09/set/2014 source LE NOUVEAU COURRIER
Mettre en place la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) pour faire peut-être « mode
» comme en Afrique du Sud tout en faisant plaisir à ses amis de la communauté internationale et ensuite saboter de manière permanente le travail de son président Charles Konan Banny, initialement perçu comme un potentiel adversaire aux futures élections présidentielles et dont il fallait vite éteindre les ambitions en le « rangeant
» quelque. C’est ce travail de mystification qu’a réussi Alassane Ouattara en mettant sur pied en juillet 2011 la CDVR pour récréer la cohésion dont il ne veut en
réalité pas. En témoigne son approche sur la question de la réconciliation. Le locataire du palais présidentiel va jusqu’à
remettre en cause voire à ramer volontiers à contre-courant des recommandations de cette Commission. En effet, à la clôture le 12 juillet 2013 à Yamoussoukro, du colloque
organisé par la Commission heuristique de la CDVR sur les causes profondes de la crise ivoirienne, le rapport général a
identifié comme l’une des 6 causes de la crise postélectorale de 2010-2011, le « déficit de confiance » (entre les acteurs
politiques) et les « élections truquées » (qui ne sont donc pas transparentes, ouvertes et équilibrées). Il a à cet effet été
recommandé en vue de la réconciliation entre autres « le dialogue républicain (Etat-Classe politique-Société civile) ».
Ces recommandations sont jusque jamais d’actualité. Hasard de calendrier ? Le démarrage officiel des audiences
publiques des victimes de la crise intervient au moment où la crise entre le gouvernement et l’opposition (Alliance) est
plus que jamais à son paroxysme concernant le débat sur la formation consensuelle du Bureau de la CEI en vue des
futures échéances électorales. En tout  cas, ces deux événements majeurs ont la chance de se dérouler dans la même période et permettent de mieux jauger – pour ceux qui en doutaient encore – la volonté manifeste du chef de l’Etat de réduire la réconciliation à une simple profession
de foi illusoire et propagandiste et de plutôt la saboter pour mieux enraciner son pouvoir. Ils démontrent également la
duplicité du régime ivoirien et son mépris pour l’opposition, le dialogue politique salvateur afin d’instaurer une atmosphère sociopolitique apaisée dans le pays. En
somme, toutes les suggestions de la Commission présidée par Charles Konan Banny sont rejetées sans concession par
le régime d’Abidjan qui veut fatalement conduire à nouveau le pays dans le gouffre.
Pourtant, l’ancien Premier ministre (qui a appris depuis qu’il est à la tête de cette institution à mieux apprécier l’état d’esprit de son mandant) avait directement interpellé
Ouattara, lors de la clôture de ce colloque, sur sa responsabilité dans la réussite du processus de paix et de réconciliation. Banny plaidait déjà pour que le chef
de l’Etat « prenne les décisions pour que la nouvelle cohésion sociale (…) fasse de nouveaux pas ». Alors que l’ancien gouverneur de la BCEAO interpellait Ouattara, le lendemain 13 juillet 2013, il encensait le parti de Gbagbo et pariait sur sa bonne foi à participer au jeu politique en vue de la
paix dans le pays.

« Je ne doute pas que le Front populaire ivoirien veuille s’engager dans le processus de réconciliation »,
déclarait Charles Konan Banny. La CDVR s’est régulièrement plaint de ne pas avoir les moyens pour mener à bien sa
mission dans l’indifférence totale d’Alassane Ouattara. Banny déclarait le 21 novembre 2013 lors de la remise de son
rapport d’activité au chef de l’Etat que « la réconciliation ne se décrète pas » mais « requiert un environnement pacifié ». Serat- il un jour entendu ? Où va-t-il taper du
poing sur la table lui qui s’est souvent plaint des actes de persécution de l’opposition
qui grippent son travail ?