Sur convocation du Conseil Exécutif National, le Congrès panafricain pour la Justice et l’Egalité des Peuples (COJEP) a tenu son premier Conseil Politique (CP) statutaire ordinaire, élargi aux bureaux nationaux des structures spécialisées et d’activités et aux responsables des coordinations, le Samedi 16 Août 2014 de 11H 40 à 14H 20 à Abidjan-Yopougon.
Cette session a été présidée par le camarade Agénor YOUAN BI, 1er Vice-président, Président intérimaire du COJEP.

L’ordre du jour de cette rencontre s’est articulé autour de quatre points :
1- Informations ;
2- Activités du COJEP ;
3- Analyse de la situation socio politique
4- Autres sujets.

Abordant le point relatif à l’analyse de la situation sociopolitique, le CP a passé en revue les sujets suivants :
o La situation du Président Laurent GBAGBO et du Ministre Charles BLE GOUDE ;
o La Commission Electorale Indépendante ;
o La réconciliation nationale ;
o La crise au sein du Front Populaire Ivoirien.

1- De la situation du Président Laurent GBAGBO et du Ministre Charles BLE GOUDE

Le CP rappelle aux démocrates ivoiriens, africains et du monde entier que la présence à La Haye du Président Laurent GBAGBO et du Ministre Charles BLE GOUDE n’est pas le fait d’actes répréhensibles, comme une certaine opinion veut le faire admettre .
Le Président Laurent GBAGBO et le Ministre Charles BLE GOUDE sont au contraire, deux personnalités politiques, représentant deux générations, qui se sont toujours battus pour l’épanouissement et le progrès de leur peuple, et dont le seul tort est de militer pour le respect des institutions de la république, la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de s’être opposés à la prise du pouvoir d’Etat par les armes. Ils ont constamment et dignement milité et prôné l’alternance démocratique par les urnes, par la victoire aux mains nues. D’où leur intérêt pour l’organisation d’élections justes et transparentes qui posent le problème de la Commission Electorale Indépendante.

2- De la Commission Electorale Indépendante (CEI)

Le CP a fait le constat qu’en dépit de nombreuses réserves émises par des forces vives de la société, les membres de la CEI ont prêté serment le 11 Août dernier.

Le Conseil note la présence dans cette commission de Monsieur Youssouf BAKAYOKO (Président de la défunte CEI), auteur avéré de la crise postélectorale. 
Le peuple ivoirien a encore en mémoire le douloureux souvenir du parti pris flagrant de celui par qui est arrivé le drame ivoirien. Malgré sa fameuse réponse « …il n’est pas encore minuit », il ne s’est pas empêché de se livrer à sa tristement célèbre déclaration du « Golf Hôtel » qui a précipité notre cher pays dans une crise institutionnelle, la plus grave de son histoire, avec pour conséquence la désintégration du tissu social ivoirien.

Pour le Conseil, la présence d’un tel personnage au sein d’une institution qui se veut consensuelle et dont l’objectif principal est de créer les conditions pour l’organisation d’élections crédibles, transparentes et équitables, afin de rassurer toutes les parties en compétition, pose un problème de moralité, de probité et d’éthique et constitue à elle seule, non seulement un mépris pour les victimes de la crise postélectorale et plus généralement pour la souffrance des ivoiriens, mais aussi, une raison suffisante de discrédit sur les résultats des différentes échéances électorales à venir.

Visiblement, on ne semble pas avoir tiré, encore moins compris, les leçons de notre histoire si récente. Peut-on prétendre résoudre une crise aussi profonde et d’une telle ampleur, dans un environnement quasi identique et avec les mêmes états d’esprits qui l’ont créée ? L’atmosphère postélectorale n’est-elle pas la fille de l’atmosphère pré-électorale, comme aimait bien le dire le Président Charles BLE GOUDE qui s’en était régulièrement préoccupé ? Allons-nous tomber dans les mêmes erreurs du passé, sur l’autel d’ambitions égoïstes, au détriment de l’impératif de Paix et de réconciliation nationale ?

