Rien de nouveau à l’Ouest. La poudrière que constitue la frontière Côte d’Ivoire-Liberia est loin d’être maîtrisée. Voilà qui justifie l’inquiétude des autorités d’Abidjan et de Monrovia.

Et le dernier rapport de l’Organisation des nations unies (Onu) sur la menace qui couve dans cette zone, en rajoute à l’angoisse au sommet de l’Etat. Surtout que le mois d’octobre approche à grands pas. Pour circonscrire le mal, l’Exécutif ivoirien veut combattre le mal à la racine. Ce qui justifie, selon des sources, l’envoi d’éléments des Renseignements généraux à cette frontière, et plus encore à Monrovia. « Ils sont chargés de prendre le pool de la situation sécuritaire, et proposer des mesures à même de permettre aux autorités militaires de prendre des dispositions », confie-t-on, dans les instances militaires. Depuis quelque temps donc, ces fins limiers prospectent. La mission est d’autant prise au sérieux qu’au Liberia aussi, les autorités s’inquiètent de l’activisme de certains exilés. Certains parmi eux s’adonnent à des pratiques peu recommandables, et menacent la sûreté des deux Etats. L’offensive de la Côte d’Ivoire se justifie ainsi par une pression certes limitée, du pouvoir de Monrovia. Là-bas, l’on redoute que la présidentielle ivoirienne ne soit le prétexte à une éventuelle déstabilisation.


Il est vrai que les exactions d’hommes armées qui traversent la frontière sont nombreuses. « En février 2014, des hommes armés de machettes ont attaqué Grabo, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, à la frontière libérienne, tuant quatre soldats. Les experts craignent que de tels coups de main ne se multiplient avant la présidentielle ivoirienne en octobre », préviennent d’ailleurs les dernières enquêtes de l’Onu. « Plusieurs sources, dont des experts de l’Onu, imputent ces violences à des mercenaires basés au Liberia, préparant pour certains leurs opérations à partir des camps de réfugiés ivoiriens dans le pays », ajoutent encore les experts onusiens. L’Etat ivoirien devrait donc neutraliser les déstabilisateurs, à travers ses agents secrets. A tout le moins, ceux-ci pourraient donner des pistes crédibles qui vont permettre de prendre des dispositions. Dans les conclusions de ses investigations, l’Onu cite par ailleurs Conciliation Resources, une organisation caritative britannique. L’Ong qui travaille dans la région depuis 2007 redoute « une poussée de violence », à l’approche de la présidentielle. Ce, précise-t-elle, de part et d’autre de la frontière libero-ivoirienne. De quoi expliquer la position de Johnson Shirleaf. L’Ong britannique met aussi à nu les pratiques des financiers des milices, issus du régime de Laurent Gbagbo. Ils ont été cités, selon Conciliation Resources, par des miliciens ivoiriens. Cette frontière ouest, aussi poreuse que dangereuse, démure donc un foyer de tension. Reste aux grandes oreilles ivoiriennes de démêler l’écheveau.

Guillaume N’GUETTIA


Le sursaut