Sur le plan des études stratégiques, de l’analyse et de l’anticipation, je donne un gros zéro pointé à nos états . Nos militaires africains sont très instruits, ils ont de belles tenues militaires ou manient le français de manière remarquable, mais ils ne nous apportent rien.

 

 

Tout simplement, parce qu’à ma connaissance, dans toute l'Afrique francophone, il n’y a pas un seul centre d’études stratégiques et internationales avec des vrais professionnels à leur tête. Je m'explique. Au moment où je fais cette critique ,le monde fait face à trois enjeux principaux : l’énergie, la défense stratégique et la mondialisation.

 

Donnez-moi un seul cas où l’Afrique apporte quelque chose. Rien ! Commençons par l’énergie et précisément le pétrole. Tous les experts mondialement reconnus sont unanimes à reconnaître que d’ici 15 à 20 ans, cette ressource sera rare et excessivement chère. En 2020, le prix du baril tournera autour de 120 dollars.

 

C’est conscients de cette réalité que des pays comme les USA, la France, la Chine, le Royaume Uni, etc. ont mis sur pied des task force chargés d’étudier et de proposer des solutions qui permettront à ces nations de faire main basse sur les ressources mondiales, de s’assurer que quoi qu’il advienne, leur approvisionnement sera assuré.

 

Or, que constate-t-on en Afrique ? Les dirigeants de ce continent ne sont même pas conscients du danger qui nous guette : se retrouver tout simplement privé de pétrole, ce qui signifie ni plus ni moins qu’un retour à " la préhistoire" ! Dans un pays comme le Gabon qui verra ses puits de pétrole tarir dans un maximum de 10 ans, aucune mesure de sauvegarde, aucune mesure alternative n’est prise par les autorités.

 

 

Au contraire, ils prient pour que l’on retrouve d’autres gisements. Pour l’Afrique, le pétrole ne comporte aucun enjeu stratégique : il suffit juste de pomper et de le vendre. Les sommes récoltées prennent deux directions : les poches des dirigeants et les coffres des marchands d’armes. C’est pathétique. Ensuite, la défense stratégique.

 

 

L’état de déliquescence des armées africaines est si avancé que n’importe quel mouvement armé disposant de quelques pick-up et de Kalachnikov est capable de les mettre en déroute. Je pense qu’il s’agit plus d’armées de répression intérieure que de guerre ou de défense intelligente. Pourquoi ?

 

 

Parce que, comparées aux armées des nations "développées", de la Chine, de l’Inde ou du Pakistan, les forces africaines rappellent plus le Moyen âge que le 21e siècle.

 

Prenons par exemple le cas de la défense anti-aérienne. Il n’y a quasiment aucun pays qui possède un système de défense équipé de missiles anti-aériens modernes .

 

Nous avons encore recours aux canons antiaériens. Les cartes dont disposent certains états-majors datent de la colonisation ! Et aucun pays n’a accès à des satellites capables de le renseigner sur les mouvements de personnes ou d’aéronefs suspects dans son espace aérien sans l’aide de forces étrangères. Quelle est la conséquence de cette inertie ?

 

Aujourd’hui, des pays comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni peuvent détruire, en une journée, toutes les structures d’une armée africaine sans envoyer un seul soldat au sol… Rien qu’en se servant des satellites, des missiles de croisière et des bombardiers stratégiques.

 

A mon avis et je crois que je rêve, si les pays africains se mettaient ensemble, et que chacun accepte de donner seulement 10 % de son budget militaire à un centre continental de recherche et d’application sur les systèmes de défense, le continent peut faire un pas de géant.

 

Il y a en Russie, en Ukraine, en Chine, en Inde, des centaines de scientifiques de très haut niveau qui accepteraient de travailler pour "3000 dollars US " par mois afin de nous livrer des armes sophistiquées fabriquées sur le continent et servant à notre défense.Ne croyez pas que je rigole. Il ne faut jamais être naïf. Si la survie de l’Occident passe par une re- colonisation de l’Afrique et la mainmise sur ses ressources naturelles vitales, cela se fera sans état d’âme.

