Le procès de Laurent Gbagbo et de son ancien

ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé reprend le 9 mai prochain après une suspension de plusieurs semaines à La Haye.

C’est désormais l’heure de passage des anciens généraux de Gbagbo passés dans l’autre  camp.

 

 

 

Ils ont la pression et il suffit, pour s’en apercevoir, de décoder  les justifications anticipées de Philippe Mangou   dans sa résidence d’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Gabon.

Général trois étoiles, qu’il doit exclusivement à la crise militaro politique de 2002 et à Laurent Gbagbo, Philippe Mangou essayait, en ce début de mars, de communier avec des Ivoiriens du Gabon.

 

Il leur expliqua alors pourquoi il s’est réfugié dans la résidence de l’ambassadeur d’Afrique du Sud, donnant sa version d’une crise qu’il devra partager à La Haye où il est attendu par les patriotes ivoiriens et Africains.

 

La conjoncture, à l’évidence, ne lui est point favorable.

Alors que les premiers témoins ont été cachés, leurs

voix déformées, Mohamed Jichi dit Sam l’Africain, lui, a

témoigné à visage découvert, indiquant qu’il n’a pas à se cacher

pour dire la vérité. Depuis,Sam l’Africain est rentré

à Abidjan où il mène ses activités.

 

Dès lors, sous quels prétextes,les anciens généraux

de Gbagbo, qui doivent témoigner à charge contre lui, doivent-

ils demander que leur identité soit cachée ?

 

Si à la pratique rien ne s’y oppose vraiment, Mangou et les autres

risquent de passer pour des félons s’ils exigeaient que leur identité soit voilée.

Or, au lendemain de la divulgation par erreur de son nom

parmi les témoins à charge, l’ancien chef d’Etat-major,

largement embarrassé, avait produit un droit de réponse

pour indiquer qu’il n’avait pas peur et que son souhait avait

toujours été de témoigner à visage découvert.

 

Sam l’Africain lui en a donné l’occasion.Mais Mangou, on le voit, est visiblement sous pression.

Il avait en effet réservé plus de la moitié de sa réponse à se

justifier. « Si avoir demandé à monsieur Gbagbo de démissionner

est un crime alors que l’armée n’avait pas de munitions

et que les Ivoiriens mouraient, alors j’aurais trahi »,

avait-il dit.

 

Mangou est donc un général sur la défensive, portant comme un poids son passage dans le camp adverse.

Signe des temps, il eut la même posture devant les Ivoiriens

du Gabon. Car ce jourlà,l’ancien chef d’Etat-major

des FDS a expliqué que le président Gbagbo avait fait attaquer

sa résidence, l’obligeant à tirer les conséquences en

demandant à l’armée de quitter les fronts avant de se réfugier

dans l’ambassade d’Afrique du Sud.

 

Ce procès risque donc d’être pénible pour Mangou qui devra montrer qu’il a fui sans paraître un général félon. Mais pourra-til empêcher son propre procès d’avoir lieu ?

Son procès risque d’avoir lieu

Son procès risque d’avoir lieu

En effet Philippe Mangou sait que le contre-interrogatoire

risque de devenir son propre procès.

Car il ne s’est pas empêché, quelques jours après sa fuite, de revenir à la tête de l’armée loyaliste.

 

Il avait également été des premiers officiers militaires à

faire allégeance à Gbagbo après la décision du conseil

constitutionnel.

Comment pourra-t-il dégager sa propre responsabilité en décidant, au surplus de revenir défendre celui qu’il accuse de n’avoir

pas été beau joueur et à qui il avait fini par demander sa démission ?

 

La confrontation risque d’être palpitante entre lui et les avocats de l’ancien président.

En tout cas ses homologues Edouard Kassaraté et Brindou

Mbia ont préféré botter en touche. Le premier a indiqué,

pour sa défense qu’il n’est pas question d’aller à.la Haye

 

pour témoigner contre son ancien patron, les rencontres

qu’il a eues avec la CPI ayant été considérées par lui comme

une simple enquête destinée à aider à la compréhension des

événements qui se sont déroulés pendant la crise poste

électorale. Quant au second, il a nié avoir été requis par la

CPI. La réalité, évidemment, est différente.

 

Témoigner à la CPI nécessite des mois de préparation

et les deux généraux  tentent de cacher leurs jeux

en raison de l’émotion suscitée par la divulgation par erreur

de leur identité. Vont-ils,pour cela, demander que leur

image soit également floutée ?

Possible. Mais cela ne servirait plus à rien, les spectateurs

pouvant aisément imaginer leurs témoignages.

 

Pour autant, les prochaines auditions n’en seront pas

moins décisives. La « révolte » de Sam l’Africain dont le témoignage à décharge a semé la panique dans le camp du

procureur de la cour pénale internationale laisse désormais

très peu de marge de manoeuvre pour corroborer le

plan commun.

 

Les généraux Mangou, Kassaraté et Brindou devront donc s’atteler à démontrer qu’une hiérarchie militaire parallèle existait et

qu’elle avait pour but d’éliminer de manière systématique

les partisans d’Alassane Dramane Ouattara. Mais ils devront

sans doute d’abord montrer que le slogan

« on gagne ou on gagne »

est la preuve matérielle de ce plan commun, même si à l’évidence

Sam l’Africain a fait de cet argument un pétard

mouillé.

 

source    Aujourd’hui