Vingt (20) ans de prison et dix (10) ans de privation de droits civiques. La cour a eu la main lourde et a été sans pitié pour Simone Gbagbo et les généraux Dogbo Blé, Vagba Faussignaux. On attend aujourd’hui à 15h l’aspect civil de la décision. Tous avaient pourtant plaidé non coupables pendant leur audition et lors de leurs derniers mots à la barre. L’ex Première dame avait pourtant parlé à la conscience de la cour lorsqu’elle réclamait une justice qui réhabilite la Cote d’Ivoire en favorisant la réconciliation. Elle ne sera pas suivie par le juge et les jurés ne lui trouvant aucune circonstance atténuante. De quoi satisfaire Me Soungalo Coulibaly avocat de l’État qui a parlé d’un verdict satisfaisant. Lorsque la décision est tombée à une heure du matin, madame Gbagbo qui a écrasé un sourire semblait affectée par ce verdict que son avocat Me Dadjé a qualifié d’injuste et dénué de bon sens. Pour lui, tout au long des débats, l’accusation n’a apporté la moindre preuve, se bornant à des oui dire. Simone Gbagbo, Dogbo Blé et Vagba Faussignaux ont été reconnus coupables de troubles à l’ordre public, participation à un mouvement insurrectionnel.
Durant les débats les preuves matérielles de ces accusations n’ont pas été brandies de façon indiscutable. Le parquet général avait même reconnu l’inexistence des preuves en soutenant que dans le cas d’espèce les seules déclarations à la barre et les dépositions des témoins suffisaient pour le jugement. En outre les débats s’étaient cristallisés sur la démonstration de la légitimité du régime Ouattara entre le 4 décembre 2010 et le 4 mai 2011. L’assistance est restée sur sa faim car les avocats de l’État ont mis en avant la primauté des décisions onusiennes sur la constitution ivoirienne. Dans tous les cas le procès s’est limité à de la littérature juridicopolitique là où l’on attendait des éléments matériels. Toutefois la cour avait le dernier mot en se fondant sur »l’intime conviction ». Elle a tranché en dernier ressort en toute impartialité et sous l’influence de la déesse Thémis, selon l’expression du juge Dembélé Tahirou.

Une décision tout de même discutable

C’est le doyen des avocats de la défense qui, très amer à cette première heure du mardi, a été le premier à dénoncer un verdict à la tête du client. « On a distribué des peines à la tête du client », se désole Me Djirabou. »Sur quoi repose cette condamnation de vingt ans ? C’est une loterie. Nous ne pouvons pas concevoir qu’en l’état actuel du droit, on puisse agir ainsi. Je ne peux pas apprécier cette condamnation. Si nous sommes déçus aujourd’hui ce n’est pas parce qu’on a prononcé des condamnations mais parce que le droit n’a pas été dit. Pendant deux mois nous avons mené les débats mais aujourd’hui quelle est la décision ? Quel est son fondement ? Le droit n’a pas été dit et je trouve que c’est dommage pour la Cote d’Ivoire », a ajouté le vieil avocat qui n’est pas à son premier dossier politique. En 1992, il avait défendu Laurent Gbagbo et ses compagnons arrêtés lors de la marche du 18 février par le même Alassane Ouattara. On pourrait suivre l’avocat dans ses commentaires à l’examen des peines qui variaient d’un client à l’autre pour les mêmes chefs d’accusation dès le départ. A examiner le niveau des responsabilités dans l’appareil Gbagbo au cours des événements en question, il est à se demander pourquoi Bro Grebé prend 10 ans alors qu’elle n’a que fait de la mobilisation, de même qu’Affi N’guessan qui bénéficie presque d’un non-lieu. Des ministres du gouvernement Aké N’gbo condamnés à seulement 24 mois quand de jeunes partisans du président Gbagbo sont lourdement condamnés pour avoir été arrêtés à la résidence présidentielle. Plus inimaginable est encore la décision contre Dogbo Blé et Vagba qui ont agi sous les ordres du Cema Philippe Mangou qui a fait allégeance à Laurent Gbagbo et bombardé ambassadeur aujourd’hui. Le parquet n’a même pas daigné l’inviter ne serait ce qu’à titre de témoin.

Ouattara et sa peur bleue de la famille Gbagbo

Si la condamnation de Simone Gbagbo n’est pas surprenante, condamnée qu’elle était déjà par l’opinion pro Ouattara avant même tout jugement, celle de Michel Gbagbo pourrait relever de l’irrationnel. En effet, il est de notoriété que le fils de Gbagbo est resté loin de l’arène politique sous le mandat de son père. Il est l’exemple même de l’humilité pour ceux qui ont eu à le fréquenter. Michel Gbagbo est professeur à l’Université et sous Laurent Gbagbo, sans être indifférent à la chose politique, il s’était plus bâti une popularité chez ses étudiants. Il était donc curieux d’apprendre que Michel Gbagbo était à la tête d’une bande armée à Port Bouet 2, un quartier de Yopougon. Après le père, expédié manu militari à La Haye en novembre 2011, après l’épouse humiliée, injuriée, sévèrement battue et aujourd’hui lourdement condamnée, voici le fils dans les méandres judiciaires.

