Abidjan (Côte d'Ivoire) - Deux témoins à charge se sont contredits, jeudi, à la barre de la Cour d’Assises dans le cadre du procès de Simone Gbagbo poursuivie pour des faits crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

 

Le premier témoin, dame Awa Ouattara, interrogée sur les tueries des femmes d’Abobo, lors de la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011, a peiné à expliquer les faits dont elle dit être ‘’témoin’’, donnant des réponses faites ‘’d’amalgames’’ qui irrite, par moments, le président de la Cour.

 

‘’Est ce que vous avez vu des gens en train de tirer à partir des chars ?’’ , interroge Me Mathurin Dirabou de la défense. ‘’Non, je n'ai vu personne mais j'ai entendu un grand brut de tir’’, répond le témoin soutenant ‘’avoir vu deux femmes tombées près de moi’’.

 

‘’Est-ce que le témoin a vu d'où venait les tirs ?’’, demande Me Rodrigue Dadjé. ‘’Non je n'ai pas vu mais j'ai entendu ‘’, répond Awa Ouattara. Sur la présence du Commando invisible à Abobo, elle dit ‘’qu’il faisait leur travail pour la sécurité d’Anyama’’.

 

A la question de savoir si le Commando invisible tirait sur les policiers et gendarmes à Abobo, le témoin répond ‘’oui, j'ai appris que des policiers ont été tués’’. ‘’Puisqu'elle sait que le commando invisible tuait des policiers à Abobo, pourquoi dit-elle que ce sont des chars qui ont tiré ?’’, interroge, encore Me Dadjé.

 

‘’Ce qui est sûr, je sais que ce sont les chars qui ont tiré mais je ne sais pas qui a tiré’’, déclare dame Ouattara. Sur la relance de la même question, le témoin se dédie à la barre. ‘’Je n’ai jamais entendu parler que des policiers ont été tués car je suis allée aux obsèques de mon père au village deux mois avant la date de la marche’’, souligne-t-elle.

 

Dame Awa Ouattara soutient, également, avoir été informée ‘’du bombardement du marché de Siaka Koné, de la marche sur la RTI.

 

‘’Pourquoi le témoin a-t-il soutenu dans sa déposition en instruction que ce sont les militaires de Gbagbo qui ont tiré, alors que dans sa déclaration à la barre elle soutient n'avoir pas vu le tireur ?’’, demande Me Dadjé.

 

‘’Je n'ai pas vu quelqu'un tirer, j'ai vu des chars tirer. Mais comme on marchait pour le départ de Gbagbo, c'est pourquoi j'ai dit ça’’, se défend Awa Ouattara qui commence à balbutier face aux questions de la défense, l’obligeant à donner des versions contradictoires à sa déposition pendant l’instruction.

 

Sur l’un de ses balbutiements, le président Boitchy Kouadio suspend l’audience pour une pause. A la reprise, c’est le témoin Moussa Bamba qui est appelé à la barre pour relater sa version des faits. ‘’Lors de la marche des femmes d’Abobo, je me trouvais devant la mairie où j’ai même ramassé certains corps des victimes’’, déclare-t-il.

 

‘’Avez-vous vu des chars tirer ?’’ , demande le juge. ‘’Non, je n'ai pas vu de chars tirer mais j'ai entendu trois coups de canon’’, répond-t-il, déclare le témoin. ‘’Vous n’étiez pas sur place, comment pouvez-vous savoir que ce sont des chars qui ont tiré ?, rebondit le président Boitchy.

 

Cette question embarrasse le témoin qui donne une version contraire à celle du précédent témoin, sur le lieu de rassemblement. Tandis que dame Awa Ouattara déclare que le rassemblement s'est effectué au rond point du Banco, Moussa Bamba soutient que le rassemblement eu lieu au rond point de la mairie d’Abobo.

 

‘’Est ce que c’est Mme Gbagbo qui a tiré’’, interroge le Procureur général Yéo Aly. ‘’Non, ce n'est pas elle, mais ce sont ses chars’’, répond le témoin affirmant que sa fille Massany Bamba est parmi les 7 femmes victimes.

 

Le procureur lui demande des pièces justificatives, de ce qu’il est le père de la victime. Suite à cette requête, le témoin se presse de remettre au procureur une photo de la victime, un extrait d’acte de naissance et un certificat du genre mort antidaté.

 

A la lecture des documents, le juge découvre des irrégularités et fait savoir au témoin qu’il n’est pas le père géniteur de la présumée victime nommée Massany Bamba, dont le vrai père est Mamadou Bamba, selon les certificats et acte civil de naissance, qui eux, ont été signés longtemps après la date de l’événement.

 

Puisqu’en mars 2011, il n’existait aucune administration municipale à Abobo. Une faille du témoin dont profite la défense pour l’enfoncer.

 

‘’Est-ce que votre frère Bamba Mamadou, le vrai père de la présumée victime a été entendu par un juge ou par la police ?’’, interroge Me Dadjé. Le témoin déclare ne pas le savoir. Me Dadjé démontre à la Cour que la fille en question, a pour père Mamadou Bamba qui est le grand frère du témoin Moussa Bamba.

 

‘’Pourquoi le témoin déclare que ce sont sept femmes qui sont mortes alors qu'un autre témoin, a déclaré à la partie civile qu'il a évacué sa fille blessée ce jour-là, à l'hôpital, où elle aurait trouvé la mort ?’’, demande l'avocat.

 

Le témoin se dédit encore soutenant qu’il ne pouvait pas savoir si toutes les femmes étaient mortes.

 

‘’Qui a appelé M. Mamadou Bamba pour lui annoncer le décès ?’’, interroge la défense. ‘’C'est moi qui l'ai appelé’’, répond le témoin. Me Dadjé le contrarie en brandissant une copie de la déposition de l’intéressé, père de la présumée défunte, qui a déclaré avoir été informé par une de ses filles et que ‘’le corps de a été transporté dans un pousse-pousse pour être enterré’’, contrairement à la déclaration du témoin qui dit que le corps a été transporté dans un mini car Dyna.

 

‘’Qu'est-ce qui fait dire au témoin que ce sont des chars de Gbagbo qui ont tiré’’, demande l'avocat de la défense. ‘’C'est parce qu'il était au pouvoir’’, réplique le témoin.

 

Est ce que le témoin a vu Mme Gbagbo le 3 mars 2011 à Abobo ?, interroge Me Bobré. ‘’Non je ne l'ai pas vue mais puisque c'est elle qui était au pouvoir ‘’, indique, de façon évasive le témoin avant que le juge ne suspende l’audience pour une reprise fixée au lundi 4 juillet 2016 à 9h.

 

HS/ls