards de FCFA.

Ce projet, sous la présidence d’Alassane Ouattara a été réévalué à 1000 milliards de francs cfa on ne sait par quelle magie. À cela, il faut ajouter que les financements doivent être garantis par des fonds souverains de l’Etat. Autant le dire, c’est l’Etat ivoirien qui va financer le projet de train urbain pompeusement rebaptisé en Métro d’Abidjan pour qu’il soit exploité pendant trente ans par Bouygues.

SEVERINE BLE
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Avec Alexis Bayoro Gnagno Excellence Zadi Vacka Mamadou Traoré Marie Dutheuil Joseph Titi