Komaraté Souleymane dit Soul To Soul, chef du protocole du président de l’Assemblée nationale croupit en prison, à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), depuis le 9 septembre 2017. Interpellé dans l’affaire dite de caches d’armes à Bouaké, il a été présenté devant un juge d’instruction ce 9 septembre, suivi de son arrestation. Selon le procureur de la république, six tonnes d’armes, « des lance-roquettes, des RPG7, des mitrailleuse 12.7, des fusils d’assaut AK 47, des bombes pour mortiers prêtes à l’emploi », avaient été découvertes dans la résidence de Soul To Soul à Bouaké.

Contre lui, ont été retenues les charges de « détention, entreposage, cession d’armes de guerre et de munition première catégorie, complot contre l’autorité de l’Etat ». Bientôt, trois mois que le chef du protocole de Guillaume Soro est en prison, en attente du début de son procès.

Victime ou coupable ?

L’affaire dite de caches d’armes qui a entraîné l’arrestation de Komaraté Souleymane est intervenue dans un moment de tensions entre le président Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Les deux hommes se regardaient en ennemis. Le premier est accusé de tenter de barrer par tous les moyens le chemin de la présidentielle 2020 au second, quand ce dernier est accusé d’être l’instigateur des soulèvements militaires de début janvier 2017 contre le régime. Et l’affaire de caches d’armes serait un moyen de couler Soro. C’est le premier mis en cause dans cette affaire qui le dit.  

« Aujourd’hui, à cause de mon patron Guillaume Soro, je suis en prison. Parce que ce n’est pas moi qu’on vise! Je suis trop petit dans cette affaire! C’est mon patron qu'on cherche. Et moi le petit, je dois payer! Est-ce parce qu’on estime qu’il serait un obstacle au 3ème mandat d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire en 2020 ? », avait écrit Soul to Soul depuis sa cellule de la Maca.

Et survient la paix des braves

Seulement, voilà qu’entre septembre et novembre, pendant que le chef du protocole respire l’air infect de la détention, beaucoup d’eaux ont coulé sous le pont entre les deux principaux protagonistes. Le président de la république, Alassane Ouattara, et le président de l’Assemblé nationale, Soro Kigbafori Guillaume, ont récemment fait la paix des braves et fument visiblement le calumet de la paix.

Il y a trois semaines, ils se sont rencontrés pour faire la réconciliation des braves et l’on a revu par la suite, au SARA 2017, Soro Guillaume dans une posture qui témoigne de cette paix retrouvée entre les deux hommes. Pour parvenir à cette fin, le chef de l’exécutif et celui du législatif ont dû faire des concessions lors de leur(s) rencontre(s) secrètes. Le contraire aurait étonné. Nul doute que le sujet Komaraté Souleymane a été évoqué.

La sérénité de Soul To Soul

Pour le prisonnier, c’est le président Alassane Ouattara qui l’a fait coffrer, à cause de Guillaume Soro. « Ce lundi 9 septembre, dans la nuit, j’ai traversé la ville comme un animal en cage, entouré d’hommes armés jusqu’aux dents, envoyés par Alassane Ouattara pour m’ôter la liberté.  Dans le chant des sirènes militaires et le calme de la nuit envahissant mon pays, j’ai pu me souvenir d’un passé pas si lointain… Si l'on doit m'ôter la vie pour que mon patron Guillaume Soro soit sauf, alors je suis prêt. Alassane Ouattara peut me retirer le souffle de vie. J'aime mon patron Guillaume qui ne m'a jamais trahi et ce, depuis que nous nous sommes connus à l'université. Un homme comme celui-là mérite qu'on lui consacre sa vie. Je suis sans crainte car je sais qu'il veillera sur ma famille. Mes enfants sont ses enfants. Ma mère est sa mère », a écrit Soul To Soul dans sa lettre.

Si l’on s’en tient à sa missive, le chef du protocole de Soro se dit victime d’un coup monté de toutes pièces contre lui. « … Quelle est cette aberrante histoire d'armes dont on veut me faire à tout prix le détenteur exclusif ? Où aurai-je pu trouver l'argent pour les acquérir ? Comment tout seul, j'aurais pu les entreposer dans ma maison? Je n'en connais même pas les calibres ni la quantité. Oui, je suis victime de moi-même ! J'aurais dû dire Non. Non. Et refuser de céder ma maison pour que les militaires s’en servent comme base logistique pour leurs opérations, quand tous nous étions reclus au Golf. Ceux qui, par peur, n'ont pas voulu prendre de tels risques sont bien tranquilles aujourd'hui. Et moi je suis en prison à cause de ces armes qui ont mis Alassane Ouattara au pouvoir. Si telle est la volonté de Dieu, alors je m'incline…. ».

Ouattara et la justice dans un dilemme

Que vont donc faire le président Ouattara et Guillaume Soro. Vont-ils sacrifier Soul To Soul sur l’autel de leur réconciliation. Pour le premier, il serait difficile de faire blanchir le mis en cause après les graves charges retenues contre lui, charges pour lesquelles d’autres ivoiriens, notamment des proches de l’ex-président Laurent Gbagbo, croupissent en prison depuis la fin de la crise post-électorale. Le faire risque donner aux Ivoiriens la preuve que la justice ivoirienne est partisane, partiale et aux ordres du chef de l’Etat. Surtout qu’il y a quelques jours, un jeune militant du FPI a été arrêté, jugé et condamné à 15 jours de prison pour avoir seulement brandi une banderole sur laquelle on lit : « libérez Gbagbo ».

Par ailleurs, cette décision confirmera les dires de l’accusé et de tous les proches de Soro qui n’ont de cesse affirmé qu’il s’agit d’un complot contre leur mentor. Ouattara aura fait mentir non seulement la justice ivoirienne mais aussi les enquêteurs de l’ONU venus expressément pour enquêter sur cette affaire. Toute chose qui renforcera la mauvaise image que certains observateurs de la politique ivoirienne ont de lui et qui n’hésitent pas à le traiter de dictateur, de monarque ou de tyran.

Soro va-t-il sacrifier son compagnon ?

Mais si jamais, le chef de l’Etat veut aller jusqu’au terme de la procédure judiciaire qui pourrait déboucher sur une condamnation de Soul To Soul, que va faire Soro ? Va-t-il laisser faire et accepter que celui qui a dit être prêt à mourir pour lui, soit effectivement condamné ? Va-t-il sacrifier son compagnon de lutte sur l’autel de son projet présidentialiste ? De retour d’Hexagone où il avait passé deux mois, sur le sujet Komaraté Souleymane, Soro a confié qu’il se trouvera des gens pour dire la justice. S’il se trouve que ces gens arrivent à prouver l’innocence de Soul To Soul, quel camouflet pour Ouattara et son clan ! Ils auront démontré une capacité de nuisance, une volonté manifeste de détruire un innocent et mettre en péril sa famille, juste pour des intérêts égoïstes et parce qu’ils n’ont pas le cran de toucher directement leur cible !