Des populations ont commencé à se ruer sur les feuilles de neem (ou nime) ces dernières semaines, pensant se prémunir ainsi contre le coronavirus, qui fait du ravage dans le monde. A l’annonce de l’expérimentation de la chloroquine, un anti-palustre, qui aurait donné des preuves de guérison des malades tant en Chine qu’en Europe, ils sont nombreux dans les pays africains, particulièrement en Côte d’Ivoire, à se jeter sur les feuilles de nime servant également à traiter le paludisme.

Ces populations alarmistes croient avoir trouvé une panacée en attendant le remède officiel pour contrer le covid-19.

Joint pour en savoir davantage, le président de la Fédération nationale des praticiens de la médecine traditionnelle de Côte d’Ivoire observe des réserves et met en garde les personnes qui déciment déjà les feuillages des margousier (le nom scientifique de l’arbre). M. Kinimo Yao relève une « réaction de psychose » qui poussent les populations désespérées à se rabattre sur le premier remède soupçonné qui n’en est pas un officiellement. « Chacun se dit qu’il faut tout essayer. Les feuilles de nime ne traitent pas le Covid dans un protocole direct. Aucun protocole ne dit que les feuilles de nime traitent le coronavirus. Il faut d’abord situer dans quel protocole on les classe. Est-ce dans la famille des antibiotiques, des antalgiques, etc. ».

Pour le président de la faitière de la médecine traditionnelle en Côte d’Ivoire, en effet, ce n’est pas parce qu’on parle de chloroquine que les populations doivent se rabattre sur les feuilles de nime. Car, prévient-il, les feuilles de nime ne contiennent pas forcément de la chloroquine. « Ce n’est pas parce que la chloroquine est amère que toutes les feuilles amères sont supposées combattre les mêmes pathologies que la chloroquine. En plus, ce n’est pas la chloroquine seule qui guérit les malades. On dit bien qu’il est associé à de l’azithromycine. Il est vrai que les feuilles de nime sont un anti-fiévreux et permettent de guérir du plasmodium, c’est-à-dire du paludisme ou des crises du foi. Mais, il n’est pas encore prouvé qu’il peut guérir les malades du covid-19 », fait noter le spécialiste de la pharmacopée africaine, qui ne manque pas de relever les dangers que font courir ceux qui se ruent sur les margousier.
M. Kinimo relève déjà l’absence de contrôle du dosage. « Prendre ces feuilles sans contrôler le dosage est dangereux. Il y a des risques de complications, et des gens peuvent se créer des problèmes ». Le praticien de la médecin traditionnel redoute même que des malades, souffrant d’autres pathologies, aggravent leurs cas. « C’est inévitable qu’on risque de créer d’autres maladies en prenant ces feuilles sans savoir ce qu’on a à priori ».

En plus, il fait noter le danger que ceux qui se jettent sur les feuilles de nime peuvent constituer dans la prévention contre la propagation du virus. « Il peut se trouver qu’il y a des malades qui se rabattent sur ces feuilles au lieu d’aller se faire dépister. Pendant le temps que ce malade reste chez lui, le virus se développe, et il contamine son entourage et les gens qui approchent. Il risque d’aggraver son cas et de répandre le virus chez les autres », prévient M. Kinimo Yao pour qui c’est déjà dangereux même pour la biodiversité que les gens se mettent à arracher les feuilles de nime qui risque de disparaître.