Un homme qui traîne avec lui des accusations de crimes, de recel de corps et d’atteinte à la sûreté de l’Etat, et qui, de ce fait, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, vient d’acquérir la nationalité ivoirienne. Il s’agit de Blaise Compaoré, ancien chef d’Etat du Burkina Faso. Soupçonné de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara, Blaise Compaoré fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Qui, dit-on, a été émis, le 4 décembre 2015, par le tribunal militaire burkinabè. Et officiellement remis, le lundi 21 décembre 2015, aux autorités ivoiriennes. 

Il faut rappeler que, depuis qu’il a été chassé par la rue, celui qui a, 27 ans durant, dirigé le Burkina Faso a trouvé refuge en Côte d’Ivoire. 

Vu la gravité des faits mis à la charge de l’ex-dictateur de Ouaga, on s’attendait à ce que le chef de l’Etat ivoirien réponde favorablement à la requête du Burkina portant sur son extradition. Mais la surprise a été grande d’apprendre qu’Alassane Ouattara a plutôt pris sur lui d’accorder la nationalité ivoirienne à Blaise Compaoré. Ainsi, ce dernier devient-il Ivoirien dans sa vieillesse. Cela ressemble à une équipe de sport qui recrute un vieux joueur déjà mis à la retraite. Où est le bénéfice pour la Côte d’Ivoire pour une telle recrue ? En quoi est-il rentable ? Dans le cas de Comaporé, on se demande pourquoi c’est maintenant qu’il cherche à devenir Ivoirien. Et ce qui est très choquant au point de constituer une insulte au peuple ivoirien, c’est le fait que Blaise Compaoré traîne des crimes de sang. En lui accordant la nationalité, Ouattara veut-il dire que les sanguinaires sont les bienvenus en Côte d’Ivoire ? Ou veut-il dire que, pendant que le pays se débarrasse de ses dignes fils pour les remettre à la Cpi ou les contraindre à l’exil, la Côte d’Ivoire doit s’ériger en dépotoir de criminels venus d’ailleurs ? 

Franchement, en offrant sur un plateau d’or la nationalité ivoirienne à un homme dont la place se trouve en prison, Alassane Ouattara se rend coupable d’un acte délictuel. Il fait même une injure au peuple ivoirien et se moque des nombreuses victimes de Compaoré au Burkina Faso et partout dans la sous-région. 

On nous rétorquera que le fait d’avoir épousé une Ivoirienne donne droit à Blaise Compaoré d’acquérir la nationalité ivoirienne. On nous dira aussi que le chef de l’Etat ivoirien a ce pouvoir discrétionnaire d’accorder la nationalité ivoirienne à qui il veut et quand il veut. Toutefois, dans ce cas, Compaoré pose un cas de conscience. En ce sens que le concerné n’est pas sans reproche. Le geste de Ouattara relève d’un fait qui s’assimile à du mépris pour le peuple ivoirien. Il n’y a aucune raison qui puisse justifier cette offre à Compaoré au moment où Ouattara chante partout sa volonté de mettre fin à l’impunité. Le chef de l’Etat ivoirien est pris dans ses propres contradictions et incohérences. Parce qu’il fait fi des poursuites judiciaires contre Compaoré pour faire de lui un citoyen ivoirien. Le contraire nous aurait surpris quand on sait que le pouvoir d’Alassane Ouattara repose sur une armée de combattants ayant commis de graves crimes. 

Où est l’opportunité d’un tel acte posé par Ouattara ? Qu’est-ce qui urge pour que le chef de l’Etat ivoirien brade ainsi la nationalité ivoirienne ? C’est là une caution à l’impunité. A cette allure, on ne sera pas surpris que le patron de Boko Haram vienne en Côte d’Ivoire pour acquérir la nationalité ivoirienne.

 

Publié le jeudi 25 fevrier 2016  |  Notre Voie