depuis le lundi 25 novembre, dans le cadre d’une visite d’Etat. Avec lui se trouvent tous les chefs de guerre de 2002. Ce qui confère au voyage des allures d’un retour sur les lieux des crimes de la rébellion de 2002.
Bouaké, la capitale du centre n’a plus sa réputation d’antan. « Ses piscines et ses rues bien éclairées », jadis chantées par les artistes de la sous région et appréciées des touristes du monde entier, portent désormais la marque de la rébellion de 2002. C’est dans ce contexte que depuis le lundi 25 novembre, Bouaké reçoit officiellement le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara et les rebelles de 2002 qui gouvernent avec lui. Les premiers mots du mentor à Bouaké sonnent d’ailleurs comme un aveu. « Nous sommes tous témoins de ce qui s’est passé ici ces dernières années, les souffrances des populations», a déclaré Alassane Dramane Ouattara. Avant de préciser que « le centre, notamment Bouaké, a été le théâtre de beaucoup de difficultés ». 
En tenant de tels propos, Alassane Dramane Ouattara sait très bien de quoi il parle. Il fait assurément allusion aux crimes que la rébellion de 2002 a commis et que Bouaké a abrités. Notamment les massacres des Forces de défense et de sécurité (FDS) et de ceux que le journaliste Venance Konan appelle Bad (Bêté, Attié, Dida), la chasse aux fonctionnaires et agents de l’Etat, le casse de l’agence de la BCEAO, les pillages des richesses, les trafics de tout genre, les guerres internes…

Bouaké siège des crimes pendant 10 ans

Lorsque les assaillants conduits par Soro Guillaume, ont été mis en déroute par les loyalistes le 19 septembre 2002, ils ont pris Bouaké comme leur capitale. Et c’est à partir de cette localité qu’ils ont perpétré tous les crimes auxquels fait allusion le président du Rdr. Pour établir leur base dans la capitale du centre, les rebelles de 2002 ont cassé systématiquement tout ce qui ramenait à l’Etat, à savoir les commissariats, les gendarmeries, les camps militaires, les locaux de l’état civil, les préfectures et sous préfectures…
Dans le même temps, Soro Guillaume et ses hommes ont massacré de façon collective les gendarmes, les policiers et tous les éléments des forces de défense et de sécurité qui étaient en poste à Bouaké. Qui ne se rappelle l’assassinat de plus de 60 gendarmes ? Les actions criminelles des petits d’Alassane Dramane Ouattara n’ont pas épargné les autres communautés, particulièrement les Bété, Attié et Dida. La chasse meurtrière lancée contre ces trois entités ethniques a engendré un concept : BAD. Les fonctionnaires et agents de l’Etat ont subi aussi le rouleau compresseur des ex-rebelles. Ceux qui sont vivants le sont grâce à la fuite et/ou à certains voisins qui ont pris le risque de les cacher, le temps qu’ils sortent de Bouaké par la forêt.
L’économie n’est pas en reste. Bouaké, capitale de la rébellion de 2002 a servi de siège aux activités de pillage. De Bouaké, la rébellion contrôlait le centre, le nord et l’ouest. Et c’est de Bouaké «la rebelle » que partaient toutes les actions de pillage des biens de la région. A ce temps-là, même certains fils de Bouaké, du nord et de l’ouest ne pouvaient accéder à leur région natale. Par ailleurs, la zone n’était pas sous contrôle du pouvoir légal. Donc, c’est à toute leur aise que Soro Guillaume et ses amis pillaient l’économie de la zone et des autres régions. Dans cette partie du pays qu’elle avait réussi à diviser en deux, la rébellion avait sa régie à elle, dont Dosso Moussa était le directeur. Cette personnalité comme la majorité des rebelles de 2002, émargeant dans la zone CNO et la région sud. Le pillage se manifestait à travers l’exploitation du bois, le trafic des matières premières de la Côte d’Ivoire vers la sous région, l’exploitation des minerais, le racket de tous ceux qui traversaient Bouaké, venant des autres pays. Les casses des agences de la BCEAO ont commencé par Bouaké et se sont répandues comme une traînée de poudre sur la zone occupée par la rébellion. 
Pendant plus de 10 ans, les rebelles ont géré les ressources de la plus grande partie de la Côte d’Ivoire, à partir de Bouaké. Mais la rébellion n’a pas pour autant apporté le bonheur aux populations de la région occupée. Alors que Soro et autres ont pris les armes contre la mère patrie, selon eux, pour rendre le bonheur aux populations qu’ils estimaient exclues. Bien au contraire, Bouaké est devenue plus que jamais pauvre. Le peu d’acquis que le pouvoir d’Houphouët a laissé a été brisé par la rébellion. Les rues portent les marques de la guerre injuste que les hommes d’Alassane Dramane Ouattara ont imposée à la Côte d’Ivoire. Bouaké est le siège de l’immigration sans contrôle, la porte par laquelle rentre et sort tout ce qui constitue un poison pour une société.
Les vertus n’y sont plus de mise. La prostitution a atteint des proportions inimaginables, les taxis automobiles ont laissé la place aux taxis motos. Le drame dans tout ça, c’est que tous les enfants de Bouaké et de la Côte d’Ivoire regardent Soro et les autres comme un modèle de réussite. 
En indiquant l’objet de sa visite, Alassane Dramane Ouattara a affirmé que c’est pour lancer un appel au rassemblement. Autant le dire, Bouaké la capitale du sang a beaucoup plus besoin d’une vraie cure que d’un simple appel au rassemblement. 
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