Lundi 18 septembre 2018 - En Côte d’Ivoire, l’opération engagée par la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance auprès de la Justice visant certains élus et gestionnaires d’actifs gouvernementaux est, selon nos révélations, la face visible d’un iceberg de règlements de comptes interne au RDR.

 

Prétexte qu’un fils n’a pas besoin d’attendre des instructions pour défendre l’honneur de son père, le Premier ministre ivoirien, Ministre du budget et du Portefeuille de l’Etat, a appelé le secrétaire Général de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), Koffi Kablan Marc-Antoine. Il lui a fait injonction d’engager immédiatement des poursuites pénales contre un certain nombre de hauts cadres, bien ciblés. Avec pour dessein de planter un clou judiciaire dans leurs souliers en cette période électorale. Sans en référer à N’Golo Fatogoma Coulibaly, président de la HABG en voyage en Belgique pour des soins, le Secrétaire général de cette institution a, sur la base des documents à charge transmis par Amadou Gon Coulibaly, saisi le Procureur de la République.

 

Dès la saisine, le procureur Adou Richard a annoncé avoir ouvert une information judiciaire contre 15 hauts responsables ivoiriens pour des faits de « corruption, abus de fonctions, détournement de deniers publics et privés, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux ».

Et pour bien faire sentir la pointe de l’épée de Damoclès sur la tête des uns et des autres, le Procureur Adou laisse entendre que : « outre ces 15 dossiers, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance a informé le Parquet que plusieurs autres dossiers sont en cours d’examen ».

Ces mesures unilatérales et surtout l’activisme du Premier ministre ne font pas l’unanimité au sein du RDR, et c’est un euphémisme. Selon nos sources, la quasi-totalité des militants estiment qu’Amadou Gon Coulibaly est en train d’agrandir le fossé de division entre les cadres du parti. Tous font le constat amer que depuis sa nomination à la tête du Gouvernement, le Premier ministre a réussi à brouiller Alassane Ouattara et Guillaume Soro, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara Ouattara et l’Union européenne.

 

Peu ouvert au dialogue, totalement fermé à la contradiction, il use de sa position pour engager l’appareil d’Etat dans une campagne de règlements de comptes personnels. Son vocabulaire est émaillé de propos belliqueux du genre : je vais les écraser, je vais les broyer, ils verront qui je suis dans ce pays etc.

Selon les cadres de son parti, Amadou Gon Coulibaly est en train de donner du RDR, l’image d’un parti de fripons et de ripoux. En effet, environ 80% des personnes visées par l’information judiciaire sont des cadres du RDR, avec qui il entretient des divergences. La corrida judiciaire qu’il vient d’ouvrir, positionne de facto le RDR au rang de parti le plus corrompu de Côte d’Ivoire et donne du poids aux accusations de l’Union européenne sur la poussée exponentielle de la corruption sous le régime Ouattara.

L’Union européenne, en effet, avait dénoncé « les largesses financières dont bénéficient les cercles du pouvoir » et « une classe dirigeante dont l’enrichissement ces dernières années est parfois spectaculaire », dans un rapport confidentiel qui a fuité en juillet 2018.

Un cadre du RDR, dirigeant d’une société à participation publiques, que nous avons contacté sur ce qui s’apparente à une chasse aux sorcières, ne manque pas de s’étrangler d’indignation : « si ADO veut vraiment lutter contre la corruption, au lieu de s’en prendre aux DAF ou aux DG, il devrait plutôt s’en prendre aux ministres, qui sont les ordonnateurs des dépenses ». Car, avance-t-il, tout le monde sait que les plus grands corrompus de Côte d’ivoire sont dans l’entourage immédiat du Chef de l’Etat. Et notre ancien ministre de prophétiser : « Comme Pierre Laval conduisit le Maréchal Pétain sur le chemin de l’indignité nationale et à la peine de mort, Amadou Gon Coulibaly Search Amadou Gon Coulibaly est en train de conduire Alassane Ouattara sur le chemin de l’humiliation et de la perte ». Ambiance.