Le révérend N’Goran Koffi Norbert Israël est candidat à la présidentielle d’octobre 2015. Sans faux fuyant, il interpelle ici le Conseil constitutionnel sur l’inéligibilité de Ouattara et proposes des voies pour sortir des incertitudes électorales. Interview.

 

Révérend, pouvez-vous vous présenter ?

 

A l’état civil, c’est révérend Koffi Norbert Israël. Mais en tant que serviteur de Dieu, puisque je suis Docteur de la Parole de Dieu, je suis appelé Dr Norbert Israël N’Goran. C’est donc sous ce nom que partout en Côte d’Ivoire, on me connaît.

 

Vous vous êtes porté candidat à l’élection présidentielle. Quelles sont vos ambitions au niveau national?

 

Quand un enfant nait, ses parents prennent soin de lui et il grandit. Et, à un moment donné, c’est à son tour de prendre soin de ses parents. J’ai grandi, la Côte d’Ivoire a besoin de moi pour lui apporter ce que je sais et ce que je peux, pour que cette Nation devienne ce qu’elle devrait être. Parce que la Nation que le Président Houphouët–Boigny nous a laissée doit devenir plus grande, à l’étape aujourd’hui. Mais la génération à laquelle il a laissé cette nation, quels que soit notre haine ou notre amour pour les un et les autres, nous devons le reconnaître a sa responsabilité dans la destruction du pays. Et il faut reconstruire le pays.

 

Mais si vous voulez reconstruire le pays en tant que berger, homme de Dieu, vous pouvez le reconstruire dans votre église. Pourquoi voulez-vous le faire ailleurs?

 

Mais tous les Ivoiriens ne sont pas à l’église ! Et à notre modeste niveau on leur apporte l’amour, la justice, l’équité, la vérité de Dieu. Mais nous voulons apporter cela à une plus grande dimension. Plus qu’une ambition, c’est un devoir. Tout part d’un rêve qui aboutit sur un projet qui traduit les ambitions que les uns et les autres. Je suis un postulant à la présidence de la République parce  que je veux occuper la magistrature suprême car nos ainés ont failli.

33 dossiers ont été déposés à ce jour à la Cei.

 

 

 

Les ivoiriens peuvent-ils avoir si votre dossier est complet ?

 

Complet, c’est-à-dire ?

C'est-à-dire si tous les documents qui sont exigés par les textes et le code électorale y sont.

Nous n’avons pas encore versé les 20 millions de Fcfa de caution

 

Qu’est-ce qui vous fonde alors à diriger la Côte d’Ivoire si la caution de 20 millions de Fcfa vous manque?

 

Vous croyez que ce sont les riches seulement qui sont appelés à diriger la Côte d’Ivoire ? Vous croyez que les riches sont les plus intelligents?

Mais il faut remplir des conditions pour diriger la Côte d’Ivoire…

 

Le Conseil Constitutionnel va décider.

 

Quand on est berger, on doit donner l’exemple

 

Qu’est-ce que vous appeler « donner l’exemple» ?

 

Être en règle, c’est respecter la loi et les textes, remplir les conditions exigées pour toute chose…

 

Jusque là,  personne n’est contre la loi. Aucun des  33 candidats n’est contre la loi. Cela dit, sachez que la Cei n’est pas juge. La Cei va transmettre les dossiers au Conseil constitutionnel qui va juger et dire la loi. Il va rejeter les candidatures qu’il doit rejeter et retenir celles qui doivent l’être. Et c’est à ce niveau justement que nous, en tant que candidat, avons introduit une requête pour demander l’invalidation des certaines candidatures. Nous sollicitons que des candidatures soient annulées, rejetées.

Ne pensez-vous pas que vous auriez été plus à l’aise pour poser cette requête si votre dossier était complet avec la caution de 20 millions de Fcfa ?

Cela ne me limite pas. Dans la société, lorsque vous posez un acte, vous visez un objectif. Et parfois vous être le seul en mesure d’estimer si vous avez réellement atteint ou non votre objectif.

