Plusieurs milliers d’opposants au régime d’Alassane Dramane Ouattara se sont réunis hier sous  un soleil accablant à la place Ficgayo à l’invitation de la coalition nationale pour le changement. Ses leaders qui se sont ensuite succédé sur le podium ont réitéré leur appel au dialogue afin de

discuter avec Ouattara des conditions d’une élection transparante, régulière et crédible.

   

Un jour avant l’ouverture officielle de la campagne électorale,

six candidats sur les neuf opposés au chef de l’état sortant

Alassane Dramane ont réuni hier à l’espace Ficgayo de Yopougon

plusieurs milliers de  partisans pour protester contre

les conditions d’organisation du scrutin du 25 octobre. Inaugurant

la liste des intervenants, la présidente de l’URD Danièle

Boni-Claverie qui parlait également au nom d’une coalition de

quatre partis (RPP, PIT, USD et URD) a dénoncé à la fois les

conditions politiques dans lesquelles             

ce scrutin est organisé, notamment le maintien en prison

de Laurent Gbagbo, et l’absence de transparance dans la

préparation du scrutin.

 

Saluant le courage des militants, elle a

réitéré le report pur et simple de l’élection présidentielle pour

que soient mises en place les conditions d’une élection régulière.

La présidence de l’URD a également interpellé les candidats

à se déterminer clairement sur leur participation ou non à

ce scrutin. Très applaudie pour     la tonalité de son plaidoyer sans concession, la présidence de l’URD a cédé la place aux différents candidats qui ont noté, à l’instar de Siméon Konan Kouadio     les raisons pour lesquelles il     s’est rapproché de la CNC, en particulier parce que le changement est nécessaire pour réconcilier les Ivoiriens.

 

La star du jour fut tout de même l’ancien président de

l’Union Africaine Essy Amara   dont c’était le premier bain de

foule à une manifestation de la coalition nationale pour le

changement. Premier à décider de boycotter le scrutin présidentiel

du 25 octobre, l’ancien ministre des affaires étrangères

d’Houphouët-Bopigny puis de Bédié a été accueilli comme une

rock star. Essy Amara dont le passage à la tribune fut fugace

est d’ailleurs remonté sur l’estrade pour démentir la déclaration

d’Alassane Dramane Ouattara qui, en réaction à sa

décision de suspension, a affirmé qu’il lui avait dit, de toute

façon, qu’il ne serait pas candidat.

 

De quoi faire dresser les   cheveux sur la tête du diplomate

qui a dit pratiquer Alassane Dramane Ouattara depuis

1971 et que « personne ne connait mieux la Côte d’Ivoire

que ses propres fils », provoquant l’hilarité générale. Sans

jamais faire allusion à sa décision de suspension, l’ancien

président de l’Union Africaine a dénoncé une nouvelle fois les

conditions dans lesquelles les élections présidentielles ont été

organisées.

A ce jeu, c’est le président de Lider qui a été le plus complet. Mamadou Koulibaly a en effet dénoncé tour àtour l’absence de sécurité. « La plupart des populations que j’ai visitées que ce soit à Séguela, à Bouaflé ou ailleurs ont tous dit qu’ils ont peur parce que les élections débouchent sur la guerre dans leurs contrées ».

L’ancien président de l’assemblée a d’ailleurs lui-même illustré

cette insécurité par son propre cas puisque, a-t-il dit,

chaque fois qu’il est passé dans une ville, les gendarmes ou les

policiers ou alors les hiérarques locaux sont allés ensuite menacer

les populations au nom des voix qu’ils auraient promises à

Alassane Dramane Ouattara.

 

Le président de Lider a ensuite parlé du processus électoral qui

ne rassure point puisque les candidats n’ont toujours pas

connaissance de la liste électorale, les fichiers qui leur ont été

distribués à deux jours de l’ouverture officielle de la campagne

de s’ouvrant pas. « Nous ne sommes pas prêts pour des

élections en Côte d’Ivoire », assure- t-il « parce que les organisateurs eux-mêmes ne sont pas prêts ».

Autre anomalie, sur les dix candidats, seulement deux sont représentés à la CEI alors que des partis qui ne sont pas candidats au prochain scrutin y sont représentés.

Face à autant de manquements, Mamadou Koulibaly s’en est

également pris à la communauté internationale qu’il accuse

d’être permissive à l’égard de Ouattara alors qu’elle l’est

moins à l’égard de Mugabé ou autres.

 

C’est pourquoi il leur donne 48 heures pour remettre 

Alassane Dramane Ouattara sur le droit chemin. Car après,

« ne venez pas nous dire qu’on  ne savait pas ».

Avant que le président de la CNC Charles Konan Banny ne

cloture la rencontre, le président  délégué du FPI Laurent

Akoun a dit pourquoi les élections

à venir sont dangereuses.

Pour lui, « les conditions des élections ne sont pas réunies

mais également les conditions politiques ».

 

Il a donc dénoncé la détention des prisonniers politiques

dont il réclame la libération alors que Ouattara, dit-il,

n’est toujours pas éligible pour le scrutin à venir.

« Ouattaralui-même n’est pas éligible ; il ne doit même pas être candidat », a réitéré Laurent Akoun qui a repris le célèbre slogan deLaurent Gbagbo : « asseyonsnous et discutons ! ».

 

En montant sur le podium dressé pour le discours des officiels,

Charles Kona Banny a esquissé quelques pas de danse

sur les airs d’une chanson qui lui est dédiée. Pour lui, c’est le

cadeau qu’il fait aux responsablesde la mobilisation du jour

et en particulier Marie-OdetteLohourougon qui, comme à ses

habitudes, fut au four et aumoulin. Mais au fur et à mesure

de son allocution,Charles Konan Banny est devenu grave,

dénonçant le piège que Ouattara leur a tendu la veille du

meeting « pour dire après qu’ils ne sont pas venus », a-t-il anticipé.

Comme la plupart des intervenats, il a demandé la

libération des prisonniers politiques et le retour des exilés.

Revenant sur les conditions d’organisation du processus

électoral, Banny a indqué que les candidats ne sont pas prêts

parce que les conditions ne sont pas réunies pour une élection

sans violence ; une élection quiferait zéro mort avant, pendant

et après. Pour le reste, Charles Konan Banny a encore demandé

à Alassane Dramane de les recevoir pour que le dialogue

se noue. Lui parlant directement, le président de la

CNC a indiqué qu’il n’a pas le monopole de l’intelligence et

que ce n’est pas à lui de choisir  son opposition.

 

« Nous voulons un processus électoral consensuel

et non confidentiel (…)

parce que la république n’estpas un royaume », a encore dit

Banny qui hier a semblé faire de grands efforts pour ne pas en

dire trop.

 

un aperçu du monde et ESSY AMARA EST LÀ-Les ivoiriens ont soif de démocratie

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