Al’issue du conseil des ministres hebdomadaire, tenu hier, à Abidjan,le gouvernement a pris des mesures administratives contre les responsables du CHU de Cocody que sont le Pr Jean Claude Kouassi, Directeur Général du CHU, le Pr Yavo Tetchi, chef du service des urgences et Madame Marie-Yolande Abo, surveillante d’unité de
soins des urgences. Tous sont suspendus de leurs fonctions en attendant les conclusions des
enquêtes judiciaires sur le décès survenu récemment, du jeune mannequin, Awa Fadiga. L’information a été rendue publique par le ministre Bruno Nabagné Koné, porte-parole du gouvernement, au cours d’une conférence de presse que l’homme a animé juste au
sortir de la salle du conseil. Une décision qui froisse quelque peu, l’honneur du Pr. Raymonde Goudou Coffie, la ministre de la santé et de la lutte contre le Sida, qui au lendemain de la disparition de la jeune fille, avait vite fait de dégager la responsabilité des médecins
du Chu de Cocody, violemment mis à l’index par l’opinion publique et les réseaux
sociaux. Elle-même s’en tire à bon compte dans cette affaire où plusieurs voix réclamaient sa tête. Selon des sources proches du palais ivoirien, ce n’est pas l’envie qui avait manqué à Alassane Ouattara, poussé dans le dos par des faucons de son propre camp. Mais la ministre aurait eu la mise sauve grâce à la grande influence de Mme Dominique Ouattara avec laquelle elle entretiendrait d’excellents rapports. Jusqu’à hier soir, au moment où nous
bouclions, la direction générale du Chu de Cocody, n’avait pas encore eu notification de la décision gouvernementale. Mais, de sources médicales, l’on indiquait hier, la colère sourde du personnel soignant qui trouve la sanction injuste, vu que dans cette affaire, les médecins ne sont nullement en cause, mais plutôt la mauvaise politique de santé du régime, qui fait que le personnel soignant ne dispose même pas du minimum de soins pour traiter les patients, les services d’urgence y compris. D’ailleurs comme si le gouvernement voulait donner du
grain à moudre aux tenants de cette thèse, il a annoncé hier, le déblocage futur d’une somme de 3 milliards de F Cfa pour la rénovation et l’équipement des trois centres hospitaliers universitaires (CHU) d’Abidjan et les centres de santé de la périphérie abidjanaise.
Un grand écart sur lequel surfera certainement le syndicat national des cadres supérieurs de
la santé (Synacass-CI), dont le bouillant Secrétaire général, le Dr Atté Boka anime aujourd’hui une conférence de presse sur les mesures administratives prises contre trois de ses camarades. Une décision qui apparait comme une porte de sortie que s’est aménagé
le régime, malmené dans l’opinion suite à la disparition d’Awa Maïga dans les conditions
que tous savons. Mais en réalité, une sorte de cache-sexe pour masquer la faillite de la politique du gouvernement en matière de santé publique. Car pour mémoire, à l’avènement du régime, celui-ci, vouant certainement mettre plein la vue aux Ivoiriens, avait initié, malgré les réserves des professionnels du secteur, une politique dite de gratuité des soins
qui du reste a fait long feu. Mais enfermé dans son orgueil habituel et ne voulant nullement admettre l’échec de sa politique aventurière, le pouvoir instaurera par la suite, « la gratuité ciblée ». Là en-core, il ne fut pas plus heureux, la mesure ayant du mal à s’appliquer
dans les hôpitaux, faute d’équipements adéquats. Bien au contraire, cela a plutôt donné
droit à des scènes de violence entre parents de malades et le personnel soignant, les premiers s’étant convaincus que les seconds gardaient par devers eux, les médicaments mis à leur disposition pour accueillir les patients. Des stocks qu’ils commercialiseraient
ensuite, pour leur propre compte, dans des circuits parallèles jugés plus juteux. Voilà où
conduit la propagande démagogique d’un pouvoir qui a visiblement décidé d’enfermer son
action dans la communication politique et les effets d’annonce. Peu importe que cela cause des drames dans les différents hôpitaux du pays. Pour mémoire, fin mars dernier, Awa Fadiga, jeune mannequin ivoirien de 23 ans, qui avait toute la vie devant elle, était
agressée sauvagement vers 22h, par un conducteur de taxi-compteur, qui l’a, par la suite, éjectée du véhicule, la laissant pour morte sur le macadam, dans les environs du camp de gendarmerie Agban. La jeune fille, découverte quelques instants après par de bons samaritains, sera aussitôt évacuée au CHU de Cocody où elle restera sans soins pendant
15h d’horloge, malgré son état fort préoccupant. C’est le lendemain à 13h que la prise en main commencera effectivement avec l’arrivée sur les lieux, des premiers parents de la blessée. Mais malgré la mobilisation des fonds que nécessitait son état de santé,
Awa Fadiga décèdera pour avoir perdu beaucoup de sang et surtout, être restée trop longtemps sans le moindre soin. De là naîtra une terrible polémique entre les
parents de la défunte et la direction du Chu de Cocody, les premiers accusant les seconds
d’avoir laissé mourir leur enfant pour une ordonnance de 12000 F Cfa. Une charge que le personnel soignant a réfute en indiquant plutôt le manque criant de médicaments
dans les services d’urgence du Chu. La Côte d’Ivoire entière en avait été prise d’émoi
et s’invitant dans le débat, RFI a même consacré une émission entière, « question d’actualité », au sujet. Et depuis, le scandale continue de chauffer les chaumières de la cité même longtemps aprèsl’inhumation de la regrettéeAwa.▄
Aujourd’hui / du Jeudi 10 Avril 2014