Alors que le général Philippe Mangou accuse
Laurent Gbagbo d’avoir refusé de démissionner,
à sa requête, dans un droit de réponse intervenu
après la divulgation par erreur de plusieurs
identités des témoins de la procureure, la mise
au point de l’ex-premier ministre togolais sonne
comme une réponse on ne peut plus claire.
Puisque selon Koffigoh, Gbagbo s’était dit prêt à
démissionner si le recomptage était en sa défaveur.
Mais Koffigoh s’en prend aussi à Alassane
Dramane Ouattara installé de force en Côte
d’Ivoire par Nicolas Sarkozy.

 

l’ouverture du procès de Laurent       Gbagbo le 28 janvier 2016 ?

 

Ce procès m’inspire deux sentiments  diamétralement opposés.

J’éprouve à la fois de l’écoeurement      et un soulagement.

J’éprouve de l’écoeurement parce que de part ma connaissance

de la crise ivoirienne et de part l’homme que représente

Laurent Gbagbo que ce procès est une honte pour l’Afrique.

J’éprouve un soulagement parce que si procès il doit y avoir (et

c’est en cours), alors le monde

entier saura la vérité.

 

 

Une partie de l’opinion s’accorde à dire que ce procès est

mal engagé parce qu’une seule partie des protagonistes se retrouve devant les juges. Quel est votre avis ?

C’est aussi mon opinion parce  que la guerre en Côte d’ivoire a

été une guerre civile et non une guerre entre Etats. Dès lors, j’estime qu’il faudrait juger ceux qui sont impliqués dans cette guerre depuis 2002, c’est à dire les exrebelles.

 

Comment réagissez-vous devant l’absence de poursuite à l’encontre des partisans du Président

Alassane Ouattara ?

 

Depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo, le Procureur de la République d’alors (sous Gbagbo,ndlr), devenu entre temps, Garde

des Sceaux, ministre de la Justice, avait clairement dit que les

rebelles sont des libérateurs et par conséquent, on n’aura pas à

les traduire en Justice. Vu de l’extérieur, cette situation traduit

un échec de l’idée de justice impartiale qui devrait être le mot

d’ordre de la Cour pénale internationale.

Madame la Procureure de la CPI (Fatou Bensouda,ndlr) a laissé entendre que des enquêtes sont en cours et devraient

déboucher sur des inculpations du camp des ex-rebelles,

mais tout le monde sait que rien n’a été fait.

Devant un parterre de journalistes

en France, le Président ivoirien Alassane Ouattara a dit
qu’il « n’enverra plus d’ivoiriens
à la CPI” . Quel est votre commentaire?

 

Ce qui est souhaitable, c’est qu’il y ait les structures nécessaires pour faire face aux procès et rendre la justice dans chaque pays.
Donc, si le Président estime que la justice ivoirienne est maintenant capable de faire face à ses responsabilités, on ne peut qu’en
prendre acte. Seulement, il y a des doutes sur sa capacité à rendre cette justice impartiale parce
que tous ceux qui ont commis de graves crimes durant l’ex-rébellion ont été tous promus à de
grands postes de responsabilité.Je vois mal un Procureur de la Justice lancer un mot de convocation
contre les gens qui sont les véritables piliers de l’actuel régime.
C’est vous qui aviez dirigé au nom de l’Union africaine, la mission d’observation électorale de
la Présidentielle du 28 novembre2010 en Côte d’ivoire.
Les crimes dont on accuse Laurent Gbagbo sont-ils selon vous justifiés ?

 


Les crimes existent puisqu’il y a eu des morts et des blessés
graves. Mais Laurent Gbagbo n’est pas l’instigateur de ces
crimes. J’estime qu’il est l’une des victimes de ces crimes. Les
instigateurs sont connus de tous et ce sont eux, les rebelles, qui
ont pris les armes, appuyés par une puissance voisine le 18 septembre 2002 contre leur propre pays. Ils ont assassiné le ministre de l’Intérieur d’alors, Emile Boga Doudou. Après, qu’ils
aient été repoussés par l’armée loyale, ils se sont repliés au nord
et ont coupé le pays en deux.
Voilà les véritables crimes commis en Côte d’Ivoire.
Quel mot d’ordre aviez-vous 
reçu avant votre mission si l’on
sait que cette élection s’annonçait
décisive ?

