« Laurent Gbagbo est à la fois le cœur, le corps et la chair de tout débat politique sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il n’est pas une partie du débat. Il est à lui tout seul le débat » (Aboudramane Sangaré, 1er vice-président du FPI)

Le régime d’Abidjan peine à ouvrir les yeux. Il préfère les maintenir fermés pour continuer à vivre dans des rêves improductifs, conduire notre pays droit dans le mur comme il l’a fait du temps où lui et la rébellion armée formaient une seule et même chair. Quelques laudateurs dont la lucidité est frappée du sceau de la précarité, soutiennent que les yeux du régime sont bien ouverts. Ils sont ouverts sur tous les problèmes de la république. Mais est-il utile de leur répondre que si nous nous mettons dans leur logique, nous finiront par conclure que ces yeux ouverts ne voient rien? Notre conviction se fortifie lorsque nous écoutons et lisons les critiques orientées contre ceux qui font de la libération du Président Laurent Gbagbo, la condition essentielle de la réconciliation nationale.

Pour ces voix et plumes du régime, les liens cassés peuvent parfaitement se ressouder  sans le Président Laurent Gbagbo, arbitrairement détenu à la Haye. Cette position est-elle censée ?  Evidemment, si nous considérons la réconciliation nationale comme un acte banal, une simplecouche de peinture qui s’affaisse dès les premières gouttes de pluie, on n’éprouvera aucune gêne à applaudir les tenants de cette thèse. Cependant, si nous devons voir en la réconciliation nationale, un acte majeur, un préalable au « vivre ensemble », un appel à la construction de la nation, une muraille contre une éventuelle crise, pire que celle qui nous a été imposée par la France et ses « mains noires » locales, alors, il faudra s’inquiéter de ses positions dangereuses.

Pendant que le régime d’Abidjan s’accroche à sa thèse et n’hésite pas à répandre sa bile colérique sur les partisans de Laurent Gbagbo, il ne nous dit pas comment il a réussi le miracle d’une réconciliation « sans Gbagbo ». La Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), après avoir entretenu un coït abject avec le régime, s’est éteint comme un feu de paille. Sous ses yeux, des centaines de partisans de Gbagbo ont été, pieds et poings liés, convoyés dans les geôles de son mandant. Le Président Laurent Gbagbo a été déporté à la Haye. En marge des activités de la tristement célèbre CDVR, les différents dialogues initiés par le gouvernement ressemblent à un sable mouvant. Des assises de Grand-Bassam au dialogue direct avec le FPI, les ivoiriens ont assisté à un ballet d’échecs retentissants. Les acteurs au dialogue se sont enfoncés dans le processus. Aucune avancée notable n’a été signalée.

Pourquoi donc tous ces échecs ? Il est désormais incontestable que la détention arbitraire du Président Laurent Gbagbo en est la cause fondamentale. Et le régime, parce qu’il a les yeux hermétiquement fermés, s’imagine construire cette Côte d’Ivoire en maintenant l’un de ses illustres fils à la lisière de tous les débats qui engagent la vie de la nation. C’est tout faux de penser ainsi. Il est également faux de penser que l’intérêt des populations ne se trouve pas concentré dans la participation du Président Laurent Gbagbo au processus de réconciliation nationale. Même les résultats frauduleux de Choï et Youssouf Bakayoko battent en brèche cette opinion des idolâtres du régime.

Le processus de réconciliation nationale est trop sérieux pour que des « yeux fermés » le prennent en otage. Il exige à la fois, une saine appréciation des réalités socio-politiques et une certaine hauteur d’esprit que seuls des acteurs lucides peuvent saisir. Ces « yeux fermés » qui compromettent l’avenir de notre pays, devraient comprendre que le salut du processus réside bel et bien dans la participation de Laurent Gbagbo au débat national, à tout le moins sa présencephysique. Car en vérité en vérité, comme l’a dit le 1er vice-président du FPI, « Laurent Gbagbo est à la fois le cœur, le corps  et la chair de tout débat politique sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il n’est pas une partie du débat.  Il est à lui tout seul le débat. »

 

 

Alain Bouikalo

Juriste