Nous ne pouvons saisir les intentions réelles des acteurs politiques français que si nous analysons, de manière rationnelle, les faits, les choix qu’ils opèrent, selon des doctrines politiques précises, qu’ils adoptent, durant leur mandat présidentiel. Bien que socialiste, le président français Hollande a choisi d’emboîter le pas à Sarkosy, en s’essayant, disent certains journalistes français, à la « realpolitik sociale ». Ce qui compte, en effet, a affirmé Hollande, lors de sa quatrième conférence de presse, ce n’est pas sa personne (ce n’est pas non plus les valeurs humaines du socialisme) mais les intérêts de la France. Quand pour les intérêts de son peuple, Hollande peut se passer de l’idéal défendu par les socialistes ou des valeurs démocratiques sur lesquelles se construit la paix sociale, préalable à tout développement, nous pouvons affirmer, sans ambages, que sa ligne politique s’inspire de cette realpolitik enracinée dans la doctrine de Machiavel. Il faut, alors, très vite effacé de notre mémoire, ce visage débonnaire, cet air affable qu’il affiche durant ses conférences pour convaincre son auditoire, et scruter à la loupe, avec beaucoup de réalisme, ses actes politiques et ses discours hermétiques. L’affaire relative à la livraison du Mistral à la Russie, lève, par exemple, le voile sur le caractère cynique de sa realpolitik ; son mépris de certaines conventions internationales, alors qu’il faisait campagne pour réguler le monde de la Finance, du «Laisser faire». Loin de nous l’idée de porter des jugements sur les stratégies politiques de Poutine, soucieux de se tailler la part du lion dans un monde global, en restaurant les frontières de l’empire russe ; l’URSS. Que fait, en effet, la France en Côte d’Ivoire (en Afrique), ne cherche-telle pas à restaurer l’AOF et l’AEF, en faisant emprisonner le président Laurent Gbagbo, un leader socialiste favorable à l’instauration de la démocratie dans son pays, et à la signature d’accords gagnant-gagnant avec la métropole ? Le cynisme de la « realpolitik sociale » du président Hollande transparaissait dans sa volonté de livrer le Mistral à la nation russe que la France prétend combattre, parce qu’elle aurait violé la souveraineté de l’Ukraine, en l’occupant militairement.

La Russie a au moins le mérite d’afficher publiquement ses réelles intentions propres à son idéologie politique, contrairement à la France, qui prétend officiellement défendre des valeurs qu’elle bafoue officieusement. Nous savons qu’il a fallu que Cameron et Obama tapent du poing sur la table pour imposer des limites à la realpolitik de Hollande, qui s ’est vu, alors, obligé de suspendre la seconde livraison du Mistral à la Russie, de respecter, en quelque sorte, certaines conventions internationales. Si la « realpolitik sociale » du président Hollande peut se permettre de violer , sans sourciller, certains principes internationaux, que pouvons-nous attendre de lui dans l’organisation d’élections démocratiques en Côte d’Ivoire ? En invitant, à la face du monde, tous les partis politiques ivoiriens et surtout le FPI de Gbagbo à participer aux élections présidentielles de 2015, Hollande ne fait qu’emprunter la vieille stratégie de De Gaulle. Le 28 septembre 1958, la France invita ses colonies africaines à assumer librement leur destin , en choisissant de devenir indépendantes, avec ou sans la France. De Gaulle tenait à démontrer au monde libre, à peine sorti des deux guerres mondiales, sa bonne foi, « sa reconnaissance » à l’endroit de ces Africains morts pour libérer la nation française. Pourtant, la réponse négative de Sékou Touré au référendum de 1958 suscita le courroux du général, qui ne voulait pas, en réalité, concéder aux colonies françaises une véritable indépendance. Le moule politique de la France installé en Afrique par De Gaulle, depuis ce référendum, n’a produit, jusqu’à ce jour, que des moules africaines, sur le plan politique ; des personnalités molles, des assimilés, incapables de jeter les bases véritables de la démocratie en Afrique.

 