3- De la réconciliation nationale

Le CP constate que plus de trois ans après l’installation du pouvoir Ouattara, la société ivoirienne reste profondément divisée, comme elle ne l’a jamais été, et pour cause :
- Le régime ivoirien n’affiche pas jusque-là une volonté réelle de réconcilier les ivoiriens ;
- le processus de réconciliation nationale est au point mort avec un dialogue politique non inclusif et inopérant ;
- le Président Laurent GBAGBO et le Ministre Charles BLE GOUDE, acteurs incontournables dans le processus de réconciliation, sont toujours injustement maintenus en détention ;
- plus de 700 ivoiriens croupissent encore dans les geôles du pouvoir, dans des conditions inhumaines et dégradantes de détention. Ici, le CP a tenu à relever l’utilisation de la douleur, de la souffrance des prisonniers politiques, ainsi que celles de leurs familles comme moyen de chantage politique ;
- la poursuite des arrestations arbitraires ;
- des milliers d’autres ivoiriens sont toujours contraints à l’exil ;
- de nombreux patrimoines privés et publics restent toujours occupés par des chefs de guerre ou des supplétifs FRCI, dozos et autres ;
- plusieurs personnalités pro-Gbagbo ont encore leurs avoirs gelés ;
- etc.

La gravité de cette situation qui plonge notre société et nombreuses populations dans l’angoisse, la détresse et une grande inquiétude ne doit pas laisser de place à tout ce qui peut fragiliser toutes les forces politiques (de gauche et de droite) engagées dans le combat pour la Justice, pour les Libertés individuelles et collectives. C’est fort à propos que le Conseil s’est autorisé à porter un regard affectif et solidaire sur la crise au FPI.

4- De la crise au Front Populaire Ivoirien

Le COJEP a été plus que préoccupé par cette situation car, le FPI demeure non seulement son principal partenaire politique mais surtout l’épine dorsale de notre combat commun, le combat pour la restauration de la démocratie et des libertés en Côte-d’Ivoire. C’est pourquoi, le CP se félicite des initiatives de conciliation menées par le comité de médiation avec des recommandations de sortie de crise qui ramèneront, nous l’espérons, la paix au sein de ce parti allié.

Au regard de ce tableau peu reluisant qui n’est pas de nature à favoriser l’épanouissement de la démocratie, la cohésion sociale et le retour de la Paix, le CP :

1- Se réserve le droit de se prononcer en temps utile sur la question des échéances électorales de 2015 mais, voudrait d’emblée:• Emettre ses vives réserves et ses inquiétudes sur la CEI, dans sa configuration actuelle, et craint qu’elle ne favorise de ce fait la transposition des conflits politiques en son sein, comme cela a été le cas en 2010 ;
• Recommander la mise sur pied d’une CEI véritablement indépendante, sans pesanteur partisane ; notre pays en a la capacité et les intelligences, il suffit d’en avoir la volonté politique ;

2- Réaffirme le soutien indéniable et indéfectible du COJEP au Président Laurent GBAGBO et au Ministre Charles BLE GOUDE, Président fondateur du COJEP ;

3- Instruit le Conseil Exécutif National à utiliser tous les moyens démocratiques pour la libération du Président Laurent GBAGBO, de la premier dame Simone Ehivet Gbagbo, du ministre Charles BLE GOUDE et de tous les autres prisonniers politiques civils et militaires ainsi que pour le retour de tous les exilés et réfugiés politiques, et ce conformément aux résolutions pertinentes du CP du 29 Mars 2014 ;

4- Interpelle les organisations de défense des droits de l’Homme sur le drame humanitaire que vivent les détenus politiques derrière les murs défraîchis et hermétiques des goulags du pouvoir disséminés à travers tout le pays ;

5- Réaffirme encore une fois la disponibilité du COJEP au dialogue politique avec le pouvoir, en vue du rétablissement de la démocratie, de la justice et de la cohésion sociale, pour mettre fin à la misère et à la souffrance des ivoiriens ;

6- Interpelle le pouvoir, sur sa responsabilité à créer les conditions favorables à la réconciliation entre les filles et fils de la Côte d’Ivoire ;

7- Tout en encourageant le FPI à tourner rapidement et de la meilleure des manières cette page de crise, réaffirme la volonté du COJEP de se tenir aux cotés de toutes les forces politiques de progrès pour les conquêtes démocratiques ;

8- Lance un appel à la concertation, à la cohésion, à l’union et à la solidarité entre les forces démocratiques de Côte d’Ivoire pour les batailles à venir ;

9- Demande aux militants et sympathisants du COJEP, aux démocrates ivoiriens et africains, de rester mobilisés et à l’écoute de la direction pour les actions futures.

Fait à Abidjan, le 16 Août 2014

Le Conseil Politique