 

Personnellement, je n’ai reçu
aucun mot d’ordre. J’avais déjà
une expertise en matière d’observation
électorale et l’Union
africaine a placé sa confiance en
moi. J’ai juste suivi la feuille de
route normale qui se résume en
l’obligation de réserves, de neutralité,
l’observation impartiale ...
et je l’ai respecté avec mon équipe.
Pensez-vous que Laurent Gbagbo soit une victime de la fameuse “Françafrique” comme le
martèle ses avocats?

le martèlent ses avocats ?Tout le monde sait que s’il n’y
avait pas eu l’acharnement de M.Nicolas Sarkozy (Président françaisd’alors, ndlr), cette affaireaurait été réglé à l’amiable. Des
chefs d’Etat africains ont commencépar se prononcer. Le Président
Theodoro ObiangNguema Mbasogo (de la Guinéeéquatoriale, ndlr) avait dit qu’ilsavaient fait des propositions à laFrance pour leur dire que Laurent Gbagbo était prêt à quitter le pouvoir si le recomptage des voix lui donnait tort. Et ils (des chefs d’Etat africains, ndlr)avaient proposé à la France depatienter pour que l’Union africaine mette cette proposition en oeuvre. Mais, ils ont eu l’impression que c’est cela qui a accéléré
la décision de Nicolas Sarkozy d’en finir en bombardant massivement la résidence de Laurent Gbagbo.
Je n’aime pas le mot “Françafrique”, mais ce qui ce qui est
évident, c’est que Nicolas Sarkozy était acharné contre le Président Laurent Gbagbo. Et il nele nie pas puisque dans les déclarations antérieures, il a reconnu qu’ils ont dégagé Laurent
Gbagbo pour installer Alassane
Ouattara.

 Dans la foulée, les chefs d’Etat
et de gouvernements présents lors la session de l’Union africaine du 21 au 31 janvier 2016
ont adopté un plan de retrait de 
certains pays africains de la Cour pénale internationale.

Pensezvous que cela soit la solution?

 

Tout le monde est écoeuré par la  manière dont la Cour pénale internationale fonctionne. La Cour jusqu’ici, n’a inculpé que des
africains parmi lesquels des chefs d’Etat. Si la justice internationale est un besoin, l’Afrique peut elle-même satisfaire ce besoin en créant une justice à l’échelle africaine. Pour le cas du
Président Hissène Habré, il y a une Cour africaine qui a été créée
et qui accomplit son travail. On peut s’en servir comme exemple
en créant une Cour pour l’Afrique.
Un constat patent, la diplomatie africaine n’a pas du tout fonctionné durant la crise ivoirienne
de 2010.

Quels nouveaux mécanismes adopter pour la rendre efficace
et adaptée aux différends qui persistent sur le continent ?

 

Un constat patent, la diplomatie africaine n’a pas du tout
fonctionné durant la crise ivoirienne de 2010.

Quels nouveaux mécanismes adopter pour la rendre efficace et adaptée aux différends qui persistent sur le continent ?
Le fait d’avoir laissé bombarder Laurent Gbagbo a permis de
bombarder aussi le Colonel Kadhafi 
en Libye (en 2011, ndlr).
Kadhafi a été celui qu’il a été, mais il oeuvrait beaucoup pour
contenir les éléments extrémistesqui pouvaient déstabiliser
l’Afrique subsaharienne. L’onvoit tous aujourd’hui la déstabilisation au Mali, au Niger, au Tchad, etc. L’Union africaine en est consciente. Leur réaction depuis ces évènements démontre
que chacun a pris conscience de la faiblesse de la diplomatie africaine. Maintenant, l’Union africaine souffre d’un défaut de financement par ses propres membres.
Il va falloir régler ce problème pour rompre le lien de dépendance
avec nos organisations régionales
et sous-régionales vis-à-vis de certaines grandes
puissances qui trouvent l’occasion
de dicter leur loi.

Vous vous réclamez du panafricanisme.
Comment faire pour réduire l’ingérence multiforme
de l’Occident, notamment de la France ?

 

 

 

Notre faiblesse économique est un facteur majeur de cette dépendance.  Il faut dans ce cas promouvoir
la bonne gouvernance, poursuivre notre politique de développement tout en tenant compte des couches les plus vulnérables. Le taux de croissance dans beaucoup de pays africains  est intéressant. Donc, la répartition
doit être équitable.
Tant qu’on n’aura pas atteint un certain niveau d’indépendance
économique et tant qu’on n’aura pas avancé dans le processus
d’intégration sur le continent, notre vulnérabilité sera toujours
exploitée. Au Mali comme en Centrafrique,
n’eût été l’intervention de la France, ces deux pays auraient
sombré dans le chaos. Nous démontrons une faiblesse à faire
face aux crises majeures. Tant que cela durera, nous serons toujours à la merci de certaines grandes puissances.
Il faudra donc renforcer notre  
système sécuritaire, y consacrer
les moyens nécessaires et promouvoir notre politique de développement.
Parlons “Sécurité” pour terminer,que faire, selon vous, devant
la poussée inquiétante des groupes djihadistes vers le Sud
du continent ?

 

C’est un combat qui doit se mener à l’échelle internationale.
Le plan de riposte doit être global et sans état d’âme. Il faudrait  mobiliser certes des ressources
de défense interne, mais nous ne devons pas hésiter à faire appel à l’aide extérieure. Ces groupes djihadistes sont bien équipés et soutenus. Il faut chercher à couper
leur système d’approvisionnement.

 

Source :Africa 24 NB: Seul le titre et surtitre
sont de la rédaction