 

 

Ne croyons pas trop au droit international et aux principes de paix, ce sont toujours les faibles qui s’accrochent à ces chimères.Je pense qu’il est temps de transformer nos officiers (dont 90 % sont des fils à papa pistonnés qui ne feront jamais la guerre .Si nous ne prenons garde je crois que ce continent restera enfoncé dans le sommeil jusqu’au jour où le ciel lui tombera dessus. Enfin, la mondialisation.

 

Malheureusement, comme dans tous les autres sujets qui ont fait leur temps, nos militaires africains sont d’excellents perroquets qui répètent mécaniquement les arguments qu’ils entendent en Occident. A savoir, il faut la rendre humaine, aider les pays pauvres à y faire face .

 

La mondialisation est juste la forme moderne de perpétuation de l’inégalité économique. Pour être clair, ce concept a un but : garder les pays pauvres comme sources d’approvisionnement en biens et ressources qui permettraient aux pays riches de conserver leur niveau de vie.

 

 

Autrement dit, le travail dur, pénible, à faible valeur ajoutée et impraticable en Occident sera fait dans le Tiers-monde. Ainsi, les appareils électroniques qui coûtaient 300 dollars US en 1980 reviennent toujours au même prix en 2015.

 

Et puisque l’Afrique n’a toujours pas un plan cohérent de développement économique et d’indépendance, elle continuera à être un réservoir de consommation où seront déversés tous les produits fabriqués dans le monde.Pour moi, l’indépendance signifie d’abord un certain degré d’autonomie. Mais, quand je vois que des pays comme le Sénégal, le Mali, le Niger, le Tchad ou la Centrafrique importent quasiment 45 % de leur propre nourriture de l’étranger, vous comprendrez qu’un simple embargo militaire sur les livraisons de biens et services suffirait à les anéantir. Pour terminer, je vais vous raconter une anecdote. Je parlais un jour avec un officier connu de la maison à Bouaké .

 

Nous regardions à la télévision les images de millions de Libanais qui défilaient dans les rues pour réclamer le retrait des soldats syriens de leur pays. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait.Il m’a répondu : « Les Libanais veulent retrouver leur indépendance et la présence syrienne les étouffe ». C’est la réponse typique de la naïveté emprunte d’angélisme.

 

Je lui ai expliqué que ces manifestations ne sont ni spontanées ni l’expression d’un ras-le-bol.Elles sont savamment planifiées parce qu’elles ont un but. Israël piaffe d’impatience d’en découdre avec le Hezbollah et puisque Tel-Aviv ne peut faire la guerre en même temps aux Palestiniens, au Hezbollah et à la Syrie, son souhait est que Damas se retire. Une fois le Liban à découvert, Israël aura carte blanche pour l’envahir et y faire ce qu’elle veut.

 

J’ai appelé cet officier il y a un temps pour lui rappeler notre conservation. Malheureusement, il était passé à autre chose. Sa fonction d'officier ne lui a servi à rien. J’espère vraiment qu’un jour,que nous Africains aurons conscience de la force de l’union, de l’analyse et de l’anticipation. L’Histoire nous démontre que la coexistence entre peuples a toujours été et sera toujours un rapport de force.

Le jour ou nous aurons notre arme nucléaire comme la Chine et l’Inde, nous pourrons nous consacrer tranquillement à notre développement. Mais tant que nous aurons le genre de dirigeants que nous avons actuellement, nous ne comprendrons jamais que le respect s’arrache par l’intelligence et la force. Je ne suis pas "optimiste".

Car, si demain l’Union Africaine ou la CEDEAO décide de créer un Institut africain d’études stratégiques crédible et fiable, les personnes qui seront choisies se précipiteront en Occident pour apprendre la manière de l'occident de voir le monde et ses enjeux. Or, l’enjeu est autre, il s’agit de développer notre manière de voir le monde, une manière africaine tenant compte des intérêts de l’Afrique.

 

 

Alors, les fonctionnaires qui seront là, à statut diplomatique, surpayés, inefficaces et incapables de réfléchir sans l’apport des experts occidentaux se contenteront de faire du copier-coller, ce sera un autre parmi les multiples gâchis du continent. Avant que nos ministères des Affaires étrangères ne fassent des analyses sur la marche du monde, ils feraient mieux d’en faire d’abord pour notre propre intérêt. 

 

ADOLPHE INAGBE  POUR LECRIDABIDJAN.NET