 

Quel votre premier objectif ?

 

C’est déjà d’entrer dans la sphère électorale pour me faire entendre

Qu’est ce que vous voulez faire entendre au peuple ivoirien?

Ce que je veux dire au peuple ivoirien, c’est que cela fait une bonne décennie, pour ne pas dire une vingtaine d’années, que la loi fondamentale de notre pays est bafouée, nos institutions piétinées. Et cela ne semble hélas gêner personne.

 

Vous avez saisi le Conseil Constitutionnel pour l’invalidation de la candidature de Ouattara

 

Oui, j’ai introduit une requête depuis le 17 août 2015 pour demander l’invalidation de sa candidature. Parce qu’en 2000, il n’y avait pas en Côte d’Ivoire de conseil constitutionnel  mais il y avait la chambre constitutionnelle de la Cour suprême. Laquelle a rendu un arrêt qu’on appelle communément l’arrêt Tia Koné qui a éliminé le candidat Alassane Ouattara pour  des raisons qui, à notre humble avis, n’ont pas changé. Sa filiation demeure la même, le fait de s’être prévalu d’une autre nationalité demeure le même, les arguments sur lesquels le juge s’est appuyé pour prendre sa décision sont toujours là, le code électoral n’a pas changé. Nos disons qu’il faut que le Conseil constitutionnel mettent fin au viol permanent de notre constitution. Il y a trop d’écarts avec les lois.

 

Votre dossier incomplet ne vous incommode-t-il pas lorsque vos donner des leçons ?

 

Ne regardez pas dans la mauvaise direction. La Constitution dit que tout citoyen a le droit de saisir toute les institutions dans le respect de la loi. Et le fait qu’à ce jour je n’ai pas payé ma caution respecte les objectifs que je me suis assignés.

 

Lesquels ?

 

Posons-nous la question du but que je veux atteindre. Je me suis présenté parce que j’ai des objectifs à atteindre. La République doit être fondée sur une nation qui respecte sa constitution, une nation qui ne se renie pas en reniant ses lois. Trop c’est trop, la Côte d’Ivoire s’est trop reniée, il est temps qu’on s’arrête. J’ai franchi ce palier pour porter un message important. Cela dit, je n’ai pas payé les 20 millions, mais en Côte d’Ivoire, il y  des personnes qui ont 20 millions. Les 20 millions ne sont donc pas un obstacle en tant que tel. Mais nous sommes dans une stratégie de combat.

 

Laquelle ?

 

Le message que je veux faire passer est simple. Il nous appartient à nous tous, à tout le peuple, de mettre la pression sur le Conseil Constitutionnel pour lui demander l’application stricte de la Constitution et l’amener à se tenir loin de toute compromission. Voyez-vous, pendant la fête de l’Indépendance, il y a eu un grave erreur, ce qu’on appelle un conflit d’intérêt. Le Président de la République a décoré la femme du président du Conseil Constitutionnel. Quel signal peut-on y voir? Qui plus est, dans le cadre de la visite du président de la République à Séguéla, une affiche a montré le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, qui posait avec des membres du gouvernement, pour appeler à recevoir Ouattara, pour faire sa campagne. Où est l’indépendance de la Cei si son président est en campagne pour un candidat? C’est vrai que je n’insiste pas sur la Cei parce que la Cei n’est pas juge, mais sur le Conseil

 constitutionnel par que c’est ce Conseil est juge. Dans la même foulée, j’ai saisi le Grand conseil parce que ce en pays baoulé, un adage dit qu’ « une affaire ne se gâte pas devant les grands ». Nous estimons que si cette institution a été créée, c’est pour qu’elle puisse intervenir pour apporter les vraies solutions en cas de crise, de litige, de conflit. C’est pourquoi nous l’avons saisie aussi.

 

Quels sont les arguments qui vont peser en votre faveur, pour incliner le Conseil Constitutionnel à vous suivre?

