Le sommet Côte d’Ivoire-Burkina Faso, tenu jeudi et hier, à Yamoussoukro, a permis aux deux voisins en froid de réchauffer leurs relations et de renforcer leur coopération, notamment dans la lutte antiterroriste.

 

Ce sommet du Traité de l’amitié et de la coopération (Tac) qui réunit traditionnellement les présidents et les gouvernements des deux voisins d’Afrique de l’Ouest, chaque année, n’avait pas eu lieu en 2015 en raison d’une brouille.

Il “marque un nouveau départ (…) mais surtout un tournant” pour “nos populations qui attendaient d’être rassurées sur la solidité de notre communauté de destin”, a souligné le président ivoirien, Alassane Ouattara.

 

Le sommet est “un symbole fort de l’exemplaire coopération que nous bâtissons”, a répondu le président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, dont c’était la première visite en Côte d’Ivoire depuis son élection, fin 2015. “L’amitié et la coopération” entre les deux pays “ont survécu à nos prédécesseurs” et “nous survivront aussi”, a-t-il présagé.

La lutte antiterroriste a été au cœur des débats. “Les questions sécuritaires font désormais partie intégrante de l’agenda, après les attaques terroristes (le 15 janvier à Ouagadougou, 30 morts, puis le 13 mars à Grand-Bassam, 19 morts) et en raison de la volatilité de la situation sécuritaire sous-régionale”, a jugé M. Ouattara.

“Face à la généralisation des actes terroristes, nous devons (…) œuvrer au renforcement des outils régionaux de sécurité collective (…), approfondir les échanges en matière de renseignement et doter nos pays de capacités de réaction et d’intervention rapides”, a-t-il déclaré.

“La Côte d’Ivoire et le Burkina sont confrontés à des défis sécuritaires qui hypothèquent la marche de leur peuple vers le progrès (…) Nous devons conjuguer nos efforts”, a, pour sa part, conclu le président Kaboré.

 

 

 

Les relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, pays fortement liés qui ne formaient qu’un seul territoire au début de l’ère coloniale, sont anciennes. Quelque trois millions de Burkinabè vivent en Côte d’Ivoire. Les deux pays partagent, en outre, des ethnies communes comme les Senoufo ou les Lobie. Par ailleurs, le Burkina est dépendant de son voisin pour l’accès à la mer, ainsi que pour les importations.

Mais une série d’événements a troublé leurs relations.

 

“On n’en a pas parlé”

L’ancien président burkinabè Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue en 2014 et jadis un des principaux soutiens de Ouattara, a trouvé refuge en Côte d’Ivoire où il vit en exil.

Naturalisé ivoirien en février, M. Compaoré fait l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la justice burkinabè. Un autre mandat d’arrêt contre le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, pour son implication présumée dans le coup d’Etat manqué contre le gouvernement de transition burkinabè en septembre 2015, n’a pas “arrangé les choses”, selon une source gouvernementale ivoirienne.

 

“On n’en a pas parlé” pendant le sommet, a assuré le ministre des Affaires étrangères burkinabè, Alpha Barry, poursuivant en termes choisis : “Nous observons une nette séparation des pouvoirs (exécutif et judiciaire) aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Burkina. (…) Il y a eu des problèmes entre les deux pays et nous avons décidé de régler diplomatiquement les conséquences nées de cette affaire. On n’a pas décidé de régler l’affaire elle-même diplomatiquement.”

Treize accords de coopération portant sur des domaines allant du télé-enseignement à l’éradication de la traite des enfants ont été signés, mais les deux pays ont surtout progressé sur trois grands chantiers. Première grande œuvre : l’autoroute de 1000 km entre Yamoussoukro et Ouagadougou. Les pays vont achever les études de chaque tronçon avant juillet 2017 et rechercher ensemble des financements pour ce projet d’un coût global de 2000 milliards de FCfa (9 milliards d’euros). “L’échéance dépendra des financements”, a précisé le ministre ivoirien des Affaires étrangères, Albert Mabri Toikeusse. Deuxième grand chantier, la ligne de chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Kaya-Tambao, d’un coût total de 400 millions d’euros. Les pays ont signé un accord avec le groupe français Bolloré. Le pipeline d’hydrocarbures devant approvisionner le Burkina a aussi été discuté : une société dont 10 % du capital sera aux mains de l’Etat burkinabè va ainsi voir le jour. “Les grands projets structurants ont déjà été identifiés (…) nous devons nous atteler à les mener à terme”, a exhorté le président Ouattara. Selon lui, “ces projets auront un impact considérable sur nos échanges bilatéraux, la vie des populations et de notre espace sous-régional.”

 

AFP