Le procès du président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, poursuivis pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI), a connu une journée particulière, le troisième jour de la prise de parole de l’Accusation, avant l’obtention d’un report pour le 12 novembre prochain.

En attendant cette date pour connaître la teneur de la réplique des Conseils des deux accusés aux 1500 pages d’argumentaires totalement farfelus exposés devant le tribunal par le substitut Eric Mc Donald et la repré- sentante des victimes, Me Paolina Massida, que de sueurs froides pour le bureau du procureur Fatou Bensouda face aux questions particulièrement embarrassantes du juge Geoffrey A. Henderson ! «en somme, comment un obus tiré sur abobo, si cela est prouvé, arrive-t-il à faire la distinction entre les ethnies, des habitants, et quand il s’agit de la même ethnie, entre l’habitant qui est pro-Ouattara et celui qui est pro-gbagbo avant de le tuer ou l’épargner ?». Question pertinente du juge-assesseur du président Cuno tarfusser, qui a presque mis un terme à trois jours de monologue ennuyeux du Bureau du procureur. Mais aussi, vérités auxquelles le natif de trinité- et-tobago qui est entré en fonction à la CPI en février 2014 a soumis à un McDonald aux abois, qui n’a de cesse de rabâ- cher les mêmes accusations pour lesquelles ni le Bureau du procureur ni même les 82 témoins qu’il a fait défiler à la barre depuis janvier 2016, n’ont pu apporter un début de preuve contre le président Gbagbo et Blé Goudé. ne voyant pas très bien comment l’Accusation veut qu’on comprenne la substance de son brumeux «Plan commun» pour lequel McDonald n’a cessé de faire réfé- rence à la comparution de Philippe Mangou à la CPI, pour accréditer sa thèse, le juge Henderson veut qu’on lui explique, et certainement aussi à tous ceux qui suivent le procès, comment des obus tirés dans un quartier populaire habité par une diversité sociologique, n’atteignent que des communautés ethniques, religieuses et des partisans exclusifs d’un candidat. une belle démarche pour le juge pour surtout savoir comment une telle activité militaire supposée pouvait s’apparenter à un «Plan commun» minutieusement planifié par le camp du président Gbagbo pour exterminer les partisans de son adversaire.

 

L’on comprend parfaitement pourquoi Eric McDonald et le Bureau du procureur visiblement pris de cours, ont longtemps balbutié pour apporter une réponse peu convaincante aux questions du juge Henderson, estimant que la CPI doit simplement condamner le président Gbagbo pour incapacité supposée à contrôler ses troupes. «Point n’est besoin de démontrer que le Plan commun a été formulé lors d’une réunion entre les membres de ce Plan, estime le Bureau du procureur. Point n’est besoin de rédiger le Plan commun, ni qu’il ne soit explicite. et nous avançons d’ailleurs que le contraire serait très surprenant. Mais, d’après des éléments de preuves indirects, on peut dégager des déductions, telles que par exemple, l’action concertée des co-auteurs. Contrairement aux arguments dégagés par M. gbagbo, point n’est besoin de fournir des preuves sur une réunion au cours de laquelle le Plan commun a été concrétisé et discuté. Cela ne se passe pas dans une seule et même réunion». Pitoyable sortie pour une justice internationale qui se voulait impartiale, salvatrice et imparable, et qui se retrouve à se contenter de suppositions que d’apporter des preuves tangibles pour faire condamner toutes personnes commettant des crimes contre l’humanité. Autant dire que le substitut McDonald et le Bureau du procureur ayant constaté leur échec cuisant dans leur mission de mise en échec de la demande «autorisée» d’arrêt des poursuites, assorti de la libération immé- diate du président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, s’accrochent à la mousse comme un naufragé. A partir du 12 novembre prochain où la parole sera donnée aux conseils des accusés, il ne s’agira plus de suppositions et de déductions peu convaincantes de la part de l’Accusation. Le Bureau du procureur qui n’a nullement réussi à taire les interrogations et suspicions légitimes, devra expliquer au monde entier, et pour aller au-delà des questions du juge-assesseur Henderson, comment comprendre par exemple pour ce qui est de la marche des rebelles, le 16 décembre 2010 sur la rtI, qu’il estime d’ailleurs pacifique, que des marcheurs bien identifiés sur des vidéos, portaient des armes de guerre. Et comment des agents des forces de l’ordre aient pu être assassinés par ces fameux marcheurs pacifiques ? Et pour ce qui est de la marche des femmes le 3 mars 2011, comment des femmes supposées avoir été tuées par des obus à l’occasion de cette marche, aient réussi à se relever pour certaines, et autres aient pu se retrouver à témoigner à La Haye ? Comment des habits mortuaires ayant appartenu à ces femmes supposées tuées et enterrées et fournis par le Bureau du procureur comme preuves, ne portent aucune goutte de sang des supposées mortes, comme l’a affirmé un des experts à la barre? Pourquoi et comment est-il venu à l’esprit du Bureau du procureur de privilégier d’abord la poursuite du camp Gbagbo, là où il semblait plus aisé d’élucider les nombreux assassinats, par exemple à Dué- koué et dans tout l’ouest ivoirien, et pour lesquels des organisations internationales réputées comme la Croix rouge et l’onuCI ont compilé des données ? Autant de préoccupations bien inconfortables à élucider si la bande à Fatou Bensouda qui ploie désormais sous les fourches caudines du président américain, Donald trump, croit tenir les vrais auteurs des crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire qui, d’ailleurs, sont connus de tous et ne se cachent pas. sinon il sera bien difficile pour l’ancienne ministre de la Justice de Yahya Jammeh de plaider pour que survive cette Cour finalement devenue une arme de destruction massive aux mains de puissants intérêts économiques de ce monde.