Cela fait aujourd’hui une semaine, jour pour jour, que le chef de l’Etat s’est
envolé en direction de la France pour un contrôle médical,après une convalescence
d’environ six semaines, observée à Abidjan, et faisant elle-même suite à l’opération de la sciatique subie par le dirigeant ivoirien début février 2014 à l’hôpital américain de Paris. Un voyage sur lequel la présidence ivoirienne entretient l’énigme la plus totale, se contentant comme à ses bonnes vieilles habitudes d’un communiqué laconique annonçant
juste que le chef de l’Etat est en France, en séjour privé. Pas plus. Qu’est-il y allé faire ? Quel
est son agenda ? A quand son retour ? Motus et bouche cousue comme pour dire : « circulez, y a rien à voir ! » L’occasion faisant le larron, les détracteurs d’Alassane Ouattara s’engouffreront dans cette brèche pour décrier d’abord le petit jeu de cachecache
du Palais d’Abidjan avec les Ivoiriens avant de faire remonter des informations en provenance
de Paris et faisant état d’une santé toujours préoccupante du n°1 ivoirien. Ainsi, alors
que certaines sources annoncent ce dernier, en internat, à l’hôpital militaire de Toulon, d’autres au contraire, les partisans d’Alassane notamment, soutiennent plutôt
qu’il est à Mougins, dans le sud de la France où l’homme possède une résidence privée. Elles
assurent que Ouattara va bien et même très bien et aurait retrouvé toute la plénitude de ses jambes au point de s’adonner à au point de s’adonner à des séances de foot avec ses petits enfants.

On serait bien curieux de voir la vidéo pour louer la magie de la médecine moderne et particulièrement des toubibs de Ouattara qui en l’espace de quelques deux mois, auront fait d’un grand malade, un footballeur à la flexibilité de cheville retrouvée. Sacrés ADOrateurs, qu’est-ce qu’ils ne feraient pas pour nous faire prendre les vessies pour des lanternes? Bref, c’est dans cette atmosphère de controverse relancée sur la santé du chef de l’Etat que sur place, à Abidjan, l’on assiste, depuis quelques heures, à une passe d’armes entre
deux ex-chefs de guerre, que sont le colonel Issiaka Ouattara dit Wattao, commandant en second du CCDO et de la garde républicaine (GR) et le commandant Koné Zakaria, patron de la police militaire. A l’origine, un rapport publié ces jours-ci par un groupe d’experts de l’Onu, ayant enquêté sur le trafic du diamant ivoirien frappé d’embargo. Dans leurs conclusions, les enquêteurs indiquent que « les mesures et les restrictions imposées par le Conseil
de sécurité de l’Onu n’empêchent toujours pas le commerce illicite de diamants bruts ivoiriens. » Deux personnes ont été épinglées. Il s’agit du lieutenant-colonel Issiaka Ouattara dit Wattao et un ressortissant malien nommé Sékou Niangadou qui serait le
complice du premier cité, dans la commercialisation du diamant dans la zone diamantifère de Séguéla, en violation de l’embargo.

Le rapport soutient avec force et détails que « le réseau de Niangadou a effectué des paiements en espèces, à deux officiers de l’armée ivoirienne dont le lieutenantcolonel
Issiaka Ouattara. (…) Le Groupe est à même de confirmer que les principaux négociants de
diamants y payent des éléments des FRCI sous le commandement d’un capitaine connu sous le nom de Delta et d’un lieutenant, nommé Djomané Ayba, deux seconds de l’ancien commandant de zone, Wattao, pour être autorisés à faire le commerce des diamants
bruts et à les exporter illégalement ». Des accusations directes, prises en plein visage
par le n°2 de la garde républicaine et qui pour se défendre,renie en bloc les conclusions des
enquêteurs onusiens. Il va même plus loin en indexant à son tour,le commandant Koné Zakaria,qui n’est pas forcément son meilleur ami au sein de l’administration Ouattara. « Je me suis toujours tenu à l’écart du diamant et de l’or parce que leur exploitation
envoie toujours des problèmes.Pendant la rébellion armée de 2002, j’ai reçu plusieurs
fois la visite d’experts du processus Kimberley, venus s’enquérir de l’état d’exploitation artisanale du métal précieux à Séguéla. Ces experts vivent toujours et ils peuvent
témoigner. Avant moi, il y avait un commandant à Séguéla (Ndlr : Koné Zakaria). Quand je
suis arrivé, je me suis tenu loin des sites. Aujourd’hui, ceux qui y sont, peuvent témoigner. Il suffit d’y faire un tour. Les chefs de village et de communautés sont toujours en place..», a confié hier,Wattao à notre confrère l’Inter auquel il a bien voulu se confier sur la question. Approché sur le sujet, un proche du commandant Koné Zakaria a indiqué que l’allusion
de Wattao est non seulement maladroite mais montre le manque de sérénité de ce dernier
face aux accusations des experts onusiens. Et que Wattao n’a qu’à se débrouiller tout seul dans cette affaire à laquelle n’est nullement mêlé Koné Zakaria. Voilà qui montre le degré de sympathie entretenue par les deux ex-chefs de guerre, qui on le sait, on un vieux
contentieux à solder. On se souvient qu’un jour de 2006, la haute hiérarchie de la rébellion ivoirienne de 2002, décida de relever de ses fonctions, Koné Zakaria, alors tout-puissant commandant de zone régnant aussi bien sur le cacao et le bois de Vavoua que
sur le diamant de Séguéla. Il fut remplacé au poste par Wattao,alors en charge de la sécurité de la ville de Bouaké,- le quartier général de la rébellion-, et bien connu pour entretenir une relation fusionnelle avec Guillaume Soro. Coupée de cette manne financière,Zakaria fut isolé au Burkina voisin d’où il reviendra à la veille de la présidentielle de 2010. Selon ses proches,
l’homme n’a jamais digéré cet épisode de la rébellion et attendrait le moment opportun pour
prendre sa revanche sur ses adversaires, au sein de son propre camp. C’est pourquoi, observent nos sources, il ne faudra pas compter forcément sur lui pour sauver le soldat Wattao sur ce coup-ci. Aussi, notent des analystes,si le patron en second du
CCDO a décidé de porter la charge contre Zakaria, un ouattariste bon teint, ce n’est point un
hasard, mais plutôt un signal ainsi émis en direction du chef de l’Etat lui-même, pour signifier
que jamais, lui, Wattao, ne se laissera liquider aussi facilement par le régime, surtout après avoir fait le sale boulot. Et qu’au pire des cas, il ne coulera pas seul, mais bien avec tout le monde, du moins avec tous ceux qui se sont compromis avec lui, depuis la création de la rébellion jusqu’au 11 avril 2011. . Ca promet ! Le temps de la confusion dans le camp des ennemis de Gbagbo,annoncé par le prophète Koné
Malachie, est-il arrivé ? Verra bien, qui vivra.
Aujourd’hui / du Vendredi 25 Avril 2014