Hollande, lors de sa visite dans notre pays, a exprimé officiellement sa volonté de voir la Côte d’Ivoire bâtir une nation démocratique, mais les faits nous indiquent que son désir est tout autre. Nous le notons, à travers l’attitude d’Alassane Ouattara, qui affirme publiquement l’avoir rencontré. C’est après sa rencontre avec Hollande que Ouattara, le Chef de l’État ivoirien qui tient sa légitimité de la France (son avocat auprès de la Communauté internationale) et non du peuple ivoirien, s’est empressé de menacer l’opposition, et de prendre des décisions politiques impopulaires, en vue d’inciter le FPI à ne pas participer aux élections présidentielles de 2015. Pourquoi Hollande, qui a soutenu au Parlement français la décision de Sarkosy d’intervenir militairement en Côte d’Ivoire, « dans un souci humanitaire », est-il incapable de peser de tout son poids sur des actes politiques posés par Alassane Ouattara susceptibles de provoquer la guerre, des milliers de morts dans notre pays ? Hollande assure, au contraire, Alassane Ouattara de son soutien, en instrumentalisant la maladie Ebola. L’hôpital militaire qui sera installé en Guinée dans le cadre de la lutte conte le virus Ebola ne vient que couronner le plan machiavélique de la France désireuse de se lancer à la conquête militaire de notre continent . Pourquoi la propagation rapide du virus du SIDA n’a-t-elle pas nécessité de telles mesures ? La lutte contre le terrorisme fut le premier prétexte pour envoyer en Côte d’Ivoire trois mille soldats français. Le virus Ebola est le second prétexte, pour créer les conditions d’une guerre en Côte d’Ivoire que doivent achever Ouattara et Compaoré, prêt à violer la Constitution de son pays, dans le but d’être le président à vie du Burkina Faso. Un hôpital militaire permettra surtout de prendre soin des soldats blessés. Le champ des idées est aussi miné par les spécialistes français de la discorde. Au président Bédié, un Ivoirien, est revenu e la lourde charge d’annoncer à la Communauté internationale la candidature unique d’Alassane Ouattara, et surtout « l’alternance au pouvoir » qui ne fait que résumer la version africaine de la démocratie concoctée dans les laboratoires de la Françafrique. Nous pouvons lire sur le site IPS le rapport suivant : « La conférence régionale, réunie sur le thème ‘’Les défis de l’alternance démocratique en Afrique’’, organisée par l’Institut des droits de l’Homme et de la démocratie (IDH) avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la démocratie (FNUD), s’est déroulée dans la capitale économique du Bénin du 23 au 25 février. Elle répond aux préoccupations de la Communauté internationale dans la recherche des voies et moyens de promouvoir et d’enraciner la démocratie sur le continent ». La mutation du PDCI-RDA en PDCI-RDR, et l’alternance au pouvoir de ces deux partis accueillies favorablement par certains Ivoiriens, n’est qu’une stratégie de la France pour démontrer, à la face du monde, que la démocratie pratiquée dans les grandes nat ions modernes est un luxe pour ces Africains immatures. Ce projet politique est une offense faite à tous les Africains qui, selon les Occidentaux, manqueraient de maturité intellectuelle, politique. D’où cette boutade d’Alassane Ouattara à l’encontre du FPI : « Le FPI me fatigue ». Il s’est entretenu, à ce sujet, avec le président Hollande, invité à rappeler à l ’ordre ces pseudo-socialistes. Quelles sont les conséquences des actes politiques posés par Bédié et Alassane Ouattara , les pionniers de la version africaine de la démocratie qui affirment que leurs adversaires politiques, « ces irréductibles » les fatiguent ? Il s’agit de la disparition pure et simple de ces opposants-démocrates, grâce à des mesures, qui ne garantissent pas des élections libres et transparentes, selon le vœu secret de l’Élysée. Une fois installé au pouvoir, Madame Simone Gbagbo connaîtra, par exemple, le sort de Blé Goudé puisque les promesses des partisans de la realpolitik française ne sont que du vent; elles ne riment à rien. Une fois éliminés le FPI et les démocrates ivoiriens, aucune ombre ne viendra troubler le sommeil d’un grand parti unique : le PDCI-RDR, où la démocratie africaine sera synonyme d’alternance au pouvoir, de guerre des clans. Les futurs présidents étant connus d’avance, on entrera dans l’ère des intrigues, de la démocratie du patronyme.

Les marchés seront partagés entre les clans, selon un certain équilibre de la terreur , ce sera un monde où la France siègera comme l’arbitre suprême. N’accédera au pouvoir que le clan, qui bradera d’avantage la Côte d’Ivoire et l’Afrique à la métropole. Si Hollande tient sa légitimité de son peuple et non des sondages, en Côte d’Ivoire Alassane Ouattara est fier d’affirmer qu’il la tient de la France (la Communauté internationale). Cette démocratie africaine, synonyme d’alternance au pouvoir, n’est que le tremplin d’une nouvelle forme de colonisation de l’Afrique, et d’épuration ethnique, parce qu’à l’horizon 2020 ne seront au pouvoir et dans les différents services que les peuples, les groupes ethniques majoritairement représentés au sein du PDCI et du RDR. Nous assisterons au couronnement du rattrapage ethnique. Avant les élections de 2015, la France de Hollande reste cependant fébrile, malgré toutes les promesses faites à Alassane Ouattara, convaincu de rééditer son exploit. Et pourtant, encore un peu, et nous verrons tout le système politico-militaire complexe qu’il a mis sur pied s’écrouler comme un château de cartes, pour la simple raison que le peuple ivoirien n’est plus dupe. Avec l’alternance au pouvoir, nous entrons aussi dans l’ère de la pensée unique. Des jeunes militants du PDCI pétris de qualité comme KKB se contenteront d’être de simples exécutants, à mêmes de pratiquer la politique politicienne. Avec l’alternance au pouvoir, c’est la fin du rêve ivoirien, celui de nombreux intellectuels issus de milieux modestes qui seront condamnés à ne servir que les fils à papa promus à de hauts postes de responsab ilité ; c’est cela la démocratie du patronyme. Si Ouattara et Bédié sont des représentants de la France colonialiste, des nobles accrochés à leurs prérogatives, des sans-papiers qui ont pris des armes contre les Ivoiriens, Gbagbo, le FPI et ses partis politiques alliés (les démocrates ivoiriens) sont les représentants du dialogue social, de la Côte d’Ivoire du mérite, où pauvres et riches bénéficient des mêmes opportunités. Il nous faut donc œuvrer à la création de conditions d’élections transparentes en 2015, afin que les Ivoiriens opèrent leur choix entre la Côte d’Ivoire de Ouattara, de Bédié et celle de Gbagbo, des démocrates ivoiriens.

Pierre BANGORET (Écrivain) VIA connectionivoirienne.