 

Est-ce qu’il y même argument que l’arrêt Tia Koné qui est un arrêt  de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, laquelle a donné naissance au Conseil Constitutionnel.  Le Conseil constitutionnel el respecte vraiment le peuple ivoirien dont il est l’un des bras, dans la continuité des actions de nos institutions, le Conseil constitutionnel ne peut pas passer outre l’arrêt Tia Koné. Je suppose que par l’article 48 de la Constitution, nous avons contourné cet arrêt,  mais l’article 48 ne peut plus être invoqué. Ouattara n’est donc pas éligible. On n’a même pas besoin de le répéter à longue de journée au Conseil constitutionnel qui en est conscient. Mais le conseil constitutionnel semble vouloir jouer les aveugles mais nous sommes là pour le lui rappeler autant de fois que cela sera nécessaire. L’histoire est un témoignage. Voici le sens de mon action.

 

 

 

 

 

Vu que Ouattara a placé à la tête de ces institutions ses hommes, pensez-vous avoir une chance d’être entendu ?

 

Si vous n’avez pas demandé quelque chose à quelqu’un vous ne pouvez pas le juger. Nous le peuple, nous savons que c’est à nous le pouvoir car en démocratie, le pouvoir appartient au peuple et c’est le peuple qui le délègue à des personnes, notamment à un président qui est son représentant et qui exerce ce pouvoir pour lui. Le président n’est donc pas au –dessus du peuple. Il ne doit pas utiliser ce pouvoir contre le peuple. Puisqu’il est l’émanation du pouvoir du peuple. Je ris souvent quand je vois des représentants du peuple parler au peuple comme s’il était une autorité au-dessus du peuple. Il ya un tare que nous devons corriger et c’est aussi pour cela que nous faisons appel à la troisième république. Le président du Conseil Constitutionnel qui est le garant du respect de nos lois et de la Constitution ne doit pas être nommé par un autre représentant sinon il lui mange dans la main. Cela dit, nous avons

 introduit la requête en invalidation de la Candidature de Ouattara. Si ce Conseil bafoue lui-même la Constitution sur laquelle il est censé veiller, je vais saisir la Cours suprême. Si la Cour suprême ne dit pas le droit, le peuple ivoirien va juger et décider.

 

Les partis politiques et les candidats membres de la Coalition nationale pour le changement (Cnc) exigent que les conditions soit réunies avant la tenue de la présidentielle. En tant que candidat, pensez-vous que les conditions sont réunies pour aller à une présidentielle?

 

A ce sujet, je fais la réflexion suivante au sujet d’Affi N’Guessan. Voila un homme qui a demandé le boycott du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) et qui est censé ne pas se reconnaitre dans tout processus qui se fonde sur ce recensement, mais qui curieusement,  cautionnent ce recensement en allant faire acte de candidature, alors que les conditions qu’il a fixées ne sont toujours pas réunies. Je me demande ce qu’il veut au juste. C’est un homme qui n’est pas conséquent avec lui-même. Tu as lancé un appel pour boycotter l’établissement d’une liste. Nous avons dit bravo car c’était une étape de la lutte pour éviter une parodie d’élection. Mais on vient de remettre le résultat de ce que tu as toi même dénoncé, tu l’acceptes et tu te déclares candidat à la présidentielle sur cette base. Allez-y comprendre quelque chose ! Nous observons aussi avec beaucoup de réserve les candidatures des membres de la Coalition. Car lorsqu’on pose des conditions pour aller à des élections et qu’elles ne sont pas réunies, on doit refuser d’aller à ces élections. Mais nous voyons que beaucoup de membres de la coalition sont candidats. Que recherches-t-ils ?

 

Sauf le front populaire ivoirien

J’ai beaucoup de respect pour ce parti. Leur présence dans la Coalition est-elle une bonne chose? Quoi qu’il en soit, en politique, il faut savoir lire loin. Mon action à moi, après avoir posé un pas, c’est d’interpeller le Conseil constitutionnel.