Les méandres de la justice selon Ouattara.

Un remake de 1992. Cette année là, le père, la mère et le fils avaient passé un séjour en prison sur fond de lutte pour le pouvoir. Et dans cette optique, Ouattara ne fait pas dans la dentelle pour tout ce qui a trait à son adversaire qu’il redoute de manière exécrable. Sinon comment comprendre la lourde peine infligée également à Sangaré Abou Dramane, le fidèle ami de Laurent Gbagbo. 5 ans de prison et de privation de droits civiques. Une peine qui l’éloigne des manettes du Fpi que le régime Ouattara veut voir être dirigé par un Affi N’guessan plus docile et plus malléable. Hier à la barre, celui-ci ne plaidait-il pas pour sa seule personne quand Simone Gbagbo et Sangaré faisaient un plaidoyer d’ensemble, incluant les jeunes accusés et Laurent Gbagbo au nom de qui tous subissent aujourd’hui le triste sort.

S. Debailly

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20 ans ferme pour l’ex-Première dame, 15 acquittés (verdict)

Par Géraldine YANON

La justice ivoirienne a condamné mardi à 01H00 GMT l’ex-Première dame de Côte d’Ivoire, Simone Ehivet Gbagbo, 65 ans, à une peine de 20 ans de prison pour son implication dans les violences postélectorales de novembre 2010 à avril 2011, à l’issue d’un procès en assises.

« 20 ans d’emprisonnement, dix ans d’interdiction de jouir de ses droits civiques » pour les faits « d’atteinte à l’autorité de l’Etat, trouble à l’ordre public, participation à un mouvement insurrectionnel », est le verdict rendu par Dembélé Tahirou, président de la Cour du tribunal d’Abidjan-Plateau (centre des Affaires).

Pour Me Rodrigue Dadjé, avocat de Mme Gbagbo, la condamnation de sa cliente « répond à des projets » pour « l’écarter du jeu politique », n’étant pas basée sur des « éléments de preuves » qu’il dit « ne pas exister ».

Pour lui, il ne faut compter sur « aucune grâce présidentielle » mais « pourvoir en cassations » espérant que la « Cour au-dessus prenne ses responsabilités » et déclare tous les condamnés « non coupables parce qu’ils n’ont rien fait ».

Le vice-amiral Vagba Faussignaux et le général Bruno Dogbo Blé, ex-commandant de la garde républicaine, ont écopé de « 20 ans d’emprisonnement (et) dix ans d’interdiction de jouir » de leurs droits civiques pour « atteinte à l’autorité de l’Etat, troubles à l’ordre publique, participation à un mouvement insurrectionnel ».

L’ex-présidente des « femmes patriotes » de Côte d’Ivoire, Géneviève Bro Grébé, a été condamnée à « dix ans d’emprisonnement et cinq ans de privation des droits civiques », tandis que le « milicien » Jean-Marius Keipo alias « Petit marteau » a reçu « 15 ans d’emprisonnement et de privation des droits civiques ».

« Cinq ans d’emprisonnement et de privation de droits civiques » ont été prononcés à l’encontre de l’ex-ministre des Affaires étrangères Abou Dramane Sangaré, l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) basée à Dakar au Sénégal, Philippe-Henri Dacoury-Tabley et le fils de l’ex-président ivoirien détenu à La Haye depuis 2011, Michel Gbagbo.

L’ensemble des membres du gouvernement Aké N’Gbo et d’autres proches de l’ex-président déchu, parmi lesquels l’ex-ministre des Affaires étrangères Alcide Djédjé, le président du parti de Laurent Gbagbo Affi N’Guessan, ont écopé d’une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis.

Pour Me Mathurin Dirabou, avocat à la défense, que ce procès ait été « politique ou syndicaliste, le droit n’a pas été dit », estimant que les condamnations ont été faites à la « tête du client » et les « peines ont été distribuées comme à la loterie ».

Me Coulibaly, avocat de la partie civile, s’est dit « satisfait des décisions rendus ».

Quinze accusés dont Guiboni Sinsin, opérateur économique, Lorougnon Maurice et Armand Bohui ont été acquittés par la Cour.

Les condamnés ont un délai de cinq jours pour faire appel en cassations.

Mardi à 15H00 GMT (heure locale), la Cour devra statuer sur les 2.000 milliards de Fcfa requis comme dommages et intérêts par les avocats de la partie civile dans leur réquisitoire, une demande jugée « irrecevable » par la défense.

GAP