A Petroci, les syndicats des travailleurs qui tentent de mettre la pédale douce après deux jours d’une « grève civilisée » ont la mine des mauvais jours. La vente du réseau de stations-service de Petroci à Puma Energy, une filiale locale de Tranfigura, de triste mémoire, et dirigée par le neveu du chef de l’Etat, en rajoute en effet à la confusion et à la peur qui ont envahi les couloirs de ce fleuron des entreprises ivoiriennes. Comme lors du premier coup de force sur le licenciement de cinquante agents, l’ordreest venu, cette fois-ci, du gouvernement qui a annoncé la nouvelle au sortir du conseil des ministres d’hier.

 

 

Comme à son habitude, le porte-parole du g o u v e r n eme n t Bruno Koné, englué dans une sombre affaire avec une société marocaine qu’il veut voir reprendre la place de trois compagnies mobiles locales,égrène les décisions du conseil des ministres, en commençant par la cession du réseau de stations-services de Petroci à Puma Energy.

 Bruno Koné assure que les négociations vont commencer

bientôt avec le ministre du pétrole et de l’énergie mais depuis plusieurs semaines, La Lettre du Continent avait annoncé que la quarantaine de stations services dont disposait encore Petroci a été vendu à Puma Energy pour quelque 20 milliards de francs cfa.

 

La vente a donc été actée après une négociation exclusive avec Puma Energy qui est une filiale locale de Trafigura, la société néerlandaise qui avait déversé,il y a quelques années, des déchets toxiques dans plusieurs quartiers d’Abidjan. Dix sept personnes avaient trouvé la mort à la suite de ce déversement et plusieurs dizaines de milliers d’Ivoiriens avaient été intoxiquées. Il y eut plus exactement 43.492 cas d’empoisonnement selon les chiffres de l’institut national d’hygiène publique.

  Cette filiale locale de trafigura,Puma Energy, est aujourd’hui dirigée par Ahmadou Touré,neveu d’Alassane Dramane Ouattara.

 

 Le ministère de l’énergie et du pétrole évoque la chute des cours mondiaux du pétrole pour justifier cette privatisation.Cette explication est étonnante, car avec les prix actuels,les stations-services tirent le plus grand profit de la chute du prix du baril. Pour répercuter cette chute à la pompe, il faudrait en effet que le prix dans les stations soit ramené à 400 Fcfa.La privatisation du réseau dePetroci n’a donc pas de justification économique à part les liens familiaux qui existent entre le directeur général de PumaEnergy et le chef de l’Etat.

Les syndicats, eux, sont désemparés.Alors qu’ils viennent de mettre fin à une grève de deux jours sur les 72 heures initiaux,aux cours desquels ils ont été présents à leur poste, cette nouvelle vient balayer les premiers efforts envisagés avec la direction de l’entreprise. Ils craignent désormais de nouvelles suppressions d’emplois. 

 

Une cinquante d’employés sont en effet concernés par le réseau de stations-services, y compris tousceux dont l’activité est directement reliée à Petroci Holding. «Pendant combien de temps allons-nous contenir les travailleurs», se demandait hier dans la soirée l’un des délégués du personnel de Petroci. Même si cette cession était en partie prévisible,en revanche, le timing de son exécution n’est pas sans nourrir des interrogations. Et

puis, disent en choeur les travailleurs,« on nous avait dit que leprocessus prendrait du temps ».

 

La radicalisation

 

Cette succession de coups de force dans l’entreprise risque de pousser les travailleurs à la radicalisation.« On a le temps pour discuter. Pourtant, on refuse, ne serait-ce que de nous informer.Nous n’avons pas été associés »,ont réagi, hier, syndicalistes et délégués du personnel. Même le directeur général se serait dit surpris par cette décision qui est la preuve de « la non considération des travailleurs », admet un cadre de l’entreprise. Pourtant,nombre d’entre eux ont passé toute leur vie à construire cette entreprise et on ne peut pas leur manquer de respect de cette façon », pestaient encore d’autres

travailleurs.

 

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