Mon pays est encore soumis aux vandales.
Encore sous domination des envahisseurs
Mon Eburnie est livrée aux ravages et aux violences.
Les forces du mal n’ont pas renoncé à leur macabre dessein.
Partout règnent souffrances et sévices
Et vous dites : « Tout va bien ! Tout va bien ! »
Alors que rien ne va.

Mon peuple, châtié, est expulsé de sa maison,
Ses champs sont occupés cruellement dans le sang
Son grain pillé, est emporté vers d’autres cieux
Et ses salariés sont renvoyés en masse les mains vides.
Une odeur de misère et de famine sévit partout
Et vous dites : « Tout va bien ! Tout va bien ! »
Alors que rien ne va.

Mes virils fils sont traqués comme des bêtes sauvages
Nombreux sont oubliés dans les prisons du désespoir
Ils sont sur le qui-vive et ne peuvent procréer.
Mes filles aux poitrines généreuses sont violentées,
Violées, et transformées en prostituées.
Et vous dites : « Tout va bien ! Tout va bien ! »
Alors que rien ne va.

Vous avez fermé vos oreilles aux lamentations,
Aux amertumes et aux cris de douleur de mon peuple
Qui est rongé par le poison des vendeurs d’illusions.
Vous étouffez sa voix et noyez son affliction
Dans un torrent de paroles indéchiffrables.
Et vous dites : « Tout va bien ! Tout va bien ! »
Alors que rien ne va.

Vous avez abandonné mon peuple à son sort et à son chagrin,
Vous le découragez chaque jour par vos iniquités
En exhibant votre embonpoint, vos barbes torsadées d'or.
Et vous vous attablez honteusement avec l’adversaire.
Pour siroter le vin de la compromission
Et vous dites : « Tout va bien ! Tout va bien ! »
Alors que rien ne va.

Savez-vous que l’indigent ne sait plus où aller?
Savez-vous que le pauvre est victime de l’injustice ?
L’oppression et l’insécurité rivalisent en agressivité
Au grand bonheur des extorqueurs de deniers publics.
Mon peuple est pressuré, matraqué, mitraillé
Et vous dites : « Paix ! Paix ! »
Alors qu’il n’y a point de paix.

Sur toutes nos places, dans nos cités et nos villages
Les funérailles ont envahi le vécu de mon peuple
Qui a fait du deuil son manteau, des larmes son sirop
La mort qui rôde, est désormais sa meilleure compagne.
Comme tout va bien chez vous dans cette grisaille du temps
Vous dites, inconscients, à mon peuple meurtri :
« Tout va bien ! Tout va bien ! » Alors que rien ne va.

Mais prenez garde ! Je ne tolérerai pas qu’on se joue 
De mon Eburnie bien-aimée et de mon peuple !
Prenez garde à vos paroles et à vos gestes de félons !
Ma patrie et mon peuple ne seront pas abandonnés.
Ils reverront le soleil revitalisant et jouiront de la Liberté.
Le Levant s’éclaircit de ses épaisses brumes.
O peuple béni, garde donc espoir et ne sombre pas.

Lazare KOFFI KOFFI
Exilé politique