« La lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse »

(Julio Cortazar)

 

Sous Ouattara, la Côte d’Ivoire s’apprête à aller à des élections importantes avec un fichier électoral national révisé à environ 6,2 millions de noms. C’est le plus grand rendez-vous des Ivoiriens après la période humiliante postélectorale. Le monde entier regarde encore une fois le pays.

 

Le scrutin du 25 octobre devrait permettre à la Côte d’Ivoire de stabiliser sa politique, économique, mais surtout de tourner la page de la crise qu’elle connaît depuis bientôt cinq (5) ans.

Mais tous les indicateurs indiquent que le pays va tout droit vers l’abîme car les conditions ne sont pas bonnes pour aller à des élections crédibles et paisibles. Les raisons sont multiples et méritent une attention particulière de la communauté nationale et internationale.

 

Les conditions du désordre sont réunies en Côte d’Ivoire

Primo, le pays n’est pas sécurisé. Dans notre pays, personne n’est en sécurité. Le Nord du pays est toujours sous le contrôle des forces armées parallèles. Le président du Réseau d’Action sur les Armes légères en Afrique de l’Ouest (RASALAO) Karamoko Diakité indiquait que plus de 100.000 armes circulent de manière illégale en Côte d’Ivoire. Même le député Alphonse Soro, celui qui livre les secrets de la rébellion, sait bien que le pays n’est pas sécurisé. Le 16 août 2015, un individu a tenté d’assassiner le député à son domicile de Korhogo. Si le député Soro Alphonse n’est pas en sécurité au nord du pays, alors qu’arrivera-t-il à un opposant ? La mort peut-être !

 

Secundo, les règles du jeu ne sont pas claires. La commission électorale indépendante (CEI) est inféodée au pouvoir Ouattara et est illégale. Monsieur Bakayoko n’est pas une personne crédible car son passé ne parle pas en sa faveur. Au-delà de cette irrégularité, cette CEI introduit de manière unilatérale un système de décompte électronique sans discussion au prêtable avec les candidats.

 

Tertio, ces élections se tiennent dans un climat de division. En effet, le pays est divisé en raison de la politique menée par le pouvoir actuel depuis 2011. Entre tribalisme et régionalisme, la république se fissure de jour en jour depuis 2011.

 

Les Ivoiriens sont chassés de leurs terres au profit des étrangers, les hommes politiques sont emprisonnés, et la comédie continue. Les Ivoiriens saignent de l’intérieur car une bonne partie des Ivoiriens ne sont plus dans cette république, simplement parce qu’ils n’ont pas le bon nom, le bon visage, le bon parti politique, la bonne religion, la bonne région. Dans un tel climat, celui qui gagne ces élections sera en réalité un Président de la transition.

L’opposition doit prendre ses responsabilités

Le régime actuel est décidé à tricher pour se maintenir au pouvoir. Sans consultation, il vient de décider que le transfèrement des résultats provisoires collectés dans les commissions locales, vers le siège de la CEI à Abidjan, se ferait par voie électronique.

Sur l’introduction de la biométrie, il faut que les opposants soient fermes.

 

La biométrie ne garantit pas la qualité. Il existe plusieurs faits qui peuvent entrainer les fraudes : les achats de consciences ou corruption d’électeur, la mauvaise distribution de cartes d’électeur, les fausses procurations, les bourrages d’urnes, la falsification des procès-verbaux, les modifications des résultats finaux. On oublie souvent que la technique la plus classique dans une dictature forte est l’inversion du résultat à la publication avec refus de publication des résultats détaillés ou falsification massive de procès-verbaux.

 

D’ailleurs selon les experts, la biométrie, telle qu’elle est utilisée aujourd’hui par des commissions électorales nationales, n’est pas adaptée à la situation. La meilleure situation, ce serait celle de faire les listes électorales à partir des cartes d’identité biométriques, qui seront des éléments d’identification gérés par l’Etat et qui permettent, à chaque processus électoral, une inscription sur les listes électorales plus actuelle, plus exacte et permettant de donner le véritable droit de vote aux vrais citoyens du pays.

Dans tous les cas, l’opposition ivoirienne doit prendre ses responsabilités. Les élections sont au cœur du processus démocratique, rendant possible l’acte d’autodétermination prévu par la Charte des Nations Unies. Pour autant, il ne faut pas aller accompagner son adversaire.

Premièrement, aller à ces élections dans de telles conditions serait une façon d’accompagner le régime actuel et dire aux ivoiriens qu’il a bien fait de punir pendant 4 ans les ivoiriens. Ce serait donner à Ouattara un autre mandat. Or la dictature ne doit plus durer en longueur dans notre pays.

 

Deuxièmement, si l’opposition veut participer au jeu électoral, alors elle doit mener de rudes combats pour exiger de bonnes conditions pour des élections crédibles. Lutter pour changer la CEI, s’assurer que tous les candidats pourront se déplacer sur toute l’étendue du territoire pour faire campagne. Mieux, elle doit même remettre sur la table l’éligibilité du président sortant. En effet, si l’élection s’inscrit dans la loi fondamentale, alors les candidats doivent se conformer à cette loi. Pour être sur la liste de match, tout joueur doit avoir au préalable sa licence.

 

Troisièmement, si toutes ces conditions ne sont pas réunies, alors l’opposition ivoirienne a une responsabilité historique à prendre. Le Président ESSY AMARA vient de poser un acte historique dans notre pays. De mémoire d’homme, jamais on a vu dans notre pays, un tel courage et une telle profondeur d’esprit. Il vaut mieux pour l’histoire se retirer et laisser le dictateur d’Abidjan aller seul à ces élections puisqu’il refuse d’organiser des élections crédibles et démocratiques. Tous les partis politiques et les candidats ne sont pas traités de la même manière. Et pourtant le rôle essentiel des partis politiques est de participer à l’animation de la vie politique. La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation. Nous avons un choix à faire ; celui qui consiste à prendre nos responsabilités. Didier Court disait il y a longtemps que « pour progresser, il faut considérer que ce n’est pas l’autre qui n’est pas motivé, c’est ma capacité à motiver qui est en cause. Si vous n’avez pas convaincu, vous n’êtes tout simplement pas convaincant…La responsabilité de l’échec n’est pas toujours celle de l’autre ». Que nous reste donc à faire, nous les démocrates ivoiriens ? La rue, les manifestations, les meetings pour restaurer la démocratie dans notre pays car comme le disait Martin Luther King, « Chacun a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes » car en vérité, celui qui accepte sa nature de cabri doit assumer la responsabilité de son odeur.

 

Pour la Côte d’Ivoire, soyons toujours prêts !

 

Une contribution de  Dr. PRAO YAO SERAPHIN

 

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