En Côte d’Ivoire, la saison des pluies dure le plus souvent trois mois, de juin à août. Tous les ivoiriens le savent y compris le gouvernement. Depuis quelques années, des personnes meurent à cause des glissements de terrains suite aux pluies diluviennes. Les années passent, les gouvernements se suivent et rien ne change. Cette année encore, la Côte d’Ivoire a été endeuillée par la faute de l’incivisme des populations et surtout la négligence d’un gouvernement qui a perdu le sens de l’Etat. En effet, l’incompétence, la négligence et l’incivisme des Ivoiriens se sont conjugués pour produire ces effroyables moments dans notre pays. Dans les lignes qui suivent, nous montrons que le gouvernement a failli dans la gestion des catastrophes en Côte d’Ivoire. Pour ce faire, nous égrenons ici trois raisons qui militent en faveur de notre thèse.

 

La première est que l’Etat a été faible dans la protection des populations.

Le gouvernement avance très facilement que des personnes construisent dans des zones marécageuses, parfois même sur le lit des cours d’eau. Il pointe du doigt les habitations qui sont construites de manière anarchique, le plus souvent, sans l’aval du ministère de la construction. Mais qui peut tenir devant l’Etat ?

 

Personne. Si des personnes construisent sans l’aval des autorités, c’est que l’autorité elle-même a failli. Les sociétés immobilières construisent des maisons sans norme et dans des zones dangereuses avec la complicité des autorités. Par la bouche du procureur de la république, le gouvernement a fait le constat que les principales causes résidaient dans la dégradation d’ouvrages publics, notamment, par l’obstruction des voies de canalisation et de drainage des eaux de pluie. Selon le procureur de la république, les auteurs seront poursuivis. Mais que faire des différents ministres de la construction qui ont accordé des permis de construire en désordre ? Dans un pays civilisé, le gouvernement ordonnerait un audit de tous les ministères concernés par ces catastrophes pour situer les responsabilités et punir les fautifs. Il est bon de prendre des arrêtés pour dégager les voies d’écoulement des eaux usées, obstruées par des constructions anarchiques, mais il faut également punir les bandits en col blanc.

La deuxième est que face à cette catastrophe, un deuil national s’imposait.

 

Il est vrai que la mise en berne ou l’affichage de drapeaux au fronton des mairies, établissements scolaires et d’autres bâtiments publics n’obéit pas à des règles très précises. Il n’existe pas non plus de texte de loi établissant quand et comment on doit ou non mettre en berne le drapeau, pas plus que de codification du fait d’arborer un drapeau national, par exemple.

 

Mais on sait qu’un deuil national est une journée dont le gouvernement d’un pays décide officiellement qu'elle sera marquée, durant les activités de la population, par le deuil et la mémoire d'un ou plusieurs morts auprès de l’opinion publique de ce pays : des personnes ayant accompli des actes reconnus comme héroïques, les victimes d'un acte de barbarie ou d'une catastrophe naturelle. Le regime avait l’obligation de convoquer un instant de recueillement. Les inondations ont causé la mort d’au moins 20 personnes, un deuil national s’imposait.

La troisième est que le regime demande aux militaires de nettoyer les rues sans lui-même faire de même.

En effet, donner l’exemple est la meilleure manière d’éduquer. En pareille situation, pour donner un avertissement à l’incivisme de certains ivoiriens qui jettent des sachets dans les caniveaux et salissent nos villes, le président et son gouvernement pouvaient donner l’exemple. En 2016, dans le cadre de la campagne de nettoyage qu’il a imposée en lieu et place des festivités annuelles de l’Indépendance, le président tanzanien, John Magufuli, s’est mêlé à la population pour ramasser les ordures à Dar-es-Salaam.
Sous les yeux de centaines de spectateurs, John Magufuli a manié la pelle avec une dizaine de pêcheurs pour enlever des feuilles et des détritus en plastique autour d’un marché aux poissons, près du palais présidentiel de Dar-es-Salaam, la capitale économique. Comme un citoyen ordinaire, le président tanzanien a collecté des déchets avec les mains, montrant l’exemple. C’est également le cas avec le président Rwandais Paul Kagamé.

Au regard de ces trois arguments avancés, il en résulte que le regime Ouattara a failli dans la gestion des inondations en Côte d’Ivoire. Il est admis que gouverner, c’est prévoir. Il revient aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour éviter à notre pays les mêmes faits, les mêmes émotions et les mêmes négligences. La France a dit qu’elle était disposée à apporter son appui à la Côte d’Ivoire "pour améliorer l’anticipation des événements extrêmes" telles que les récentes inondations. Mais il ne revient pas à la France de protéger les Ivoiriens. Ceux qui ont voulu le pouvoir à tous prix doivent prendre leurs responsabilités.

 

DR PRAO YAO