Beaucoup d’acteurs  politique oint proposé une transition, mais ce terme ne plait pas du tout à Ouattara qui la assimilé à une volonté d’insurrection…

La transition apparaît comme la solution qui présente le risque zéro. Le peuple doit soutenir l’idée de la transition, comme un seul homme. Aujourd’hui, les partisans de Ouattara et ceux qui ont cru en « Ado Solutions » ont peur que ceux qu’ils ont persécutés soient habité par un esprit de vengeance. Ils craignent le retour d’un pro Gbagbo au pouvoir. C’est une peur qu’ils expriment tous les jours dans les échanges. Ils  ne concevront pas que Ouattara puissent perdre la présidentielle. Ils vont se dire : «On est fait» car Ouattara n’est plus la pour nous protéger. De l’autre côté il y a ceux qui veulent se libérer de l’oppression, de la prison, de l’exil, des persécutions. Ils veulent mettre fin à un régime qui jette tout le monde ben prison et étant en découdre avec tous les moyens légaux. Or, il est urgent d’aller à la paix pour se réconcilier. Vu cette configuration qui ne rassure pas, la seule chose qui

 peut sauver la Côte d’Ivoire c’est une transition politique. Cette crise qui a commencé avec le coup d’État contre le président Henri Konan Bédié en 1999 et qui s’est accentué avec la rébellion puis la crise post électorale doit être traité en profondeur. Or, rien n’a été réglé. Ceux qui par les bombardements, ont été les vainqueur ont instauré la justice des vainqueurs. Et ceux qui subissent ces justices des vainqueurs cherchent les moyens de se libérer. Car ils ont le droit à la vie.   Ils revendiquent la démocratie, le respect des droits de l’Homme et des libertés pour tous. Ils sont fatigués de l’oppression et de l’emprisonnement. Dans un tel contexte, on ne peut pas aller sereinement aux élections. Ce que vous devez aussi savoir c’est que j’ai saisi le Conseil Constitutionnel pour demander l’invalidation des candidatures de tous ceux qui ont été de près ou de loin, liés à la crise…Donc, le risque

 zéro, c’est la transition sans les figures belligérantes.

 

Vous proposez une transition mais pour Ouattara la négociation avec l’opposition n’est pas à l’ordre du jour. Il ne fait pas un seul geste dans ce sens.

 

Ouattara s’accroche au pouvoir parce qu’il sait que la CPI ne s’en prend qu’aux faibles. Il est très bien placé pour le savoir. D’un autre côté, il est pris en otage pas ceux qui ont fait la rébellion, combattu en sont nom et commis des atrocités. Ils considèrent que le départ de Ouattara sera leur chute. Car les mandats d’arrêts sous scellés de  la CPI planent sur leurs têtes. Ils considèrent qu’ils sont grillés s’ils ne sont plus au pouvoir. Lorsqu’on parle de transition, Ouattara estime que c’est la meilleure façon de le pousser vers la sortie. Il craint qu’on le conduise là où il a conduit les autres. Mais il faut bien aller à la paix. Ouattara qu’il n’a pas la majorité, mais il a l’appareil en main. Qui plus est, la question du désarmement n’est pas encore réglée et les microbes font en outre régner l’insécurité. C’est pourquoi nous appelons Ouattara çà la sagesse. De toute les façons,

Ouattara doit comprendre qu’avec le parcours qu’il a eu jusqu’à la présidence de la République, il a tout gagné. Il doit accepter son inéligibilité et partir. Ce ne serait pas une faiblesse de sa part. Je disque le risque zéro c’est la transition qui doit mettre tout le monde d’accord, pour s’entre sur les modalités pour aller à des élections apaisées.

 

Le front populaire ivoirien appel au boycott de ces élections si les conditions ne sont pas réunies. Qu’en pensez-vous ?

 

Le Fpi a raison. Je ne saurais cautionner une parodie d’élection présidentielle. Je ne suis pas pour des élections dans les circonstances actuelles. C’est pourquoi je pense que la transition est une bonne porte de sortie pour le régime actuelle

 

Interview réalisée par Simplice Allard

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